LES DIMANCHES DE L' ANNÉE
Il ne comptait par conséquent que 19 dimanches après la Pentecôte; en compensation, ce même calendrier a dix dimanches après la Théophanie jusqu'à la Sepluagésinie. Ceux-ci devaient évidemment suppléer ce qui man([uait à la fin de l'année eccclésiastique.
Le cornes Alhini (dans Ranke [App. p. iv) compte :
cinq dimanches après la Théophanie,
quatre « posl penlecoslen^
cinq « post nalale Aposloloriim^
^ ) cinq c( post natale S. Laurentii,
une Dominica mensis septimi^
six dimanches post S. Angeli scil. dedicationem basilicae S. Archangell [Michaëlis)
quatre dimanches de l'Avent.
Le sacramentaire grégorien de Mayence, écrit vers 840 sous l'archevêque Otgar, a six dimanches après la Théophanie, quatre post Pentecosten ; les six suivants sont appelés : post natale Apostoloriim ; puis viennent six d'imaLiiches post natale S. Laurentiiel huit dimanches post S. Archangeli^ c. a. d. 24 en tout.
Si nous trouvons dans le lectionnaire franc de Luxeuil (VU'" siècle) deux dimanches seulement post Theophaniani, trois dimanches post cathedram S. Pétri, sans que les dimanches de Carême et ceux de la Septuagésime etc. soient nommés à part, il ne faut voir là qu'un fail isolé. Le fait relatifaux dimanches après TÉpiphanie est moins surprenant, ces dimanches n'ayant pas encore de nom particulier dans le sacramentaire gélasien. Toutes ces tentatives de diviser les dimanches en groupes moins importants furent abandonnées plus tard, et on préféra le simple numérotage tel qu'il est prati(jué dans le rite romain. L'observateur atlentif
aura remarqué que les deux moitiés de l'année ecclésiastique sont inégalement dotées. Dans la seconde moitié les fêtes mobiles font totalement défaut, au point qu'on Ta appelée le temps sans fêtes, tandis qu'il y en a un plus grand nombre dans la première; les jours de semaine pendant le Carême ainsi que pendant les octaves depuis Pâques jusqu'à la Pentecôte ont même des leçons et une messe propres. Il faut sans doute chercher l'origine de cette particularité dans ce fait que, dans les temps les plus anciens, tout le temps avant Pâques était consacré à l'instruction des catéchumènes; la nécessité de leur fournir, pendant cette période, le plus de matière possible pour l'enseignement, aura favorisé une activité aussi intense dans le champ de la Liturgie. Il semble presque qu'avec la suppression du catéchuménat pour les adultes, cette activité ait perdu sa force créatrice, et qu'un temps assez long de calme plat se soit écoulé, avant qu'on se levât et qu'on prît à cœurune formation ultérieure de l'année ecclésiastique.
Les Grecs se sont arrêtés à mi-chemin dans la formation de l'année ecclésiastique. Ils ont formé à peu près le cycle pascal et adopté Noël ; mais ils n'en ont pas élaboré le cycle puisqu'il leur manque l'Avent. Déplus, la manière d'adapter à l'année ecclésiastique et de dénommer les dimanches après la Pentecôte, est bien différente de celle des Occidentaux. Ils prennent, pour former les noms qu'ils leur donnent, les sujets de l'évangile qu'on lit dans les dimanches.
