DÉDICACES DES ÉGLISES ET FETES PA TRONALES
Les dédicaces des églises ne se trouvent dans aucun apport avec l'année ecclésiastique, et les fêtes patronales appartiennent tout simplement à la catégorie des fêtes des Saints. Néanmoins les unes et les autres occupaient autrefois et occupent encore aujourd'hui une si-
L D'après le lectionnaire de Silos, on faisait, en Espagne, les rocessions le 10 septembre, le 7 novembre et le 15 décembre.
tuation si visiblement privilégiée entre les fêtes, qu'elles méritent qu'on les examine d'une manière particulière.
Ditrérenles dénominations sont usitées dans le cours des temps pour distinguer les diflerents édifices servant d'église. A Rome, on les dénommait d'abord d'après leurs fondateurs ou les anciens propriétaires des fonds sur lesquels elles étaient bâties. Ainsi on disait basilique du Latran, la Sessorienne (Sainte-Croix de Jérusalem), la Licinienne (Sainte-Bibienne"), la Libérienne (Sainte- Marie-Majeure) etc. En d'autres endroits, les dénominations étaient fondées soit sur d'autres raisons, soit encore sur les mêmes, comme on peut le voir dans les églises de Jérusalem : Martyriiim et Anastasis dans la cité, église Sainte-Hélène ou Imbomon sur le mont des Oliviers, et Lazavium à Bélhanie près Jérusalem ^. Les églises bâties sur les tombeaux des martyrs et qu'on appelait marlyria étaient naturellement dénommées d'après eux ; et comme quelques-unes de ces églises servaient également pour l'office paroissial, l'usage s'introduisit peu à peu de dénommer les églises d'après un Saint ou de les consacrer spécialement en son honneur 2. Ce fut en particulier l'usage à Cartilage.
Il importe, par conséquent, poursuivre le développement historique, d'examiner : l'^ le jour du mois auquel l'Église fut ouverte à l'usage public ; 2" le Saint titulaire. Le premier de ces jours était le jour de la Dédicace. Dt^jà les païens avaient l'habitude de dédier aux dieux,
1. L'église appelée marlyrium s'élevait sur le Golgotha ; à côté se trouvait l'église actuelle du Saint-Sépulcre, appelée basilique de VAnastasia. Celte basilique, bâtie par Constantin, était plus grande que la première ; au i\' siècle, elle servait de lieu de réunion aux fidèles. Perefjr. Silviae, éd. Gkyer, c. 27. 36, 39, 43.
2. J. P. KiEJSCu, D/e c'/i/'is/. Kunstgebaeude in Alterlimni, 34-40.
par un acte de consécration, les édifices destinés au culte divin, non seulement dans les pays civilisés de l'antiquité, mais encore chez les Anglo-saxons i. De même, chacun se rappelle avec quelle pompe Salomon dédia le premier temple juif. Il fallait donc s'atlendre à voir s'introduire, dans le christianisme, des institutions correspondant à ces types. En effet, les persécutions avaient à peine cessé, qu'immédiatement, sous le premier empereur chrétien, les consécrations d'églises furent faites avec le plus grand' éclat. Ainsi fut fait à Tyr. Eusèbe, dans son histoire ecclésiastique, parle de cette dédicace avec d'autant plus de satisfaction qu'il y prononça luimême un long discours qui, à la lecture, paraît plutôt sec et médiocre {Hist. eccl. x, 3-4).
Particulièrement solennelle fut la dédicace de l'église du Saint-Sépulcre à Jérusalem en 335. Après la clôture du synode de Tyr, qui avait été tenu cette même année par les partisans d'Eusèhe, tous les évêques présents se rendirent, sur l'invitation du Préfet impérial, dans la ville de Jérusalem, où la grande basilique bâtie par Constantin sur le mont du Calvaire venait d'être achevée. La dédicace en fut faite le 14 septembre, jour auquel sainte Hélène avait découvert la vraie croix. Plus tard, l'anniversaire de ce jour fut célébré solennellement, ainsi que le rapporte l'auteur de la Peregrinatio Silviae, On le voitj dans cette circonstance deux anniversaires coïncidaient ; on ne peut donc pas conclure de ce fait qu'à cette époque l'anniversaire de la dédicace des
1. S. Grégoire-le-Grand recommandait aux Anglo-saxons de solenniser les dédicaces et les anniversaires des martyrs de la môme manière qu'ils avaient solennisé leurs anciennes fêtes païennes, en élevant des huttes de feuilles et en tenant des banquets. Epist. xi, 76 al. 71 de l'an 601.
