Comm. in Ezech. i
FETE DE l'Epiphanie 233
Naturellement l'Epiphanie devait perdre son caractère primitif de fête de la naissance de Jésus-Christ, du moment que fut adoptée celle du 25 décembre. Aussi ne faut-il pas s'étonner de ce que S. Chrysostome, en qualité de champion de la première, trouva convenable d'expliquer à ses auditeurs la diflerence entre les deux fêtes. Il dit qu'à sa naissance Jésus-Christ ne se manifesta pas publiquement et à tous, mais à un petit groupe de personnes seulement; encore moins la divinité y fut-elle manifestée, si bien que S. Jean pouvait encore s'écrier au baptême dans le Jourdain : « Il est au milieu de vous, et vous ne le connaissez pas ». Tandis qu'à partir du baptême, sa divinité devint manifeste à tout le monde ; et c'est pour ce motif que la fêle en l'honneur du baptême est appelée Epiphanie. En outre, il y aura sans doute encore une seconde manifestation du Seigneur, laquelle aura lieu à la fin du temps ^ Tout cela est exposé par S. Jean Chrysostome pour motiver la nécessité de consacrer, en dehors de l'Epiphanie, une fête spéciale en l'honneur de la naissance du Christ.
La fête de l'Epiphanie ne reçut une octave que dans les calendriers du viu« siècle ; dans le sacramentaire grégorien elle n'en a pas encore, mais elle a une vigile. Dans le calendrier édité par Fronteau elle a une solennité de trois jours.
Quant aux particularités de la célébration de la fête,
il faut noter qu'à Alexandrie on publiait chaque année,
le (> janvier, Vepistola feslalis, lettre pastorale de l'é-
1. Ilom. ad pop. Anî. de hapl. Chr. c. 2 ; Migne, xlix, 363. On y remarque également qu'à celte éi)oque les fidèles d'Antioche, à minuit de la fête, emportaient dans leurs maisons de l'eau l);q)tismale qu'ils gardaient des années entières sans qu'elle se corrompît.
vêque dans laquelle était annoncée la date de la Pâqne pour l'année courante. Dans l'Occident, le iv^ synode d'Orléans {can. 1) tenu en 541, prescrivait la même institution ; les synodes d'Auxerre de 578 et 585 (can.2) portèrent la même prescription. Au moyen âge, on ajoutait à la date de la fête de Pâques les dates de toutes les fêtes mobiles de l'année [Pontif, Rom.)^ usage qu'on observe encore de nos jours dans certains pays, comme à Turin et ailleurs.
A Jérusalem, la fête était solennisée avec un éclat particulier. L'auteur de la Peregrinaiio Silviae nous en a laissé une description. Malheureusement il manque le commencement avec l'indication précise de la fête. Mais le nom de l'Epiphanie, comme étant la fête qui précède immédiatement, se trouve mentionné dans la fête suivante [Quadragesimœ de Epiphania c. 26), et il ne peut y avoir de doute que la fête décrite dans le paragraphe précédent soit identique avec celle de FEpiphanie.
D'après son récit, on faisait, la veille de la fête, une procession de Jérusalem à Bethléem, laquelle rentrait au crépuscule du matin. Après qu'on se fût reposé, commençait, à la deuxième heure du jour, roffice divin dans l'église majeure, magnifiquement décorée, dite in Golgotlia.A la fin de l'office, on se rendait dans l'église de l'Anastasie et, vers l'heure de midi, la solennité était terminée. Dans la soirée, il y avait les Vêpres [lucernare). Le deuxième et le troisième jour, l'office était célébré dans la même église ; mais le quatrième jour il avait lieu sur le mont des Oliviers dans l'église appelée Eleona ; le cinquième dans le Lazariiim, ou tombeau de Lazare à Béthanie, à un mille et demi de Jérusalem ; le sixième jour à Sion, le septième dans l'église de
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l'Anaslasie, le huitième dans celle delà sainte Croix. De même qu'à Jérusalem, la solennité durait également huit jours à Bethléem. ?sous avons par conséquent devant nous une espèce d'Octave.
Dans les églises de l'Orient, ce jour se distingue encore d'une manière particulière parla bénédiction publique et solennelle de Teau que mentionne déjà S. Jean Clirysostome. Elle doit rappeler le changement deleau en vin et constitue une grande fête populaire, laquelle, en beaucoup d'endroits, est cependant dépouillée de tout caractère religieux. Elle consiste en une procession faite à la mer ou à un fleuve oi^i le clergé récite une prière, et jette dans l'eau un crucifix que des nageurs vont ensuite retirer. Elle a lieu le 18 janvier, nouveau style.
En ce qui concerne l'antiquité et la propagation de la fête de l'Epiphanie, nous dirons qu'au iii<^ siècle elle était inconnue dans l'Afrique latine septentrionale. En effet, Tertullien ne la mentionne pas et, du temps de S. Augustin ^, les Donatistes la rejetaient comme une innovation orientale. A Alexandrie, du temps d'Origène, elle ne devait pas être regardée comme fête, au moins pas universellement, car il ne l'énumère pas comme telle. Quant à Rome, les documents font défaut pour les temps les plus anciens ; néanmoins comme l'église de l'Afrique du Nord, fdle de Rome, ne connaissait pas la fêle tout d'abord, il est probable qu'on ne la célébrait pas non plus primitivement à Rome, mais qu'elle y fut reçue avec le temps. Par contre, dès 380 elle était jour de fêle en Espagne, de môme en 361 dans la (jaule ;