REMARQUES SUR LA DATE DE NOËL DANS S. HIPPOLYTE
Étant donné d'une part l'incertitude que nous avons constatée chez Clément d'Alexandrie relativement à la date de la naissance de Jésus-Christ, et d'autre part la réserve que S. Irénée et Tertullien observent à ce sujet, il est surprenant de voir qu'un auteur qui vivait peu de temps après, ait à sa disposition sur ce point les dates les plus précises. Dans le commentaire de S. Hippolyte sur Daniel (iv, 53 ; dans Bratke, 19) on lit dans le texte découvert en 188.J : « Le premier avènement du Seigneur dans la chair, où il naquit à Bethléem, arriva le Séjour avant les calendes de janvier, un mercredi ; la42« année du règne d'Auguste, Tan ^500 à partir d'Adam. Mais il souffrit dans sa 33^ année, huit jours avant les calendes d'avril (le 25 mars), un vendredi, dans Ja 18° année de Tibère, Rufus et Rubellius étant consuls ' ».
1. Découvert dans un ms. du monnslère de Chalki et édité par B. GioHGiADi:s [Conslantinople 1S85-188G), puis par Dhative, Bonn, 1801 et par Bonwetsch, Ilippolijls Werke, l. Leipzig 1897.
Non seulement la surprenante précision de cette indication chronologique, mais encore la circonstance que ce passage se trouve également, sous une forme beaucoup plus abrégée, dans un fragment connu depuis longtemps et conservé dans la bibliothèque Chigi, à Rome, sans que les anciens auteurs ecclésiastiques en aient cité autre chose que l'ère du monde \ doivent faire naître des doutes ausi bien sur la rédaction plus longue elle-même que sur les différents éléments dont elle se compose.
Voyons d'abord la remarque finale relative aux consuls. Les noms y sont faussement indiqués. Les consuls ne s'appelaient pas Rufus et Rubellio, mais Fufius et Rubellius. On dira que des altérations de noms dans les listes consulaires ne sont pas chose rare chez les écrivains orientaux ; mais chez des hommes comme S. Hippolyte qui vivait à Rome, une pareille faute doit surprendre, puisqu'il lui était facile de connaître les vrais noms. Puis, d'après le S. Hippolyte authentique, la durée de la vie de Jésus-Christ a été de 31 ans seulement, non de 33. Ceci ressort d'un passage du livre connu sous le nom de Liber generalionis et qui fait partie de la « Chronique » traduite en latin, composée par Hippolyte, ainsi qu'il est marqué sur sa statue ^ D'après cela la 18^ année de Tibère est également fausse. La 42*^ année d'Auguste pouvait être vraie (cfr comm. Dan. iv, 9 ; dans Bratke, 8) ainsi que les deux
1. Dans Cyrille de Scytopolis, dans Georges de Horta, évêque arabe (avant 724) et dans Pnorivs, Bibl.cod. 222, 163, éd. Bekker, dans Bonwetsch, 1. c. xv et en partie déjà dans Gallandi, Bibl. vel. PcJrum, n. Des indications chronologiques aussi précises dans un auteur aussi ancien étaient trop précieuses pour être négligées.
2. Le Liber generaîionis (Migne, ni, 651, Corp. inscript. Lat. et Frick, Chron. min. i, 1-17) est sans doute une partie du Chronicon d'Hippolyte, ainsi qu'il a été démontré victorieusement par MoMMSEN, Abhandl. der sachs. Acad. der Wissensch. 1850, i,
jours de semaine, car ils se trouvent de la môme manière dans l'inscription de la statue de S. Hippolyte. Le lait que le mercredi, comme jour de la naissance de J. G., fut reçu avec faveur s'explique par le texte de Malachie (iv, 2) où le Messie est appelé « soleil de justice » ; or on admettait qu'en cette qualité il devait être né le même jour de la semaine auquel Dieu créa le soleil visible (Gen. i, 19).
