Garibaldi et l'armée des Vosges, p
rnour des révolutions et la haine de tout ce qui est religieux, ont modifié cette qualité. La résultante des trois penchants est la théorie de la république universelle, de la fraternité des peuples, de tout ce qui est étalé dans chacun de ses actes. Soutenu, imposé en France par l'opinion démagogique, il a fini par a^ oir sous ses ordres un corps capable d'aider au salut de notre malheureuse nation : il ne l'a pas compris; il pouvait couvrir les communications de l'armée de l'Est: il ne l'a pas fait; il s'est laissé occuper, tromper, par une simple démonstration, quoique disposant de plus de quarante-cinq mille hommes contre six raille ennemis, pendant que se préparait le désastre dePontarlier, qui est en partie le résultat de sa nullité outrecuidante.
L'intervention de M. Garibaldi est une des causes graves des malheurs de la France.
(Extrait de la Guerre à Dijon, relation militaire
par le lieutenant-colonel de Coy.nart.)
TRADUCTION d'un RAPPORT DU Joumal Officiel DE BERLIX SUR LES OPÉRATIONS DE L'aRMÉE ALLEMANDE DU SUD, GÉNÉRAL EN CHEF MANTEUFFEL.
Jusqu'à la mi -décembre de l'année dernière, le général von Werder avait gardé avec le 14^ corps d'armée la ligne de ChâtiUon-sur-Seine, Dijon, Gray, Vesoul et Montbéliard, n'ayant affaire qu'à un faible nombre de troupes ennemies. Garibaldi était avec 12 ou i5,000 hommes près d'Autun, et Cremer avait 20,000 hommes à Dole et à Beaune. C'est alors que commençait à se former l'armée de Bourbaki à Besançon. Elle se composait des 15% 18% 20' et 24* corps, en tout 130,000 hommes, destinés, de concours avec les troupes envoyées de Lyon vers le nord, à débloquer Belfort, à reconquérir l'Alsaceetà coupernos grandes lignes de communication avec l'Allemagne.
En face de ces forces supérieures, le général Werder, pour couvrir les opérations sous Belfort et l'Alsace, dut abandonner Dijon et se concentrer à Yesoul. Le 9 janvier, il tombait à
Villersexel sur le flanc de l'armée ennemie qui marchait sur Belfort, et opposait aux 18^ et 20" corps français une résistance si opiniâtre que l'armée française se trouva, par une lutte sanglante, arrêtée deux jours dans l'exécution de son plan. Jusqu'au 12 janvier, il eut le temps de se retirer dans la ligne en partie retranchée, et fortifiée par de grosses batteries, de Délie, Montbéliard, Héricourt et Lure. Mais le quartier général allemand avait déjà songé à donner à Werder un renfort aussi prompt que décisif.
Le T corps de l'armée royale prussienne et le T corps, en tout 56 bataillons et 20 escadrons, avec 168 pièces d'artillerie, étaient destinés à cette opération. On les avait distraits, dès le commencement de janvier, de l'armée de Paris et en partie même de celle du Nord. Le 12 janvier, ces deux corps d'armée étaient concentrés sur la ligne de Noyers, Nuits-sous-Ravières, Châtillon-sur-Seine.Montigny. Un détachement de six bataillons, deux escadrons et deux batteries, couvrait ce mouvement à Montbard, sous les ordres du colonel de Dannenberg. Le même jour, le général baron de Manteuffel était arrivé à Châtillon pour prendre le commandement de l'armée du Sud, nouvellement formée, et que Sa Majesté lui confiait. Il s'agissait de porter prompt secours à Werder, qui se trouvait dans une bien mauvaise passe.
Pour cela on avait la route de Vesoul, qui était la ligne la plus courte, et d'où l'on pouvait toujours, sans obstacle, prendre l'ennemi à dos.
Que Werder pût tenir seulement quelques jours, c'en était fait du plan de l'ennemi.
Pendant que les colonnes déboucheraient de la chaîne de la Côte-d'Or sur la ligne Champlitte-Gray, l'arrivée des deux corps pour les dégager devait produire un effet merveilleux. Mais il était grand temps ; il n'y avait pas une minute à perdre, et l'on n'en perdit pas une seule.