Dans le temps de Pâques à la Pentecôte, on prend les textes évangéliques du dimanche et des autres jours dans l'évangile de S. Jean; dans le temps depuis le dimanche après la Pentecôte jusqu'à TExaltation de la sainte
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Croix, on les tire de S. Matthieu ; à partir de ce jour, pendant les quinze semaines qui suivent, on les prend dans S. Luc. Ces derniers dimanches s'appelaient pour cela « les dimanches selon S. Luc », comme les précédents s'appelaient « dimanches selon S. Matthieu ». Ceux selon S. Luc s'étendent au-delà du premier de Tan et de l'Epiphanie ; les leçons n'ont aucun rapport avec l'Avent. L'évangile de S. Marc fournit les leçons au plus grand nombre des samedis et dimanches de Carême ainsi qu'à un certain nombre de jours fériaux dans Je courant de l'année. Cependant ces dimanches ne portent pas le nom de dimanches selon S. Marc^ pas plus que les dimanches entre Pâques et la Pentecôte ne s'appellent dimanches selon S. Jean ; les noms qu'on leur donne sont tirés en partie de leur incidence dans le temps pascal, en partie du contenu de la leçon. Par conséquent l'ordonnancement ecclésiastique des Orientaux n'établit pas entre les dimanches de l'année et les fêtes un lien organique, mais il ne les met en harmonie que par un lien purement extrinsèque.
REMARQUES SUR L ANxNEE ECCr^ESIASTIQUE DES GRECS.
L'année ecclésiasticjue grecque ne commence pas avec l'Avent mais avec Pâques ou plutôt avec le temps de préparation à cette fête ou, selon notre manière d'envisager les choses, avec le dimanche de la Septuagésime ^
1. Léo Allatius : De doniinicis el hehdom. récent. Graccorum, Colon 1648, p. 1400, cité dans Daniel. Code litt. iv, 212 suiv. ;
ALT, 180-221 ; NlLLES, 11, xvii-xxi.
KuptaxTj Toù TsXojvou xai cpaptaaio'j, Dimanche du Publicain et du Pharisien, ainsi appelé à cause de son évangile (Luc. xviii, 9-4).
KvptaxTj Toù àaoj-uoo OU Ttpoaotov/jacjjLo^, le dimanche de l'Enfant prodigue, à cause de son Évangile (Luc. xv, 11-32).
K'jpiaxï) àitôxpswç^ répond au dimanche de la Septuagésime des Latins et s'appelle « dimanche de l'abstinence de viande », parce cpi'avec lui commence le temps de carême. La semaine suivante s'appelle chez les Russes « la semaine au beurre » parce que l'usage des laitages est encore permis.
L'évangile (Mattu. xxv^31-35) traite du second avènement de Jésus-Christ au jugement dernier. A cause de cela le dimanche s'appelle aussi Kup-.ax/j x7^ç Trapoua-îaç.
Kuptaxfj ir^ç Tupo^âyou, dimanche de la manducation du fromage, parce qu'à partir de ce jour, l'usage du laitage est prohibé (la Sexagésime des Latins).
K'jptaxrj TcpwTrj -zCov v/^axeiwv r^-zoï 6p0oôo^(aç, le premier
dimanche de Carême des Grecs, appelé aussi dimanche de l'orthodoxie à cause de la fin de l'hérésie iconoclaste. Il correspond à notre Quinquagésime.
K'jptaxTi 0c.'jxép!x, "ZolxT^, xzxy.piTi xat, 7r£tJ!.Tr-:rj xwv vr^axî'.àJv^ second, troisième, quatrième et cinquième dimanche de Carême.
KuptaxTj Twv |3aiwv, dimanche des Rameaux, de P>aUr branche de palmier.
Tj âyia xal [asY^Xr; TrijaTT-r^, le Jeudi Saint.
Tj àyta xal las-pX'/j Tiapaaxîu/^, le Vendredi Saint.
To aY'.ov xai [j^éya aâpfpa-cov, le Samedi Saint.
\. La forme de cet adjectif est obtenue par analogie avec axspwç.
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r, àvîa /.a- aSY^Àr, Xupiaxr, toj "âj/a, Dimanche de
Pâques, t, s^ooaa; o'.a/.a'.v7^a'.|jLOs, OU la semaine de la rénovation, c'est à-dire la semaine de PAques.
Kjv.axr, Toj àvTi-:(j/a xaivr,, Dimanche in Albis, appelé
aussi v£2 Xjp'.a/.r, TO'i ày-'o-J à-oaTo)>oj 0(o|JLa, à Cause de l'é-
vangile de l'incrédulité de Thomas (Joann., xx, 19 suiv.). A la fin de la messe, on parlag-e des pains bénits qu'on distribue aux fidèles.
