L*IMMACULÉE CONCEPTION
tique de Cantorbéry, qui se composait de 23 diocèses, la fêle ne reçut l'approbatiou officielle et universelle qu'en 1328, c'est-à-dire 219 ans après la mort de celui qui, le premier, avait travaillé en sa faveur^
Ainsi les conditions de la fè(e de la Conception de la sainte Vierge, sous le rapport liturgique et canonique, demeurent au xiv« siècle aussi imparfaites qu'elles l'avaient été au xii® et au xiii^. En général, les évoques avaient, à cette époque, le droit de régler les fêtes pour leurs diocèses, mais ce droit se bornait à faire pour leurs diocèses le choix de telles ou telles fêtes déjà reconnues ou du moins tolérées dans l'Église universelle, par exemple si sainte Marie-Madeleine devait avoir son jour de fêle ou non. Ici, au contraire, il s'agissait d'un objet de fête non encore reconnu par l'Eglise, et les adversaires objectaient avec raison : « Elle n'est pas authentique ».
Finalement au xV^ siècle, l'autorité ecclésiastique fit faire à la question un pas important sinon décisif. Entre temps la doctrine Ihéologique, précisée et formulée par Jean Duns Scot, avait été acceptée à peu près partout, si l'on excepte l'ordre des Dominicains; elle avait de même la prédilection du peuple, au point que celui-ci en prenait la défense lorsqu'on l'attaquail, et que le
1. On lit dans le Conc. Canl. 1328, can. 2 : Venerabiiis Anselmi, praedecessorisnoslri, qui post alla quaedam b. M. V. anLiquiora soUemnia Conceptionis foslum superaddere dignum duxit. vestigiis inhaerentcs slaluinius etc. D'une part le synode ne dit pas qu'Anselme ait introduit la fête, d'autre part les expressions sont trop explicites jjour qu'on puisse admettre, comme l'ont fait quelques auteurs modernes, une confusion entre l'oncle et le neveu, faite [)ar le synode. On ne saurait lui attribuer une pareille légèreté. Cf. IIardouin, Conc. vu, 1538; Lauck-Cossart, Conc. xi,
synode de Bâle, d'abord œcuménique mais devenu schismalique par suite de sa rupture avec le Pape, put faire dans sa 36*^ séance (17 septembre 1439), une déclaralion importante.
En effet, sur la proposition faite par la faculté théologique de Paris, ce synode déclara la doctrine d'après laquelle Marie, grâce à une fa veur particulière, n'a jamais été soumise au péché originel c comme étant une doctrine pieuse, conforme au culte de TÉglise, à la foi catholique, à la raison et à la sainte Écriture v ; il porta défense d'enseigner le contraire. En même temps il renouvelait la prescription relative à la célébration de sa « sainte Conception, laquelle est faite le 8 décembre par l'Église romaine et par d'autres églises » ^ Si le synode avait été œcuménique, la question aussi bien quant au dogme que quant à la fête eût été formellement tranchée. Malgré cela, le décret ne resta pas sans exercer une influence favorable, comme le prouve déjà ce fait que, dans le bréviaire de Mayence de 1507, il forme les leçons du second Nocturne de la fête. Il contribua également à sa rapide propagation, ainsi qu'il résulte clairement d'un synode provincial tenu à Avignon, en 1457, sous la présidence d'un Cardinal Légat du Pape, 011 elle fut expressément approuvée et adoptée 2.
Si les Pères du Concile de Bâle pensaient que la fête était célébrée également le 8 décembre par l'Église Romaine, ils ont émis une opinion qui appelle une réserve. C'est un fait qu'elle était déjà célébrée solennellement à Avignon sous les yeux de la cour pontificale, sans ré-
1. Hardouin, Conc. viii, VZùij; Schwatse, Dogniengesch. in, 427.
2. Nat. Aexander, Hisl. eccl. viii, 546, éd. Paris, 1627; Labbe- CossART, Conc. VIII, 1 103.
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clamation de sa part, et aussi qu'à Rome elle était solennisée par des Cougrégations religieuses. Il se peut, par conséquent, que Alvarus Pelagius (j 1340), comme on le rapporte, ait prêché en ce jour à Rome. Mais cela ne prouve pas quà cette époque le diocèse de Rome et la cour pontificale aient adopté la fête. Pour cela il faut avant tout que le jour en question soit marqué dans le calendrier ecclésiastique et traité comme tel dans le bréviaire et dans le missel. Avec cela la fêle est instituée comme fête ecclésiastique ; mais la fête civile, publique avec le repos dominical, ne subsiste pas encore. D'ailleurs d'aucuns à Bâle contestèrent que l'Église Romaine la célébrât.