Déplus, les jours de la semaine sont également une addition faite au texte, car ils ne font pas partie de la marche des idées, dont ils troublent plutôt l'ordonnance. Le but de S. Hippolyte en cet endroit était, en effet, de tranquilliser les chrétiens angoissés par la persécution de Sévère. Quelques-uns allèrent jusqu'à croire que le dernier jour était imminent. S. Hippolyte combat cette crainte en montrant que Dieu a créé le monde en six jours ; qu'auprès de Dieu mille ans sont comme un jour (Ps. 89, 4) et que, par conséquent, le monde durera également 6000 ans. Or, depuis la naissance de Jésus-Christ, 5.500 années seraient seulement écoulées et partant la lin du monde ne devrait pas encore être attendue. Dans cette marche d'idées les dates précises des consulats et des jours de la semaine ne pouvaient servir de rien. La composition postérieure se trahit également par la juxtaposition des différentes chronologies et le parallèle établi entre elles. De semblables artifices de mathématique, inconnus dans l'antiquité, étaient au contraire très goûtés dans le moyen âge. Nous concluons que seule l'année 5500 de l'ère du monde et peut-être encore la 42^ année d'Auguste sont authentiques dans le texte primitif du passage d'Hippolyte, et que tout le reste a été ajouté par une main étrangère '.
1. D'autres mains également inhabiles ont travaillé dans le m(''iiio sens. Pour le prouver il suflit de citer l'addilion faite au maimscrit d'Athos dans la version slave : Iva' Pà'o'j KaTtrapoç zo -i-aoTov Kai Fiiou KeaTiou (au lieu de Sentii) Sa-copvivoo, les consuls de l'an 40 après .]. C. tîoNWKTscii a mis cette addi tion dans le texte, bien qu'entre parenthèse.
Le passage en question a été par conséquent interpolé après coup par une main très moderne ; et le chroniqueur de 354 demeure ainsi le premier dans la série des témoins qui donnent le 25 décembre comme étant le vrai jour de la naissance de Jésus-Christ.
On pourrait affirmer par conséquent que l'examen critique de la compilation des documents historiques, chronologiques et autres dont nous venons de parler, adonné le résultat suivant. Au moment où le compilateur de 354 a mis en ordre ses matériaux et enrichi de la note suivante les fastes consulaires qui n'étaient pas son œuvre : « Sous ces consuls Jésus-Christ est né le 25 décembre », cette manière de dater était déjà acceptée partout comme certaine et méritant toute confiance. Mais elle ne pouvait être acceptée comme certaine dans des cercles plus étendus qu'après que la fête de la naissance de Jésus-Christ fut célébrée, non depuis peu, mais depuis un temps déjà assez long. Il est de même tout à fait invraisemblable qu'elle vînt d'être instituée immédiatement par un personnage déterminé, comme par exemple l'évêque actuel de Rome ; car précisément les premières années du pontificat de Libère furent très troublées et aussi peu favorables que possible à une pareille innovation ; de plus l'histoire enseigne que de semblables institutions ne se créent pas d'un coup et par la volonté d'un seul, fût-ce même de l'évêque de Rome, mais qu'elles doivent être préparées de longue date.
Le Chroniqueur est par conséquent un témoin sûr et digne de foi pour l'existence à Rome de la fête de Noël en 354, mais non pour le fait qu'elle venait seule-
ment d'èlre infroduilc, ni pour la dale, c'esl-à-diro que Jésus-Christ est véritablement né le 25 décembre. Cette supposition n'est d'ailleurs appuyée sur aucun témoii^nage antérieur à 354, puisque le passage de S. Ilippolyle est interpolé et que les depositio martijriim et episcoporiim ont passé par les mains du môme clironographe et ont pu être arrangés par lui de la même façon^ sans préjudice bien entendu du reste de leur contexte. On a essayé, il est vrai, de donner à la date du 25 décembre une autre base. Nous avons vu que S. Jean Chrysostomea déjà fait un effort dans ce sens ; mais des personnes vivant à une époque plus rapprochée de nous ont repris cette tentative, en évitant toutefois l'erreur de prendre Zacharie pour un grand prêtre. Leur calcul revient à ceci : Lorsqu'un ange annonça à Zacharie la naissance d'un fils, le service du temple était fait par la famille sacerdotale d'Abia à laquelle appartenait Zacharie^. Il avait été établi, en effet, à l'occasion de la dédicace du temple sous Salomon, que les 24 familles sacerdotales dont il est question au P"" livre des Paralipomènes (xxiv, 7-13) se succéderaient régulièrement d'année en année au service du temple, chacune pendant une semaine. La première famille de prêtres était celle de Jojarib, celle d'Abia était la huitième. Après le retour de l'exil, ces 24 familles sacerdotales furent rétablies dans leurs fonctions et après la dédicace du second temple reprirent leur service comme autrefois^. Comme l'affirme Josèphe ^, la même institution existait encore de son temps, c'est-à-dire au temps de Jésus-Christ.