Kjo'.a/.r, Twv àvuov aoooooc(ov vovaixtov xa' Ifoar.o to'j ôtxatou,
Dimanche des saintes femmes portant des aromates, et de Joseph le Juste (V. Marc, xvi, 1-7 ; Luc, xxiv, MO).
KjG'.axT^ Toj -aoaÀvTO'j, Dimanche du Paralytique (Act., IX, 32).
Ivjp'.axr, -:?;; jajJLacsÎT'.Ga:; OU M£7r^T:£VTr/xoc7T7;;, Dimanche de
la Samaritaine, à cause de Tévangile f Joann., iv, 1-42).
K'jQ'.axr^ ^ou -rocpAoù, Dimanche de l'aveugle-né, dimanche avant l'Ascension.
Tfj TsuTTTv^ ^rjc; A'J(x.\r^^Eto;, avec la semaine suivante
K'jp'.T/,}, Tcûv àyicov 318 ôeocpoptuv Traxlotov xà>v ev Nixaîa ffuvEÀOÉvTcov, dimanche après l'Ascension, consacré au souvenir du premier concile œcuménicpie.
K'jp'axr, -r,:; âyia; -evtexoc;--?;-, la Pentecôte.
Kjp'.axï, -rôjv ày^wv TravTOiv, notre dimanche de la Trinité est, chez les Grecs, la fête de tous les saints; il est accompagné d'un jeûne. A partir de ce jour, juscju'au 14 septembre, fête de l'Exaltation de la Sainte Croix, les évangiles des dimanches sont tirés de S. Matthieu ; de là, les 16 dimanches suivants sont appelés u dimanches selon S. Mathieu ».
Kjo'.axr, csoTÉsa bis 0£xa-:r^ ':=.': xp-zr, zo^j MaTOato'j.
KuptaxTj TTpo xr^ç ut|;a)a£a)ç, dimanches avant l'exaltation de la sainte Croix (15^ selon S. Mathieu).
KupiaxTj fjLsxà TYjv 'jt];coatv, dimanches après l'exaltation de la Croix (16® selon S. Mathieu).
Kup'.axTQ Tiptoxr) too Aouxâ jusqu'à KuptaxTj ôwôexàxir) toù Aooxà, appelé également dimanche des saints Patriarches (tcuv 7rp07raT£p(ov).
K'jptaxT] Tipo T^ç Xptaxoù ye^'^^^'^'swç, dimanche avant Noël, appelé aussi « dimanche de tous les SS. Pères ».
H* Toù XptaTOÙ Y^wr^ai;, Noël.
KuptaxT) ixExi TTjv Xpiaxoù y^wr^aiv, dimanche après Noël.
H' Toù xupîoj irept'cojjirj, la Circoncision de Notre Seigneur, Kup'.axTj Tcpo TôJv cptoTcov, dimanche des lumières. V. plus haut, i:^ 18. C'est le dimanche avant l'Epiphanie ; Dominica uacans chez les Latins.
Les quatre dimanches qui restent dans l'année ecclésiastique grecque servent à combler les inégalités occasionnées par la date de Pâques qui tombe tantôt plus tôt, tantôt plus tard. La même chose a lieu dans le rite romain. On en intercale tantôt un, tantôt deux, trois et quatre après l'Epiphanie, d'après les besoins. Ce sont les dimanches : 1° Kjptaxrj ixzxi xà cpojxa, le premier après l'Epiphanie dont on se sert quand Pâques tombe encore au mois de mars ; 2° le 12^ dimanche selon S. Luc ; 3° le 15^ selon S. Luc, les deux dimanches du temps de Noël comptaient comme 13® et 14«, parce que leur évangile est également tiré de S. Luc ; 4° le 17® dimanche selon S. Matthieu. Tous les jours sont utilisés quand Pâques tombe du 22 au 23 avril. On remplit ainsi la lacune entre la fin de l'année ecclésiastique précédente et le commencement de la suivante.
