‹ L'année d'expiation et de grâce, 1870-1871Chapitre 44 sur 48 · CONTRE LES PROCLAMATIONS DE GARIBALDI · texte numérisé non relu

CONTRE LES PROCLAMATIONS DE GARIBALDI

Dijon, le 31 janvier 1871. L'évêque de Dijon d Monsieur le Ministre de la guerre.

Monsieur le Ministre,

Après avoir hésité quelques heures entre le silence du dédain et une plainte que semble exiger de moi l'honneur du sacerdoce, je me décide à signaler à Votre Excellence l'inqualifiable proclamation que vient de lancer le général Garibaldi.

Le clergé de la ville épiscopale m'aurait d'ailleurs porté à cette démarche en venant m'exprimer sa trop légitime indignation des paroles d'un homme en ce moment au service de la France et l'un de vos subordonnés. Paroles outrageantes autant qu'impudemment calomnieuses, et que nous pourrions déférer aux tribunaux, chargés de protéger l'honneur des citoyens (Code pénal, art. 367).

Je ne veux pas m'occuper ici des attaques non moins imméritées et non moins coupables dont les riches et les proprié-

taires sont l'objet dans la proclamation du général Garibaldi. Je leur laisse le soin de s'en plaindre, s'ils le jugent à propos. Je me borne à ce qui concerne le prêtre (expression du général).

Il faut avouer, Monsieur le Ministre, que le général a bien mal choisi son temps pour accuser le clergé de manquer de patriotisme. Les hôpitaux, les ambulances, les champs de bataille eux-mêmes, sont là pour lui donner un éclatant et glorieux démenti; et plusieurs de nos généraux l'ont fait à l'avance, en des termes honorables entre tous. N'a-t-on pas vu, de plus, des journaux habituellement peu favorables au clergé rendre, dernièrement encore, un public hommage au dévouement héroïque des frères, des religieuses^ des séminaristes et des prêtres ?

Sans sortir de Dijon, le général italien aurait pu apprendre ce que nos officiers et nos soldats ont vu et acclamé dans les différents combats qui ont eu lieu presque sous nos murs, à dater du 30 octobre dernier.

Je m'abtiens. Monsieur le Ministre, de toute autre réflexion à l'appui de notre plainte. L'exemplaire ci-joint de cette espèce de dénonciation, de toute une classe de citoyens, accusés si odieusement par le général Garibaldi, malgré leur honorabilité incontestable, suffira pour vous en montrer l'énormité, et pour vous faire comprendre la justice de la plainte que j'ai l'honneur de vous adresser, ainsi que de la réparation que nous sommes en droit de vous demander.

Agréez, Monsieur le Ministre, etc.

Les membres du clergé de Dijon d Leurs Excellences MM. les minisires de la guerre et des cultes.

Monsieur le Ministre.

Hommes de paix et de concorde, il nous en coûte de faire auprès de Votre Excellence une démarche qui peut lui paraître de prime abord empreinte d'un caractère tout opposé. Pour nous y déterminer, il n'a fallu rien moins que l'attaque doublement calomnieuse dont nous sommes l'objet dans la pièce affichée, hier 29 jauA ier, par ordre du général Garibaldi sur tous les murs de notre ville.

« Croyez-vous, est-il dit dans cette pièce, que ce que nous faisions étant dix, nous ne le ferions pas mieux étant cent ?

« Croyez-A'Ous que, chassant l'ennemi d'ici à vingt jours, vous ne souffrirez pas moins qu'en le chassant dans vingt mois?

« Il est iniitile d'y penser, si vous prêtez confiance aux paroles du prêtre qui n'a point de patrie, et qui fait aujourd'hui la cour à Guillaume, le chef nouveau du saint empire, de la vieille rubrique trône et autel, c'est-à-dire chef des imposteurs et des brigands.

« Inutile aussi d'écouter ces riches et ces puissants dont. »

Monsieur le Ministre est trop juste appréciateur des personnes comme des choses pour ne pas reconnaître que c'eût été nous manquer à nous-mêmes,, et comme prêtres et comme Français, de ne point repousser avec indignation la double flétrissure dont on a prétendu nous marquer aux yeux de nos concitoyens.

Comment notre patriotisme peut-il être suspect ? N'est-il pas à la connaissance de tous, Monsieur le Ministre, que parmi nous les uns accompagnent nos soldats sur le champs de bataille, que d'autres les soignent dans les ambulances, tandis que ceux que l'âge ou le devoir retient plus près des foyers consolent les familles en larmes et s'efforcent de relever les courages ?

En toute autre circonstance. Monsieur le Ministre (que cet aveu nous soit permis), nous eussions déféré aux tribunaux cette odieuse imputation et invoqué contre son auteur l'application des lois qui sauvegardent l'honneur de tout citoyen français.

Dans l'intérêt de la paix publique et pour ne pas agiter ni diviser la population, aujourd'hui que l'ennemi est aux portes de notre ville et que l'union de tous ses habitants est plus nécessaire que jamais, nous nous bornons à cette simple protestation. Nous la déposons entre vos mains, avec la confiance que,dans votre haute équité, vous daignerez en tenir compte, et que vous ne voudrez pas qu'une classe d'hommes revêtus d'uA caractère respectable et respecté de tout temps parmi les nations chrétiennes soit rangée sous la bannière des imposteurs et des brigands.

Veuillez agréer, etc, {Suicent les signatures de tous les membres du clergé de Dijon. »

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