‹ L'année ecclésiastique et les fêtes des saint dans leur evolution historiqueChapitre 162 sur 299 · Syn. Val. a. 524, car · texte numérisé non relu

Syn. Val. a. 524, car

FÊTES CBRÉTIENNES. — 19.

Quand il s'agissait de martyrs, c'était la règle dont on ne se départait jamais, de les vénérer le jour anniversaire de leur martyre. Mais quand il s'agissait de Saints non martyrs, il y avait des exceptions à la règle pour des motifs et dans des cas particuliers, comme par exemple pour S. Jean Ghrysostome, dont le jour du décès tombait le 14 septembre, occupé déjà au iv« siècle par la fête de l'exaltation de la Sainte Croix, et pour S. Basile mort le P' janvier, pour S. Ambroise dont l'anniversaire tombait le 4 avril, c'est-à-dire dans le temps pascal. Mais pendant le Carême on ne devait pas célébrer de fête de martyrs, selon l'édit du Concile de Laodicée [can. 51), si ce n'est tout au plus le sa- . medi et le dimanche. La prohibition n'était donc pas tout à fait générale.

Afin de conserver la mémoire des martyrs on se servait, en outre, des listes des dépositions, des livres cultuels, c'est-à-dire des sacramentaires ou missels.

Dans les livres liturgiques les plus anciens de l'Église romaine et de quelques autres Églises, les messes des martyrs n'étaient pas séparées du reste de l'année ecclésiastique ; mais elles y étaient mêlées, ou pour parler le langage actuel, le Propre des Saints et le Propre du Temps étaient fusionnés l'un dans l'autre. Ce n'est que dans le sacramentaire gélasien que les natalitia sanclorum sont séparés de l'année ecclésiastique et rassemblés au second livre. Plus tard, les listes des martyrs forment des ouvrages indépendants et s'appellent Martyrologes. En Orient, on rencontre ces derniers à une époque plus reculée. En agissant de la sorte, on revenait à la manière ancienne ; seulemenl, au lieu de ne prendre en considération que l'Église de son

propre pays, on procédait d'une manière universelle.

Linsorlion des fêles des Saints dans la succession de Tannée ecclésiastique conslitue un argument en faveur de celte thèse que les noius et les dates des martyrs se trouvaient sous un contrôle officiel. Les indications en question ont, par conséquent, la valeur de documents officiels et publics ; ce sont des sources historiques dignes de foi et ils peuvent être utilisés par la critique d'histoire. En s'en servant comme il convient, l'historiographe peut y puiser de précieuses indications.

Cette manière particidarisle de traiter les fêtes des Saints ne disparut que tard et lentement dans TOccident ; elle disparut encore plus tard et plus lenlement chez les Orientaux, qui aimaient mieux remplir leur calendrier d'autres choses que de martyrs et de Saints étrangers; ainsi ils y faisaient entrer les jours commémoialifs des synodes, des personnages de l'Ancien Testament etc. On faisait servir à cet effet jusqu'aux animaux apocalyptiques. Dans l'Occident, l'entrée des Francs et des Anglo-Saxons dans l'Église Romaine donna la première impulsion à développer les martyrologes et les calendriers dans le sens universalisle, c'est -à-dir(i à y faire entrer les Saints de l'Église catholi(pie tout entière. Ces deux peuples adoptèrent, avec le rite romain, le catalogue des Saints de cette Eglise, mais bientôt ils y .'ijoutèrent les noms de leurs Saints locaux et préparèrent ainsi les voies à l'universalité de ces livres. L'Église romaine néanmoins no fit pas entrer dans ses calendriers les Saints et les martyrs francs et anglo-saxons ; ce n'est qu'au xvi° siècle, à l'occasion de la révision des livres liturgiques, qu'elle consentit à tenir compte du prin-

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cipe de l'universalité. Il en résulta une augmentation dans le calendrier universel de fêtes des Saints, dont la multiplicité exerça une action dissolvante sur l'année ecclésiastique et l'office du jour, à ce point que les dimanches ordinaires perdent le rang qu'ils occupaient, obligés de céder leur place aux commémorations des Saints, et que la couleur verte des ornements liturgiques n'apparaît que rarement. Il semble que les premiers pas pour la généralisation du culte des Saints et pour l'adoption d'autres Saints que ceux du pays, aient été faits dans les Litanies, dont l'origine doit être cherchée dans le pays franc. La plus ancienne forme de Litanies de tous les Saints se trouve dans le livre de prières de Charles-le-Chauve K