Comme nous l'avons dit, l'ordre franciscain avait reçu la Conception de Marie au nombre des fêtes qui devraient se célébrer dans l'ordre ; à partir de cette époque il la solennisait partout dans ses églises, même dans les résidences des Papes tant à Avignon qu'à Rome. D'autres ordres suivirent son exemple, notamment les Bénédictins, les Cisterciens et les Carmes qui avaient également des maisons à Rome ^. Comme il y avait à Rome beaucoup d'églises de ces ordres religieux, on pouvait croire que l'Église Romaine fêtait également le mystère, d'autant plus que les Papes connaissaient la solennité et la toléraient. Voici maintenant que, dans la personne de Sixte IV, un Franciscain monta sur le siège de Pierre (1471-1484). Ce fut lui qui fit enfin le pas décisif et reconnut une fête que ses prédécesseurs
1. A Home, la fête était célébrée avec une particulière solennité dans l'église des Cainiélites. Sous Innocent VIII la communauté des Sœurs de Tlmniaculée Conception prit son origine dans la même ville. FAssArjLiA, De Inim. Conc, m, 177G.
avaient seulement tolérée ou favorisée. En date du 27 février 1477 ^, il fit paraître la constitution Ciim prae excelsa dans laquelle il enrichit d'indulgences la participation à la fête. En particulier il accorda à tous ceux qui, au jour de la fête, récitent l'office composé par Nogarolide Vérone, notaire pontifical, ou bien assistent à la messe ou aux heures canoniales, les mêmes indulgences que ses prédécesseurs avaient accordées pour la Fête-Dieu. Avec cela la nouvelle fête était adoptée par le diocèse de Rome et elle fut insérée au calendrier, dans le bréviaire et dans le missel. Mais la fête demeura une fête de dévotion, non de précepte. Il faut remarquer encore que par là aucun progrès n'était réalisé dnns le domaine du dogme ; car, dans son décret, le Pape ne parle que de la conception de l'Immaculée [conceptio ImmacLilatae^ ou bien, comme il s'exprime dans un autre endroit du même décret, praelibatae Virginis, et non de la « Conception immaculée ».
Cet acte officiel n'est pas le seul que Sixte IV ait accompli en faveur de la fête. En 1479 il fit construire, dans l'antique basilique de Saint-Pierre, une chapelle dédiée en l'honneur de la conception de Marie et des sainis François d'Assise et Antoine de Padoue, Saints franciscains, et la dota. Cependant, en 1483, il se vit obligé de prohiber par une constitution particulière aux adversaiies et aux partisans de la doctrine de l'Immaculée Conception de s'anathématiser mutuellement, ce qui prouve que la controverse était très vive
1. Passaglia, 1. c. p. 1777, donne par erreur l'an 1476 comme date du décret. Il se trouve dans les Extrav. comm. m, V2, 1 et commence par les mots Cum prae excelsa et non par Cum praecelsa comme récrit Passaglia.
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à celte époque. Peu de temps après, il y eut également des disputes véhémentes en Allemagne, à Francfort sur le Mein, à Marbourg et à lieidelberg, ainsi qu'à Berne dans la Suisse.
En vertu du décret de Sixle IV de Tan 1477, l'office de la fête était enfin prescrit pour le diocèse de Rome, et cela sous le rite double. Mais l'ordonnance ne s'étendait pas aux autres diocèses ; ceux-ci, après comme avant, avaient la liberté de l'accepter ou non. Clément VIII l'éleva au rite double majeur et Clément IX y ajouta une Octave ; enfin Clément XI, en vertu d'un décret du 6 décembre 1708, la prescrivit à l'Église universelle^. Dans le royaume d'Espagne, elle était devenue fêle d'obligation depuis que, sur les instances du roi Philippe IV, le Pape Innocent X l'eut accordée par sa constitution du IG novembre 1644 2. Mais elle ne devint telle dans l'Église universelle qu'en 1854, grâce à l'énergique impulsion de Pie IX.
On le voit, les efforts que fit Rome en faveur de la fêle, appartiennent à des époques bien éloignées les unes des autres. Quant au dogme, base de la fête, on s'attachait encore toujours à la politique de l'expectative et du lai.sser faire, malgré la déclaration bien connue du Concile de Trente relativement à la transmission du péché originel. La fête demeurait simplement la fête « de la Conception » et le caractère de Conception immaculée ne s'exprimait pas encore. Il faut cependant ajouter que Paul V permit qu'aux sf^medis libres on récitât un office votif, en l'honneur de la conception de