‹ L'année ecclésiastique et les fêtes des saint dans leur evolution historiqueChapitre 256 sur 299 · Sami i.r. Aman., (mI. M.iï, p. l.'î · texte numérisé non relu

Sami i.r. Aman., (mI. M.iï, p. l.'î

Lime de ces sources est indiquée par Tauleiir, lorsque, citant des noms, il fait remarquer jusqu'à onze fois qu'ils sont tirés de la « liste des anciens confesseurs ». 11 se servait pai* conséquent, à titre de document, dun martyrologe plus ancien, sans le spécifier davantage. A en juger par les citations, il a dû embrasser à peu près les mêmes parties de l'Église que le nouveau. En effet, l'auteur nomme, comme se rencontrant dans l'ancien, les villes d'Antiodie (quatre fois), Synnada, Nicomédie,Pergameet lléraclée. Il n'y a aucune citation an faveur d'Alexandrie. Sous le nom « d'anciens confesseurs » il faut entendre les martyrs antérieurs à Dio- €l?tien, et il est probable qu'ils ont été tirés des anciens catalogues des depositiones gardés dans les différentes villes et qui avaient de l'analogie avec le catalogue romain que nous a conservé le clironographe de 354 *. Pour ce qui regarde la méthode et les principes, ils sont les mômes que ceux qui furent suivis par d'autres €alalogues semblables plus anciens ou plus jeunes. Par surcroît il est dit dans le titre « que ce catalogue renferme le nom des Seigneurs (c'est-à-dire saints), Confesseurs et vainqueurs, ainsi que les jours auxquels ils reçurent leur couronne ». Naturellement on s'attend <3galement à apprendre le lieu de leur mort ; néanmoins beaucoup de Saints s'y trouvent sans l'indication du lieu auquel ils appartiennent, sans doute parce que l'auteur manquait d'informations certaines sur ce point. La <late de la mort peut être considérée comme exacte, au moins en règle générale ; cependant un fait éclatant en sens contraire se trouve au sujet des apôtres Pierre et

1. C'est la siipposiLion d'AciiKLis, Die Marhjrologien, ihre Geschichle nnd ilir Werl, lierliii 1900, p. 61.

Paul donl le jour anniversaire, contrairement à l'usaj^e observé partout ailleurs, est fixé au 28 décembre. Naturellement ce l'ail ne saïu'ait porter préjudice à la date admise dans la ville de l{ome, car ordinairement les Grecs n'étaient que médiocrement informés des événements regardant l'histoire ecclésiastique de la partie laline de l'empire. La source à laquelle puisait l'auteur ne devait })as non plus avoir renfermé grand chose sur ce point. En elîet, en fait de martyrs occidentaux on n'y voit pas même les plus connus, tels que sainte Agnès et saint Laurent. D'ailleurs il n'y en a pas d'autres de cités sinon les trois suivants: Au 1«' août (/16) saint Aksitus, évêque de Rome. On veut parler peut-être de saint Sixte 11, dont le jour de la mort est le 6 août et non le l^"", comme il est dit ici. En outre on y lit sainte Perpétue et sainte Félicité, qui sont exactement marquées au 7 mars ^.

Au nombre des évoques d'Alexandrie il y en a deux dont les noms ne se trouvent pas dans les calendriers officiels. Ce sont Arlémon au 3 septembre et Hodion (probablement pour Orion) au 16 août. De même il y a, parmi les évècpies d'Antioche, deux noms qu'on ne trouve pas ailleurs. Ce sont Amphimélus au 4 mars et

1. La vilh' Bononia du 30 décembre nesl pas la ville de Bologne en llali*;, mais celle de Mésie, anjourd'liui Widdin, où d'antres catalogues placent également le martyr Hermès. La ville de Tomi reçut au iv" siècle le nom de Constaidia, aujour- <riuii Kustendsclie, mais ici, comme sur les tahles de Peutinger, elle est marciuée sous son nom antique. Constanlinople (11 mai) se voit en même temps que le nom de Bysance, ce (pii est caractéristique j)<>ni'Ie tenq)s de 1 Origliuî du document. Babiduna est une faute d'écriture p<jur Xovioduiium dans la ISlésie, aujoiiidbui Isaktscha.