Les personnages de l'Ancien Testament qui se sont distingués par leur sainteté ont, au fond, le même droit au culte que ceux du Nouveau. Car ils ont été justifiés par la foi au Messie futur ; plusieurs ont subi le martyre, et tous sont arrivés à la vision de Dieu, après la résurrection de Jésus-Christ. Aussi S. Paul les déclare-t il bienheureux (Hebr., xi, 4-39). La Synagogue n'avait pas le culte des Saints, mais elle vénérait la mémoire des Prophètes en leur érigeant des tombeaux (Matth. xxiii, 29) 2. Rien ne s'oppose par conséquent à ce qu'on leur rende le même culte qu'aux Saints du Nouveau Testament. Néanmoins il n'était pratiqué qu'exceptionnelle-

1. Édité par Baluze, Capital. Reg. Franc. Appendice. Puis dans MiGNE, xcix, 633. V. d'autres formulaires des temps carlovingiens dans MiGNE, cxxxviii, 885-902,

2. Bailleï a traité avec un soin particulier cette brandie de l'Hagiographie. Le premier volume de son grand ouvrage : Les vies des Saints est consacré tout entier aux saints de l'A. T. — il y en a plus de cent — et à l'histoire de leur culte.

ment. Les calendriers de TOrient renfermenl un grand nombre de Sainls de l'Ancien Testanienl, l'Eglise de l'Occident n'en a qu\in petit nombre et l'Église romaine, à part les frères Macchabées, n'en a aucun. Cependant on ne voit pas que les églises orientales aient institué des fêles en leur honneur ; par conséquent celte parlie du culle des Saints ne rentre pas dans notre sujet.

§24.— *L^l FETE DE SAINT JEAN-BAPTISTE ET DU PREMIER MARTYR SAINT ETIENNE.

Si nous avons établi en règle générale qu'anciennement le culte des martyrs était limité aux confins de leur patrie, la règle paraît avoir eu sans larder la double exception de saint Jean-Baptiste et du premier martyr saint Etienne. En etîet, ils furent vénérés dès le commencement dans toute l'Eglise chrétienne et eurent leur jour commémoratif. De plus, le saint Précurseur fut regardé comme martyr dans le sens strict du mot.

S. Jean-Baptiste avait été déclaré prophète et précurseur du Messie par la bouche de son père dans un moment où celui-ci avait été favorisé d'une vision surnaturelle. Plus tard, il reçut de la bouche même du Sauveur l'attestation de la plus haute sainteté (Matth., xi, 11). Il ne doit pas paraître surprenant, par conséquent, de rencontrer de bonne heure son culte et ses fêtes. Celles-ci apparaissent déjà dans les sermons de S. Augustin sous le titre de Solemnilales, et elles sont fixées à un jour déterminé. Il se forma même avec le temps un cycle de fêtes spécial de S. Jean-Baptiste. La date de sa naissance était donnée par la date de la naissance de

Noire-Seigneur, six mois avant Noël ; neuf mois plus tôt était la date de sa conception ^ et, en outre, on célébrait encore le jour de sa mort le 29 août : c'était sa Passio ou déco l lai io.

La fête de la naissance de S. Jean n'est pas encore marquée dans les calendriers de Philocalus et de Polemius Silvius ; mais elle se trouve dans le calendrier le plus ancien de TÉglise africaine et dans le règlement des fêtes de Perpetuus de Touis. 11 y a également des passages qui y ont trait dans les sermons de S. Pierre .Chrysologue et de Maxime de Turin. Le synode d'Agde en 506 la met déjà au rang des plus grandes solennités, dans lesquelles les fidèles devaient assister à l'office dans les églises paroissiales, et non dans les oratoires privés 2. Au moyen âge, la fête était chômée ; elle demeura universellement une grande fête jusque dans notre siècle. De nos jours, elle n'a plus ce caractère que dans quelques rares pays, comme on peut le voir cidessus, p. 42.

La fête de la conception de S. Jean-Baptiste fut célébrée principalement dans TOrient ; elle se trouve dans le calendrier de Calcasendi et des Syriens, comme aussi dans les calendriers de Naples et de Silos, dans le calendrier mozarabique, dans celui de Bède et chez les Grecs dans les deux ménologes, celui de Constantinople et celui appelé Basil éen. L'introduction rapide de la fête de S. Jean s'explique par la circonstance que sa con-

1. Pour expliquer le choix du 24 juin au lieu du 25,E.A.Kneller fait remarquer qu'on écrivait dans les anciens calendrieis romains : VIII Kal. Jan. pour marquer le 25 décembre et VIII /fa/. JiiL \^ouv marquer le 24 juin {Innsbr. Zeitung fur Kalh. Théologie^ 1901, 527).

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