‹ L'année ecclésiastique et les fêtes des saint dans leur evolution historiqueChapitre 143 sur 299 · C. AUTRES FxVlTS PARTICULIERS DE L'ANNÉE EGCLÉSL\ST1QUE · texte numérisé non relu

C. AUTRES FxVlTS PARTICULIERS DE L'ANNÉE EGCLÉSL\ST1QUE

§21. — LE JEUyE DES QUATRE-TEMPS.

Le jeûne des Quatre-Temps' n'est propre qu'à l'Église occidentale, ou plutôt à TEglise romaine, où il était en usage depuis les temps les plus anciens, au point que S. Léon le Grand était porté à lui attribuer une origine apostolique. Ce Pape le met en parallèle avec la succession des saisons de l'année 2 et il veut que par là on rende à Dieu l'honneur et la louange qui lui sont dus pour le don qu'il nous fait de la conservation de la vie corporelle. Ce jeûne doit nous exciter en outre à faire un bon usage des bienfaits qui nous arrivent, à nous modérer dans l'usage du superflu et à donner largement à ceux qui sont dans le besoin. Qu'on ne murmure pas lorsque ces dons sont moins abondants ; qu'on ne soit pas mécontent lorsqu'une seule espèce de fruit abonde, ce qui parfois arrive. Que ce qui plaît à Dieu nous plaise aussi à nousmêmes '^. Le jeûne des Quatre-Temps en général et spé-

1. Le travail de Binterim (De«/îw. v, 2, 133-142) est vieilli. L'article Faalcnzeilen de IIi:l:^i:r dans Kirchenlexikon iv doit être complété par les recherches de Dom Germain Morin dans Revue bénédictine 1897, 336-347 : L'origine des Quatre-Temps.

2. Li:o iM.Sermo 19 (al. c. 8), c. 2 : Per loliiis anni circuluni dis- Iribula sunl (jejunia), ut lex cbstinentiae omnibus sit adscripta lemporihus. Siquidem jejunium vernuni in quadragesima, aestivuni in penlecosle, aulamnale in mense seplimo, hiemale in hoc qui est decimus celebretur.

3. Leo m. sermo 16 (alias 15), c. 1, 2 ; Sermo 12 (alias 11), c. 3.

cialement celui du mois de décembre est mis par S. Léon en rapport direct avec l'agriculture et la moisson {ut omniumfriictuumcolleclioneconclusa elc.Serm. 16, c. 2). Les Liturgies plus anciennes renferment également des prières qui y ont rapport i ; ces traces nous permettent de remonter à l'origine de ces jours déjeune. Ce sont en réalité des pratiques originairement païennes, auxquelles on a donné un caractère chrétien. Les Romains, en effet, étaient primitivement un petit peuple adonné à la culture des champs ; ses dieux natifs étaient de préférence des divinités de Tagriculture, comme le fait déjà ressortir Tertullien [Sierciiliis, Epona^ Midunus, etc.) et leur culte, sous bien des rapports, était en relation avec les phénomènes de Tagriculture. On en accompagnait les actes les plus importants de cérémonies et de pratiques religieuses. Ainsi on implorait la bénédiction d'En-Haut pour la réussite des semailles par les feriae semeniivae qui avaient lieu entre fin novembre et le solstice d'hiver, au mois de décembre par conséquent. A Tépoque de la moisson des blés, on célébrait les feriae messis et on appelait feriae vindemiales la récolte des vins 2.

Le culte romain des dieux présente donc trois sortes de ces/enes(les preuves manquent pour une quatrième). Or ce fait est en parfaite harmonie, semble-t-il, avec une remarque du Liber pontificalis que, jusqu'à ce jour, on a considéré comme le texte le plus ancien en faveur

L Dom Germain MoRiN (1. c. 345) cite en faveur de cette assertion des textes tirés des sacramentaires léonien etgélasien, cfr.

MiGNE LV, 1535.

2. Cfr. pour les feriae conceptiuae et semeniivae des Romains Marquardt-Mommsen, Staatsverwalîung, m, 198.

du jeûne des Oiiatre-Temps, mais sans pouvoir l'expliquer d'une manière satisfaisante. Il s'agit du passage où il est dit que Calixte (217-222) a ordonné un jeûne en trois samedis de Tannée^. Le nombre trois semble correspondre assez bien aux trois jours fériaux mentionnés plus haut. Déjà au v« siècle il est question, dans les sermons de S. Léon, de quatre jeûnes de cette espèce, et il est probable que le quatrième a été ajouté dans le courant du i\^ siècle ; d'autant plus que ces quatre jeûnes répondent très bien à la division naturelle de l'année en quatre saisons. Peut-être même le passage du prophète Zacharie (viii, 19) où il est question de l'usage juif de sanctifier par un jeûne chacune des quatre saisons de l'année, a pu y donner occasion.

Les Quatre-Temps sont mentionnés déjà tous les quatre dans les sermons de Saint Léon P'", et les jours où l'on devait observer le jeûne sont, d'après les sacramentaires léonien et gélasien, le mercredi, le vendredi et le samedi 2. Gélase 3 permit de procéder aux ordinations de prêtres et de diacres à tous les Quatre-Temps et à la mi-carême, tandis que les ordinations de prêtres n'étaient autorisées, du temps de S. Léon P'", qu'au premier jour de Pâques ^.

Le jeûne des Quatre-Temps est appelé dans les livres liturgiques les plus anciens : jejuniiim primi^ quarti, septimi el decimi mensis et tombait dans les mois de

1. lÀb. pont. Callistus : « Ilic constituit jejunium die sabbato ter in anno fieri, frumenti, vini et olei secundum prophetiam ». Mgr. DuciiESNE, I, 141.

l. Léo I, Serm. 19, c. 2 ; Sacram. Léon. 101, n. xxvii; Migne, liv, 186 Lx, 105.

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