‹ L'année ecclésiastique et les fêtes des saint dans leur evolution historiqueChapitre 146 sur 299 · Sacr. Greg. ib. lxxviii · texte numérisé non relu

Sacr. Greg. ib. lxxviii

Si, dans les sources plus anciennes, il n'esl fait mention expressément que de trois Quatre-Temps, savoir le jeJLiniam qiiarli, seplimi el decirni mensis^ la chose ne doit pas surprendre, étant donné (jue le jeûne de mars tombait ordinairement pendant le carême et n'avait pas besoin d'èlre mentionné spécialement.

Dans l'Église occidentale, l'adoption du jeûne des Quatre-Temps ne se fit pas précisément avec rapidité. Il paraît que les premiers à l'adopter furent les Anglosaxons, qui, après leur conversion, acceptèrent d'ailleurs toutes les prescriptions du rituel romain. Ainsi le synode de Cloveshove, tenu en 747 {can. 18), en prescrit l'observation. Les écrivains Chrodegang et Théodulf, dans leurs écrits relatifs à la matière, ne le mentionnent pas encore. Par contre, il semble avoir été introduit en Allemagne et par là aussi dans Tempire franc, par S. Boniface. Bien que les statuts attribués à S. Boniface ne lui soient pas, dans toutes leurs parties, contemporains, il est certain que le jeûne des Quatre-Temps fut ordonné par les capitulaires de Charlemagne en 769, dans l'empire franc, là où il n'était pas encore en usage ^. iJe plus, le fait que ce jeûne dut être inculqué à diverses reprises au ix*" siècle par les divers synodes, notamment par celui d'Aix-la-Chapelle tenu en 813 et par d'autres, prouve qu'à cette époque il n'était pas encore bien entré dans les mœurs dans les contrées septentrionales 2.

En outre, on n'était pas encore bien d'accord sur la

1. MiGNE,xxviir, 124 ; « Ut Jejuniuin qualluor téinporum el ipsi sactcrdotes observent et plebi denuntient observanduni ». On en conclut qu'alors le jeune n'était pas encore en usage dans le pays franc.

2. Cfr. liiNTKHiM, Gescli. der d. Prov. u. Dioez. Konzilien, 11,273 suiv. III, 517 suiv.

semaine du mois dans laquelle devait être placé le jeune des Quatre-Temps. A Rome, on prenait la première semaine du mois. Ailleurs il s'était élevé des doutes sur des points secondaires. Que fallait-il faire quand, au mois de juin, le jeûne coïncidait avec la semaine de la Pentecôte ? Ou bien encore : était-il permis de faire le jeûne quand le P^' mars tombait un jeudi ou un vendredi, tandis que le mercredi appartenait encore au mois de février ^ ? S. Grégoire Vil fit cesser ces doutes, en introduisant la manière de faire actuelle.

Les jeûnes des Quatre-Temps qu'on observait au moyen âge avec une grande rigueur, donnèrent lieu à l'origine des jours de pénitence et de supplication des Protestants, ce qui ressort clairement des institutions autrefois en usage dans le Hanovre. On y observait jusqu'à ces derniers temps trois jours de pénitence et de supplications : 1'' le Vendredi-Saint ; 2» le mercredi des Quatre-Temps avant la fête de S. Michel ; 3° le mercredi de la semaine qui précède celle de Noël. Dans le Mecklembourg, le Wurtemberg, la principauté de Waldeck et dans la Saxe, les jours de pénitence tombent en partie aux jours des Quatre-Temps, tandis que dans la Prusse, en vertu de la loi du 28 juin 1771, les jours de pénitence et de supplications, jusqu'alors au nombre de quatre, furent réduits à un seul fixé au mercredi après Jubilale ; celui-ci a été transféré, en 1893 2,

L La controverse surgit parce que les anciens missels {Sacramentorutn libri) n'indiquaient que le mois, sans indiquer la semaine dans laquelle le jeûne des Quatre-Temps devait être observé. Cfr. Bernard de Reichenau, (1020 à 1031), qui traite la question du temps. Migne, cxlu, 1097.

2. On peut voir dans Koelnische Volkszeitung, 8 mai 1891, les motifs qui déterminèrent le changement auquel les Catholiques sont d'ailleurs demeurés étrangers.

au mois de novembre. La vraie origine de rinstilution se révèle ici dans la conservation du mercredi, car, en soi, n'importe quel jour de la semaine se prête à la pénitence aussi bien qu'un autre*.

On appelait « Litanies » des processions solennelles du clergé et du peuple où l'on récitait des prières et où l'on portait aussi des images religieuses et des emblèmes. Elles répondent, par conséquent, à ce qu'aujourd'hui on appelle procession des Rogations. Il n'avait pas été possible d'en faire avant le temps de Constantin ; mais après que le christianisme lut devenu une religion officiellement reconnue, elles furent établies rapidement, d'autant plus que les païens, eux aussi, en faisaient fréquemment et à des époques déterminées.

Les Litanies étaient notamment très fréquentes à Rome. Le Pape avait l'habitude de se rendre, en cortège solennel, de sa demeure aux différentes églises de la ville, où Ton faisait halte. De là vient l'expression de stalio encore aujourd'hui en usage dans les Missels.

Mais dans le cours des âges, cet usage s'est perdu. Par contre, quelques-unes de ces Litanies sont devenues des éléments fixes du culte et ont leur place déterminée dans l'année ecclésiastique. Ce sont les processions des Rogations le 25 avril, fête de S. Marc, appelées lilania

1. Dans la Suisse néanmoins, on pense que le dimanciie s'y prèle éi^alenient, le troisième dimanche de septembre <'Lant choisi comme le jour de pénitence de la confédération. Dans la Hesse. ce jour est le dimanche des Rameaux.

major, et celles qui ont lieu les trois jours avant la fête de l'Ascension ; elles portent le nom de litania minor. La dénomination peut paraître surprenante, puisque la litania minor dure trois jours, tandis que la major ne dure qu'un seul jour ; mais elle s'explique par le développement historique.

Il faut se rappeler, en effet, que les processions chrétiennes des Rogations se rattachent aux païennes dont elles ont pris la place. Ce point est surtout remarquable dans la Litania minor, car, pour celle-ci, on retenait le même jour qui est le 25 avril. Quant à la fête de S. Marc qui ne fut introduite que plus tard dans l'église romaine, elle n'a rien de commun avec cette procession.

Les anciens Romains avaient des processions dont les unes se faisaient à l'intérieur et les autres à Textérieur de la ville. Ces dernières correspondaient, par conséquent, à nos processions des champs. Les processions urbaines s'appelaient chez les Romains ambiirbalia du mot urbs, et les processions extérieurs a/»6arvalia, du mol arva (champ) ^. Elles avaient pour but ou bien de solliciter des dieux la récolte des fruits de la terre, et elles revenaient chaque année à des jours déterminés ; ou bien d'éloigner des calamités, et alors elles étaient ordonnées suivant les besoins ^.

La procession ambarvale la plus connue de l'ancienne Rome avait lieu au vi^ jour des kalendes de mai, ou le 25 avril. La procession s'organisait dans la via Flaminia, aujourd'hui Corso Umberto I ei allait jusqu'à la cinquième colonne milliaire, c'est-à-dire jusqu'au pont de Milvius, où l'on sacrifiait au dieu Robigus les entrailles

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