Quant aux fêtes fixes, les Grecs les divisent, comme
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ils le font d'ailleurs pour les fêtes mobiles, en quatre classes dilïérenles. La 1", ou la plus élevée, comprend : Noël, rÉpiphanie (6 janvier), la Purification (2 février), uirarav-r, toù xjpioo ^,[Jtwv, l'Annonciation de la Sainte Vierge (ô ejaYYeXtafjioî), Pâques, le dimanche des Rameaux, l'Ascension, la Pentecôte, la Transfiguration de Notre Seigneur, l'Assomption de la Sainte Vierge (t, xoîuT^ai; le 15 août), la Nativité de la Sainte Vierge (8 septembre), l'Exaltation de la Sainte Croix (14 septembre) et la Présentation de la Sainte Vierge (21 novembre).
Les fêtes suivantes occupent un rang un peu inférieur : la Circoncision, la Nativité de S. Jean-Baptiste (24 juin), saint Pierre et saint Paul (29 juin) et la décollation de S. Jean-Baptiste. Inutile d'énumérer ici les autres fêtes.
Quand il est question de Tannée ecclésiastique des Grecs et des Orientaux en général, il ne faut pas perdre de vue qu'ils n'ont pas la variété de messes propres que nous possédons, mais qu'ils se contentent de deux ou trois messes pour toute l'année. Cette pratique engendre nécessairementla monotonie, etc'estuniquementl'évangile du jour qui donne son cachet propre à la fête. Chez les Latins, il en va tout autrement : l'Introït, les oraisons, etc., ont également trait à la fête. Naturellement les leçons ont ce caractère de la manière la plus claire ; aussi croyons-nous utile de faire ici quelques remarques au sujet de l'origine de ces leçons, et en particulier des leçons du Bréviaire.
On comprend facilement que nous n'ayons aucune donnée à ce sujet pour les temps les plus anciens. Mais il est hors de doute que les leçons étaient choisies par l'évoque qui en déterminait la longueur. Dans certaines
circonstances et dans certains jours, le choix n'était guère possible, la leçon s'imposait, étant donné le caractère propre de la fête. C'est ainsi que nous pouvons citer, pour un certain nombre de jours, les leçons en usage au iv« siècle à Jérusalem dont quelques-unes sont celles qu'on lit encore aujourd'hui i. De bonne heure il a dû se former un ordre déterminé réglant le choix des leçons aux Heures canoniales dans les monastères, et cet ordre , aura exercé également de l'intluence sur les leçons de la prière liturgique. Au moyen âge, on regardait S. Jérôme comme l'auteur de l'ordre des leçons et on donnait au lectionnaire le nom du Saint. Il est certain qu'un pareil ordre existait déjà au v^ siècle ; la carta Cornatiana en est la preuve 2.
Si nous examinons de plus près la distribution des leçonsj nous remarquerons qu'elle n'est pas en harmonie avec les idées que nous nous faisons aujourd'hui des différentes parties de Tannée ecclésiastique, mais qu'elles conviennent plutôt à la forme la plus ancienne qu'avait au début de sa formation l'année de TÉglise. Il s'en suit que pour le cycle des fêtes de Pâques à la Pentecôte les leçons sont fort bien choisies, mais qu'elles ne correspondent pas au caractère des fêtes de TAvent et du temps de Noël. Primitivement, on le sait, l'année de l'Eglise commençait avec le temps de préparation à Pâques, c'est-à-dire avec le carême. A cette époque, les leçons, tirées du Pentateuque qu'on commençait à lire à la Septuagésime, étaient parfaitement à leur place,
1. Dom Cabhol [Elude sur la peregrin. Silu. 167 suiv.) donne un aperçu des leçons alors en usage.
2. Réimprimé dans Bianchini ; Opéra Auasl. i ; Migne cxxvh, 994. L'abbé Duchesne, Lib. pont, i, cxlvi.
LE JEUxNE DES QUATRE-TEMPS 255
puisqu'elles traitent de la chute originelle et des desseins de Dieu pour la rédemption du genre humain.