‹ L'année ecclésiastique et les fêtes des saint dans leur evolution historiqueChapitre 116 sur 299 · Antiq., VII · texte numérisé non relu

Antiq., VII

Or, la consécration du lemple ayant eu lieu, les deux fois, en automne, on crut pouvoir admettre, en se basant sur des calculs fails dans ce sens, que l'ordre d'Abia avait le service du temple dans Tannée de la naissance de Notre-Seigneur, au jour de la réconciliation, c'est-à-dire en automne.

On faisait ce calcul de deux manières, en avançant depuis la restauration du temple, en rétrogradant à partir de la destruction de Jérusalem. Dans le premier système on se heurte à la circoiistance que pendant la durée du second temple le service régulier s'est trouvé interrompu par deux fois i. Du temps des Macchabées, sous Antiochus Epiphane, l'interruption fut même de trois années. On se demande comment on procéda. On pouvait en effet, à la fin de l'interruption, faire reprendre le service par la famille sacerdotale dont c'était le tour quand se produisit l'interruption ; on pouvait encore, à la reprise du culte, faire place à celle dont le service correspondait à cette époque du règlement de l'année ecclésiastique ; entin on pouvait faire commencer à nouveau par la famille Jojarib, Dans toutes ces combinaisons, on pouvait dire que l'ordre ancien avait été gardé. Or personne ne nous a jamais renseignés sur ce point, à savoir, lequel des trois systèmes possibles avait été suivi.

Alors même que nous le saurions, le calcul, basé sur ce fait, serait néanmoins sans fondement. En effet chacune de ces classes de prêtres avait son tour deux fois dans l'année ; il restait après cela 18 jours et 29 dans l'année intercalaire. Comment s'y prenait-on pendant ce temps? C'est un mystère. Et si l'on soupçonnait que

1. Antiq., XI, 7, 1 ; XII, 6, 4 ; vu. 6. — 1 Macch., I, 57 ; iv, 18.

pendant la semaine tie Pâques toutes les classes sacerdotales faisaient en mcMne temps le service du temple, la difficulté ne se trouverait nullement levée. En admettant par conséquent comme exact, que la classe sacerdotale d'Abia faisait le service du temple une fois au printemps et une autre fois en automne, saint Luc ne nous dit malheureusement pas si TAnnonciation eut lieu à l'occasion du service du printemps ou de celui de l'automne, ou même de celui de Pâques où Abia pouvait également avoir été de service au temple.

Le résultat n'est pas plus heureux si, dans notre comput pour savoir à quelle époque Jojarib a été de service au temple, nous partons du terme de la destruction de Jérusalem ^ . En effet nous ne savons à quelle époque de l'année a eu lieu l'Annonciation. Si Ton accepte comme certain que c'était en automne, on suppose comme certain ce qui doit être démontré. Et si, en procédant de celte manière, les difficultés sont moindres à cause de la brièveté de l'espace de temps, il reste néanmoins indécis à quelle date précise correspondait en 70 la cessation du service dans le temple, si c'était le 8 du mois Gorpiaeos, jour de la prise de la ville supérieure de Jérusalem, ou bien le 10 du mois Lous, jour de la destruction du temple lui-même -. Il n'est donc pas possible de faire, en suivant cette voie, la preuve

1. Ainsi procède B. Lamy {Appar. chronol. et geogr. Gl) en citant à lappui les traités Eracliin et Taanit.

2. .los., Bell. Jiid., IV, 8, 5 ; 4, 5. D'après Ideler (I, 400, 433) Josèphe se sert, il est vrai, des mois syro-macédoniens, non dans le sens du calendrier adajUé au calendrier julien, nnais comme dénomination des mois juifs, tels que les Grecs avaient l'habitude de les appeler.

