‹ L'année ecclésiastique et les fêtes des saint dans leur evolution historiqueChapitre 159 sur 299 · Lib. pont. Symmachus, c · texte numérisé non relu

Lib. pont. Symmachus, c

On dislingue trois sortes de relations ou procès des Marlyrs :

1. Les actes (acia), c'est-à-dire la copie du procèsverbal que dressait le notaire du proconsul ou du Procureur {notarius, commentariensis et exceptor) et qui renfermait l'accusation, l'interrogatoire, l'audition des témoins, la question et le jugement. Déjà du temps de Cicéron on faisait le procès-verbal des dépositions des témoins ; au temps impérial on dressait des procèsverbaux détaillés aussi bien dans les causes civiles que dans les causes criminelles et on les conservait. Un édit de l'empereur Sévère de 194 mentionne que les actes doivent être gardés et produits pour arriver à la vérité. On en communiquait, moyennant de l'argent, des copies aux personnes intéressées. Quelques-uns de ces procèsverbaux de martyres nous sont parvenus dans le texte original ; ils constituent la partie la plus précieuse des sources historiques de l'antiquité chrétienne. Les plus connus sont les Acta proconsularia S. Cypriani, puis ceux de Pionius, Mammilien et Marcellus.

2. Les Passions (Passiones) ou description des faits singuliers arrivés dans la captivité, dans les procès ou pendant l'exécution des martyrs. Elles étaient écrites par des chrétiens contemporains, soit au moment même de l'événement soit immédiatement après. Elles méritent pleinement croyance, car, en règle générale, toutes les actions judiciaires chez les Romains étaient publiques ; dans les derniers temps seulement de l'empire, la publicité fut limitée dans ce sens que les séances avaient lieu dans les basiliques ou dans les endroits appelés secreiariam. Les documents les plus connus et les plus anciens de cette espèce sont la lettre de l'Église de

Lyon-Vienne à ceux de l'Asie Mineure, la Passio S. Perpetuae et Felicilatis^ le marlyriiim Polycarpi, etc.

3. Les Légendes ou embellissements des relations sur le martyre de la première et de la seconde espèce, faits par des écrivains postérieurs dans un but d'édification ou d'histoire. Cette classe d'écrits est très nombreuse avec, à la tête, le martyre de S. Ignace, mais ils sont de valeur infiniment diverse, d'après qu'ils ont été composés par des personnes plus ou moins instruites, par des hommes compétents ou non, et aussi d'après ([u'ils ont été écrits peu de temps ou longtemps après l'événement. Car il y a eu assez de martyres dont on n'avait ni les actes, ni la passion, mais dont l'histoire s'était conservée dans la mémoire des hommes et survivait comme tradition de la communauté et qui ne furent consignés par écrit qu'après coup. Plus on tardait, plus il était à craindre qu'il ne s'y glissât des anachronismes, des changements de noms de personnes, de faux lilres et autres erreurs historiques ; et de fait il s'en est introduit. Chez les Francs et chez les Bysantins, on manquait en outre, malheureusement, de sens historique et de toute règle de saine critique.

A la crédulité s'ajoutaient souvent un faux patriotisme local et la vanité nationale, au point qu'ici et là de pures inventions entrèrent dans cette branche de la littérature. Après la découverte de l'imprimerie, grâce à laquelle les productions littéraires furent rendues accessibles et la critique comparative facile, on s'aperçut également, du côté catholique, et de bonne heure, que dans cette matière il y avait du vrai mêlé au faux, qu'une sélection était nécessaire et que, dans beaucoup de cas, elle était possible. Il convient de citer comme s'étant

particulièrement distingués dans ces recherches Launoy, Henschen, les BoIIandistes, Tillemont, Baillet, Ruinart, et dans des temps plus modernes Le Blant, Franchi di Gavalieri et autres qui surent trouver le juste milieu.

Tout ce qui, de ces écrits, est passé dans les livres liturgiques n'a pas plus de valeur pour les recherches historiques que la source d'où c'est tiré. « En effet, dit très bien Bâumer, ce n'a jamais été l'intention de l'Eglise ou des éditeurs et compositeurs de livres liturgiques de donner à leurs affirmations une autorité historique ou d'y prétendre. Aussi les Papes ont-ils fait apporter mainte correction aux légendes du Bréviaire, bien qu'il reste encore à faire sous ce rapport » i. Par leur insertion dans le Bréviaire, les légendes ne reçoivent par conséquent aucun degré de crédibilité en plus de celui qu'elles ont naturellement en dehors de cette insertion. Il importe de mettre en relief ce point et de le maintenir, car, dans l'Occident, à partir du temps d'Aurélien, évêque d'Arles 2, la lecture des actes des martyrs trouva de plus en plus accès dans la Psalmodie et devint un élément essentiel du Bréviaire.

Le mérite d'avoir, le premier, cultivé le champ de l'hagiographie dans son ensemble et non seulement au sujet de quelques faits particuliers, revient, autant que nous pouvons en juger, à l'historien de l'Eglise, Eusèbe. Avant d'écrire son histoire ecclésiastique, il a fait une collection d'actes de martyres (acta et passiones: auXXo^rj

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