SAINTE CÉCILE
déjà le nom de Cécile dans Hède et dansles calendriers francs du vui'^ siècle ; mais on le cherche en vain dans le plus ancien de Carlhage *. Élanl donné le vif intérêt qu'au ix'^ siècle on avait })our ces choses, la renommée de la Sainte, après l'invenlion miraculeuse el la translation du corps, se répandit dans tout le monde chrétien, et on lui consacra des églises, notamment dans rAllema<^ne du Nord qui venait d'être conquise à la foi. Avec cela le coté éortologique de la question serait épuisé. Cependant nous ne pouvons quitter cet objet sans donner les renseignements les plus importants relatifs au temps et aux circonstances du martyre de la Sainte. Nous avons à ce sujet une relation détaillée : c'est la Passio S. Cœciliœ, composée, au jugement des hommes compétents, à la fin du v^ ou au commencement du VI" siècle. Elle raconte que Cécile aurait été condamnée et mise à mort par un préfet de la ville nommé Turcius Almachius ; Tévêque de la ville {papa urbanus) aurait déposé son corps dans la crypte des Papes et consacré en église sa maison. Ce Pape aurait été, à l'époque du martyre de Cécile, deux fois confesseur de la foi. (^es indications présentent de grandes difficultés puisque le pape l'rhain I (•2'23-230) — et il ne peut être question que de lui — vivait au temps de l'empereur Alexandre Sévère, très favorable aux chrétiens, sous lequel il n'y eut pas de persécution contre les chrétiens. Encore moins un simple officier aurait-il pu exciter, dans la ville de Home, sous les yeux de l'empereur, une persécution aussi étendue que celle dont il est parlé ici. 11 est incroyable ({ue le Pape de ce temps,
t. Réimprimé dans Rujnart, Aria mari. <)33.
s. Urbain I, ail été deux fois confesseur de la foi, et il n'existe aucune preuve en faveur de cette assertion. En outre, on n'a aucune connaissance d'un préfet de la ville qui, à cette époque, se serait appelé Turcius Almachius ; ce n'est qu'au temps de Constantin qu'on rencontre plusieurs officiers de ce nom. Ce détail et aussi la circonstance qu'il y avait alors, dans la ville de Rome des troubles et des tumultes, conviennent bien au iv« siècle, où les empereurs habitaient rarement Rome, mais non au règne d'Alexandre Sévère.
Le fait que le nom de sainte Cécile ne se trouve ni dans le catalogue des martyrs de Tancienne église romaine, ni dans la depositio episcoporum^ ni chez le chronographe de 354, donne droit de conclure qu'elle appartient au règne de Julien FApostat. Tous les indices de temps conviennent à cette époque, aucun n'y contredit si ce n'est le nom du fameux Pape Urbain qui doit avoir été mis par erreur. Comment ce nom a-t-il pu se glisser dans les actes du martyre ? On peut expliquer ce fait de différentes manières : ou bien le nom de la personne du Pape ne se trouvait pas dans le texte primitif et n'y est entré que grâce à un malentendu, commis par le dernier rédacteur, ou bien si le nom papa urhaniis s'y trouvait, il ne signifiait pas le nom propre du Pape, mais un titre dont le sens est évêque de la ville de Rome (urbaniis) ^. Cette expression convenait d'autant mieux à Libère (355-365), qu'on lui avait opposé un antipape du nom de Félix, qui n'avait qu'un petit
\. Ainsi le Pape Symmaque esl appelé simplement papa urbis par Avite dans la suscriplion d'une lettre. Thiel, ep. Rom. PonL 7.S0. Dans une inscription des catacombes, le Pape se donne le même titre : Ego Damasus, urbis Romae episcopus.