que le 25 décembre est vraiment le jour de la naissance de Notre Seigneur \

D'après ce que nous venons de dire, il n'est pas garanti que le 25 décembre soit le vrai jour de la naissance du Sauveur. Nous pouvons ajouter encore que, plus tai'd, après que cette opinion fut acceptée par plusieurs, ce qui ne pouvait manquer d'arriver après un long usage de célébrer la fête en ce jour, néanmoins des doutes s'élevèrent de temps à autre relativement à cette date. Ainsi nous lisons dans un vieux sermon pour la fête de Noël publié dans les oeuvres apocryphes de S. Jérôme : « Que Notre Seigneur Jésus-Christ ait été baptisé en ce jour ou qu'il soit mort, il y a, sur ce point, des opinions différentes dans le monde et selon qu'on s'attache à des traditions diverses, les avis sont partagés » 2. Bien que ce sermon ne doive pas être attribué à S. Jérôme, il est néanmoins à peu près de son temps, puisqu'il y est question encore des capitoles de Rome brillant d'or {aaraia capilolia).

Mais que pensait-on exactement dans l'antiquité au sujet du vrai jour de la naissance de Jésus-Christ? lime semble que ce serait ici la place d'essayer de résoudre

1. Le procédé de déterminer l'époque de la naissance de J.- C. à l'aide de la semaine où Abia était de service a été mis en avant par Scaliger ; rejeté par le Père Petau comme inepte, il a été repris par B. Lamy. A une époque plus récente Seyffarth {Chronolog. sacra, Leipzig 1846, p.97). WEiGLE(r/zeo/. u.chronol. Abhandl. ueberdas wahre Geburls u. Sterbejalir Chrisîi, Sulzbacli 1848) et Stavars [Tiib. Theol.Quartalschrift ]8m,20\) y revinrent.

2. Hier, opéra, Migne, xi, 220. Le commentaire de S. Jérôme sur Ezéchiel prouve que sur ce point le saint Docteur avait une autre opinion. Le sermon pour le 25 décembre édité par Dom Germain Morin {Anecd. Mareds. III, 2, 392) s'exprime dans le même sens que le sermon cité plus haut.

celte (jueslion. 11 n'y a que peu (rendroils où les plus anciens auteurs ecclésiastiques en parlent ; mais on peut conclure de ces textes peu nombreux que, dans Tantiquité, on était dans l'incertitude sur ce point, et qu'on disputait à ce sujet dans les sphères où Ton prenait intérêt à la chose. C'était par exemple le cas à Alexandrie, au ii« siècle. Il y avait un parti qui regardait comme le jour de la naissance de Notre Seigneur le 25 du mois égyptien Pachon, c'est-à-dire le 20 mai ; tandis que les Basilidiens de Tendroit étaient pour le 15 du mois de Ti/bi ou le 10 janvier, et ils passaient en lectures pieuses la nuit qui le précédait. Les autres, et ils formaient la majorité, célébraient la naissance de Jésus- Christ le 11 du mois de Tijbi, c'est-à-dire le 6 janvier i.

Dans un écrit du iii^ siècle, attribué autrefois à S. Cyprien et qui s'occupe de questions semblables, on trouve une manière de voir bien différente. L'auteur inconnu de cet écrit {de Pascha compiilus), qui a été composé en 242, suit l'opinion que le 28 mars est le vrai jour de la naissance de Jésus-Christ- ; à la même époque S. Hippolyte admettait comme tel le 25 mars, si l'interprétalion de Finscription qui se lit sur le piédestal de sa statue est exacte. Par contre, au iv^ et au v® siècle, l'opinion que Jésus-Christ est né le 25 décembre était répandue partout, et déjà S. Augustin s'exprime à ce sujet comme s'il admettait cette date '^.

Aucun des quatre Évangiles ne donne un point d'appui solide en faveur de l'une ou de l'autre opinion. Leurs auteurs, écrivant dans le but d'instruire, n'attachaient

L Cli;m. Alkx. Slrom. i, éd. Svldurg, 340.

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