Dès le 15 et 16 janvier, on vit déboucher les têtes de colonnes ; jusqu'au 18, le gros des trois colonnes défila par la Côte-d'Or à Selongey, Prauthoy et Longeau. Le 2^ corps, qui était d'une étape en arrière, comme aile droite, avait en avant-garde le détachement Dannenberg, et laissait en arrière la brigade Kettler, cinq bataillons, deux escadrons et deux batteries, entre Saint-Seine et Sombernon, pour couvrir le mouvement qui se continuait contre les forces considérables de Garibaldi à Dijon,
dont on ne pouvait guère présumer l'inactivité par la suite.
Le passage de la chaîne de la Gùte-d'Or s'opéra sans résistance sérieuse : seulement les têtes de colonnes, en particulier celles de la 4* division et du 2' corps, eurent de petites escarmouches avec des garibaldiens, des francs tireurs et des éclaireurs de la garnison de Langres, que nous laissions sur notre gauche et qui venait de recevoir des renforts considérables. La marche était elle-même on ne peut plus pénible. Xi la rigueur du froid, ni l'épaisseur de la neige, ni la difficulté des chemins, glissants comme des miroirs et où tout mouvement était impossible, ne purent vaincre le zèle, le dévouement et l'énergie des troupes. Mille fois les hommes ont dû s'atteler eux-mêmes pour hisser les fourgons sur des côtes, ou les retenir à des pentes où la force des chevaux de trait était complètement impuissante.
Le 19 janvier, le gros de l'armée était concentré à Fontaine- Française et Dampierre, tandis que les avant-postes arrivaient sur la ligne de Gray et de Scey-sur-Saône. Des détachements du T corps cherchaient pendant ce temps-là un point de jonction avec la cavalerie de Werder du côté de Luxeuil et Saint-Loup. Ainsi l'armée se trouvait toute prête à marcher vers l'est et le sud, suivant les nouvelles qu'on aurait de Belfort.
Sur ces entrefaites, on apprit la résistance que Werder avait opposée trois jours de suite, les 13, 16 et 17, aux attaques vivement réitérées de toute l'armée de Bourbaki, et en suite desquelles il avait gardé victorieusement ses positions de Délie, Montbéliard, Héricourt etLure. Le général français, prévoyant une catastrophe, et instruit en tous cas de l'arrivée de l'armée du Sud, était en pleine retraite sur Besançon, suivi des avantgardes du 14- corps.
Les troupes assiégeant Belfort avaient recommencé à poursuivre activement l'attaque. Dans ces circonstances, le général en chef ne devait plus considérer comme urgente la jonction directe de l'armée du Sud avec celle de Werder à Vesoul. Il fit mieux, et résolut de se porter avec toutes ses forces disponibles sur les flancs de l'ennemi en retraite pour lui présenter la bataille au besoin au sud de Besançon. On ne savait pas encore bien sûrement s'il se replierait entre la Saône et le Doubs ou entre le Doubs et la frontière suisse. Si l'on réussissait à le couper de la ligne de Besançon à Lyon et à faire retarder sa retraite par le 14» corps, il allait être vraisemblablement forcé de se jeter sur la frontière neutre et de se battre adossé à elle. La victoire
offrait les plus brillants succès en perspective, et l'activité des troupes allemandes ne permettait pas d'en douter, même contre un ennemi plus nombreux.
Dès le 19 janvier, l'armée du Sud commençait son mouvement à droite, et se mettait en marche vers le Doubs, l'aile gauche (14" division) par Fresne-Saint-Mamès sur Besançon, et le 7^ corps par Marnay sur Dampierre.
Le 2'-' corps s'avançait par Pesmes sur Dole, pour couper la voie ferrée à son embranchement près de Villers-Farlay. Le 21, Dole était occupé, le chemin de fer démoli, et 230 wagons chargés d'approvisionnements et de matériel tombaient en nos mains. A Dampierre, le 7° corps prenait, de son côté, 30 wagons chargés. Les passages du Doubs n'étaient pas détruits ; la 13" division passait le fleuve, occupait l'embranchement des routes si important de Quingey, et occupait ainsi, de même que le 2" corps, à Villers-Farlay, les communications de Besançon avec Lons-le-Saunier et Lyon. La 14" division occupait Saint- Vit, et les troupes avancées repoussaient dans un combat à Dannemarie, le 23, une sortie de Besançon, dans laquelle on constata la présence du 20' corps et plus tard celle des IS" et 18" corps français. Le 23, on était déjà arrivé à se présenter directement h l'ennemi au sud de Besançon. Le 2" corps était avec ses deux divisions « k cheval, » (expression du texte) sur le Doubs à Quingey et Saint-Vit, avec des avant-postes du côté de Besançon. Le 2" corps était échelonné de Mouchard au delà de Vaudrey. Le quartier général de Manteuffel se trouvait au château de Rans, sur le Doubs. Pour couvrir les communications et se garantir d'Auxonne, on avait échelonné la brigade Knesebeck (auparavant brigade Dannenberg) de Gray à Dole, et, en outre, la brigade de cavalerie du colonel Willinen était arrivée à marches forcées à Pesmes.