églises fût célébré régulièrement partoul. Dans tous les cas, ccUe pratique devint bientôt après universelle, en Orient aussi bien qu'en Occident ^ La dédicace de la basilique d'Antioche, appelée basilique d'or, l'ournil un autre exemple à la même époque. Commencée également par Constantin, elle l'ut terminée sous Constance II. Dans cette circonstance il y eut également un synode^. Néanmoins, de la narration plutôt verbeuse d'Eusèbe on ne peut rien tirer de précis relativement aux rites usités dans la dédicace. Il dit : « Les évêques accomplirent roffice divin et les prêtres leurs fonctions de la manière la plus parfaite. Magnifiques furent les cérémonies. On entendait chanter les Psaumes et autres chants inspirés par Dieu, on voyait faire les actions mystiques du culte divin; il y avait également les symboles mystérieux de la Passion rédemptrice. De plus, chacun des évoques présents fit un discours de circonstance et cherchait de son mieux à rehausser Téclat de la solennité ». Dans l'Occident, des solennités de dédicace étaient également en usage au iv® siècle. Déjà saint Ambroise mentionne Tusage d'en faire; mais nous n'arrivons pas à connaître les particularités dont elles se composaient. Dans tous les cas, l'acte de déposer dans la nouvelle église des reliques de martyrs, quand il n'y en avait pas déjà, était un élément constitutif de la dédicace. Il n'était pas permis de célébrer les offices divins dans une église non encore consacrée^.
l.Pour ce qui concerne l'Orient, cf. Joii. Eun. Or. in concept, b. M. c. 23, MiGNE, P. Gr. xcvi, 1499. Quant à l'Occident cf. les sermons de S. Augustin sur la dédicace, Sermo 336-338.
2. Ces faits sont rapportés par Euseb. Vita Consl. iv, 6; Sozom. u, 2G ; cf. 111, T) ; Sociî.vtes, ii, 6.
3. Euseb. Ilisl. eccl. x, Ambhos. Ad Marcellin. ep. xx, 1. (Migne,
Auparavant et,clans plusieurs endroits aussi, plus tard, il semble qu'on se soit contenté de la consécration des autels; du moins le plus ancien missel franc* n'offre qu'une messe pour la consécration d'un autel et aucune pour la dédicace, terme qu'on employait déjà pour désigner l'acte solennel de la consécration d'une église. Ceci explique également ce fait que dans les écrits liturgiques de S. Ephrem et du pseudo-Denis il est question uniquement de la consécration de l'autel avec l'huile sainte, mais non de la consécration de l'église. De même il n'en est pas question ni dans les Constitutions Apostoliques ni dans le soi-disant Testament de Jésus- Christ 2.
Les rites usités dans l'Ancien Testament portèrent l'Église à donner plus d'éclat à la solennité de la dédicace; l'octave notamment et l'anniversaire doivent être rapportés à l'usage juif comme à leur origine 3. Les solennités par lesquelles Salomon, en la douzième année de son règne, accomplit la dédicace du premier temple, furent extrêmement grandioses et durèrent deux fois sept jours (3 Reg. viii, 65). Alors que le second temple, qu'on nomma temple de Zorobabel, fut profané par le culte idolàtrique des Syriens, Judas Macchabée le purifia l'an 165 avant J.-C. et rétablit le culte de Jéhova. A cette occasion il fut décrété que la fête de la purification du temple serait célébrée chaque année le 25 Kisleu et
XVI, 1019); Paulin. Nol. Mal. S. Fel. 9; Poëma 27, 402 (Migne, Lxi, 657) ; Peregr. Silviae, 1. c.