Baillkt, V
origines, c'était un culte limité à certains pays, et non un culte universel. On était porté naturellement à rendre universelles les fêtes des apôtres plutôt que celles des autres Saints ; néanmoins l'établissement de leurs fêles dans l'Église universelle n'eut pas lieu plus tôt que celle des Saints ordinaires, c'est-à-dire qu'à quelques exceptions près il suivit la composition des martyrologes universels.
Pour ce motif, les plus anciennes listes et calendriers des diverses églises ne renferment en moyenne que peu de fêtes d'apôtres, ordinairement une ou deux seulement. On ne remarque la tendance de faire des calendriers complets qu'au cours du temps. Au x^ siècle, cette tendance fut portée par les Grecs à ce point que, non seulement ils mirent dans le calendrier tous les personnages cités avec faveur dans le Nouveau Testament, mais qu'ils y firent même entrer les 72 disciples, bien que les noms de ces derniers personnages ne méritent en général que peu de foi.
De prime abord on remarque une différence enlre les Apôtres qui vécurent et travaillèrent dans l'empire romain et ceux qui finirent leur vie dans les pays barbares. Il y avait en effet, dans l'extrême Orient, une seconde puissance mondiale semblable à l'empire Romain de l'Occident : c'était l'empire des Parthes, ou l'ancien empire perse des Achéménides, lequel, à son tour, avait été édifié sur les ruines de l'ancien empire babylonico-assyrien. Depuis les temps anciens les Juifs avaient gardé naturellement diverses relations avec cet empire oriental, ayant eu avec lui un lien hislorique. Un grand nombre de Juifs y étaient restés, après l'abolition des lois d'exil ; d'autres y étaient peut-être re-
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tournés plus lard ; bref, les événements de la fêle de la Pentecôte démonlrent suffisammenl que de nombreux Juifs y étaient dispersés dans toutes les provinces. L'empire oriental était formé d'un certain nombre d'états vassaux qui reconnaissaient un roi supérieur, le roi des rois, mais qui, pour tout le reste, étaient indépendants et souverains. Il faut citer notamment l'Arménie, dont les habitants sont d'ailleurs de même race que les Perses.
Au temps de Jésus-Christ, après que la première rancune des Juifs fut apaisée, ceux-ci, en qualité de Sémites, avaient évidemment plus de sympathies pour les habitants de cet empire de l'Orient, que pour les Grecs et les Romains, leurs oppresseurs d'alors. C'est ce qui explique le fait que plusieurs Apôtres se tournèrent vers lui, soit pendant toute leur vie, soit pour quelque temps, qu'ils lui consacrèrent leur activité de missionnaires et y terminèrent leur vie. C'est là qu'il faut également chercher le motif pour lequel nous avons si peu de renseignements surs relatifs à leur vie et à leur ministère, et pour lequel leurs fêtes tardèrent pendant si longtemps à être célébrées en Occident. On peut citer comme Apôtres de l'empire d'Orient : Barthélemi, Mathieu, Thomas, Simon le Zélateur et Jude, en partie également le disciple Thadée parce qu'il est allé en Mésopotamie et à Osrhoêne. Au sujet de saint Malhias, on n'a aucune nouvelle. On dit qu'il aurait prêché aux Éthiopiens, mais Autpert, abbé du Mont Cassin, au ix« siècle, avoue ne rien savoir au sujet de sa vie ^.
Quelques Apôtres ont, dès l'origine, leur jour fixé dans
1. MioNE, cxxix, 1023 ; Scrmo de S. Maltliia, Acta SS. Boll. 3 févr. 487.
le calendrier qu'ils gardent sans aucune fluctuation; d'autres, au contraire, sont marqués en des jours difl'érents dans les diverses provinces eccclésiastiques ; ce fait, très troublant pour la critique historique, s'explique néanmoins très simplement, à la condition de se rendre un compte exact des maximes liturgiques. Quant à ceux qui, dès le commencement, ont eu leur culte fixé partout au même jour, on constatera presque toujours qu'ils sont morts martyrs dans ces églises respectives.
Bien qu'il faille admettre que les jours commémoratifs des Apôtres doivent être traités d'après les mêmes principes que ceux des martyrs, et que leurs noms dans les calendriers sont marqués aux jours de leur mort {dies nalalis)^ il n'est pas moins vrai que dans les calendriers aujourd'hui en usage, ce principe ne se vérifie que pour un petit nombre d'entre eux. Car la pluparf des Apôtres ont trouvé leur mort dans les pays barbares, où aucune relation ne fut écrite pour la simple raison qu'il ne se trouva personne sur les lieux pour la faire. Ce ne fut que plus tard qu'on recueillit les circonstances de leur mort, conservées encore dans les traditions populaires. Un autre obstacle provenait des difl'érents systèmes de calendriers en usage chez les différents peuples, si bien que les dates des martyres, conservées peut-être originairement, purent n'être pas comprises des Grecs et des Romains et périrent. Pour ces motifs ou pour d'autres encore il arriva que, quand on inséra plus tard dans le calendrier ecclésiastique les jours commémoratifs des Apôtres, on choisit la date de la reconnaissance ou de la translation de leurs corps, ou enfin qu'on leur attribua des jours arbitrairement.
Nous ne voudrions, par conséquent, admettre comme
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absolument cerlaines que les dates de la mort des SS. Pierre, Paul et André, et tout au plus encore celles de S. Marc et de S. Luc. Ces Saints, en efTel, finirent leurs jours on dos pays civilisés, à une époque où Tordre hiérarchique était déjà établi dans les lieux respectifs. La chose est douteuse pour saint Jean, d'abord parce qu'il ne mourut pas martyr, et puis parce qu'il n'était pas révoque d'une communauté bien déterminée ; autrement la liste épiscopale de la ville en question n'aurait pas manqué de nous en transmettre la relation.
Bien que le culte des difTéreuts Apôtres en particulier ne i'ùl, dès le commencement, qu'un culte local, néanmoins nous trouvons de bonne heure le prélude d'un culte public. Ainsi dès le v^ siècle, dans TOctave des Princes des Apôtres un jour paraît avoi*' été dédié à la commémoraison de tous les Apôtres. Le sacramentaire de S. Léon I renferme en effet cette oraison : Omnipotens sempiterne Deiis, qui nos omnium Apostolovuni mérita sub una tribuisti celebritate venerari etc. Cette oraison est passée ensuite dans le sacramentaire de Gélase, où elle se trouve au livre II, n. 33 ^.
Heleth, célèbre liturgiste du Moyen Age, émet l'opinion que chaque Apôtre en particulier n'avait pas de fête spéciale dans l'Église primitive, mais qu'au l*''" mai, on célébrait une fête commémoralive de tous les Apôtres en général ^ ; plus tard^ les seuls apôtres Philippe et Jacques seraient restés inscrits en ce jour. Cependant les faits dont nous allons parler ne sont pas favorables à l'opinion que ce liturgiste prétend avoir puisée dans des calendriers très importants; mais dès le
1 . Opéra S. Leonis I ; Migne lv, 57 ; lxxiv, 1168 sous le n° 33.