De tout le 14" corps, la 4* division de réserve avait seule suivi le gros des forces ennemies, qui avaient passé sur la rive gauche du Doubs à Beaume-les-Dames. Le général Schmeling avait sa base d'opérations sur la route de Besançon à Pontarlier, à Saint-Juan-d'Adam, oii il était arrivé le 25, en même temps que le détachement du général D'obschûtz venant de Blamont. Avec les quatres autres brigades de son corps, Werder, inclinant à droite, avait gagné Rioz et relevé avec ses têtes de colonnes les détachements de la 14" division, qui jusque-là avaient gardé le passage de l'Ognon à Voray, Etuz et Pin.
Les engagements précédents du 23 janvier n'avaient été soutenus par les T et T corps que contre des francs tireurs, des mobiles et la garnison de Besançon ; au contraire, le 14^ corps avait constaté que les 13% 18% 20' et 24' corps s'étaient retirés au complet, ou au moins en grande partie sur cette ville, tandis que des forces considérables devaient être restées au sud de Blamont; on ignorait encore si l'ennemi se reformerait à Besançon pour essayer de passer sur un des corps de la rive droite ou attendre l'attaque, ou bien s'il tenterait de marcher vers le sud par les routes situées entre Villers-Farlay et Pontarlier. En prévision du premier cas, tout était prêt pour marcher droit à l'ennemi, qui, d'après tous les bruits et au rapport des prisonniers, était très-démoralisé par le manque de tout, les marches forcées et les fatigues de toutes sortes ; dans l'autre hypothèse, au contraire, les 2' et T corps le prenaient de flanc et le coupaient plus loin.
La présence des corps garibaldiens continuait à être gênante pour les communications de l'armée du Sud avec ses derrières ; on avait bien dû jusque-là laisser au petit détachement du major général von Kettler seul le soin de paralyser les troupes de Garibaldi, pour lancer en bloc les deux corps sur l'ennemi ; mais, en ce moment-ci, où l'on n'était plus en communication directe avec le 14' corps d'armée, c'était le cas de tenter un coup de main sérieux pour occuper la place, toujours importante, de Dijon. Pour cette expédition contre la capitale de la Côte-d'Or, on employa, outre les troupes déjà échelonnées entre Gray et Dole, la brigade Knesebeck avec la brigade badoise de Degenfeld et la brigade de cavalerie du colonel von Willinen ; le tout, ainsi que la brigade Kettler, était sous le commandement du lieutenant général Hann von Veyhern, qui, le 27, marcha de Pesmes sur Dijon.
Le major général von Kettler, resté pour couvrir les communications entre Montbard et Dijon, avait jusque-là accompli sa tâche avec autant d'audace que de bonheur. Une reconnaissance de ce général, le 21 janvier, contre Dijon, fit connaître, dans une sanglante affaire qui nous livra 300 prisonniers, la force des corps garibaldiens, montant au moins à 23,000 hommes; la position était gardée par vingt canons de gros calibre. Von Kettler recommença son attaque le 23, et s'il ne força pas Dijon, du moins son offensive audacieuse fut couronnée de succès. Garibaldi, se croyant attaqué par les forces considé-
rables de l'armée du Sud elle-même, persista dans son inactivité absolue, et négligea de porter à l'armée de Bourbaki le secours qu'elle était assurément en droit d'attendre et qu'il était certainement en son pouvoir de lui donner. Si Garibaldi, ces jours-là, avait marché décidément sur nos communications dans la direction de Dole, et ce lui était facile avec l'appui d'Auxonne, les mouvements des T et T corps étaient certainement retardés de quelques jours, et les Français auraient eu le temps d'opérer leur retraite sur Lyon, le lon-t de la Suisse. Garibaldi ne fît rien, resta inaclif dans Dijon, et quitta cette ville, sans résistance sérieuse, le i^'' février, quand le lieutenant général Hann von Veyhern vint renforcer von Kettler.
Garibaldi ramena par le chemin de fer ses troupes vers le sud, pour conserver à l'avenir de la France son activité victorieuse ; on ne manquera pas de lui rendre cet hommage de reconnaissance.
Protestation de Me' l'évêque de Dijon et de son clergé