4(i0 l'année ecclésiastique

Philippe au 27 mars. Auraient-ils été par hasard des princes de l'Église arienne?

En fait d'Apôtres, outre saint Pierre et saint Paul, il n'y a que les plus célèbres delà partie orientale de l'empire, savoir saint Jean et saint Jacques. Tous les deux sont fixés au 27 décembre, jour qui est attribué à saint Jacques également dans d'autres pays. Saint Etienne porte lui aussi le titre d'apôtre [schelicho) et occupe, comme encore de nos jours, le 26 décembre.

Les évêques, les prêtres et les diacres reçoivent ces titres hiérarchiques qui leur conviennent, tandis que tous les autres s'appellent confesseurs (mandaya),(}énomination qui indique le martyre. En efïet c'était l'usage pendant les trois premiers siècles, d'appeler confesseur celui qui avait confessé sa foi sans que les tourments aient causé la mort. Il faut remarquer en outre que quel(iues-uns qui semblent n'avoir pas été martyrs, doivent se contenter d'une simple mémoire [dukrami, c'està-dire commemoralio) tels que Saint Sixte, Jacques de Nisibe, Eusèbe de I^alestine etc. D'autres sont marqués simplenrent par leurs noms de personne, sans qualificatif ni titre.

Enfin il faut mentionner encore quelques particularités du Ménologe qui nous occupe. Quelques-unes doivent être rangées parmi les erreurs historiques ou bien doivent être attribuées au manque d'information de la part du compilateur, ainsi qu'un certain nombre de fautes d'écriture ou de lecture, qui ne devraient pas se rencontrer dans un document officiel. Ainsi nous trouvons deux fois IMarcien de Tomi^ une fois au 5, une autre fois au 10 juin. Au même mois Dius est marqué le 11 avec le titre de confesseur, et le 12, avec celui de

LliS CALKNDinKhS LITU HdIQUES 461

pièlre. On cal suiioiil IVappé do reiicoiilrer Irois personnaj>es dont les noms ne se trouvent nulle part ailleurs, pas même dans le Ménologe de Constantinople. Ce sont ('osconius, Mélanippus et Zenon, fils de Théodola. Ils sonl inscrits pour Nicée au 19 janvier, pour l'Asie au 23 février, ou pour Nicomédie au '2 septembre. Signalons comuKî fautes d'écriture : lladriopolis pour Iladrianopolis, Pcrinclius pour Perintlias, Tunjus (10 juinj pour Tomi, nom qui en plusieurs autres endroits est écrit exactement, Sindus pour Synnada, nom qui reçoit au 30 juin l'addition « dans la Plirygie » et non au 15 juin. De même les noms de personnes sont parfois écrits fautivement, ou bien ils sont tellement estropiés qu'ils en deviennent méconnaissables. De toutes les fêles ecclésiastiques, le martyrologe ne mentionne que l'Epiphanie et Pâques ; le 25 décembre mallieureusement se trouve compris dans la partie du manuscrit (pii man([ue. Le vendredi après Pâques avait lieu une commémoration de tous les confesseurs, c'est-à-dire des martyrs (Voir le G de Xisan ou de mars).

Il importe de remarquer le rapport qui existe entre le martyrologe arien et l'écrit d'Eusèbe intitulé De marli/rihus Palesii'nae. On s'attend naturellement à ce que ce livre ait élé entièrement mis à coniribution. Il n'en est rien, même le compilateur semble ne l'avoir point connu, chose d'autant plus surprenante qu'Eusèbe met toujours la date devant le nom du martyr. Les deux écrits n'ont que très peu de points de contact, mais ils se confirment mutuellement dans leurs indications. Tous les deux fixent au 16 février la mort, à Césarée, du prêtre i^amphile et de ses onze compagnons ; les deux font mention du prêtre Romain à Antioche ; et si

iCy2 l'année ecclésiastique

Eusèbe en fixe la mort au 17 novembre, l'anonyme au 18, la dil'férence peut paraître insignifiante et démontrer l'indépendance mutuelle des deux auteurs. Les dates que notre martyrologe marque pour les saints : Hermès l'exorciste, Domnion de Salona, Jacques de Nisibe et autres, sont d'accord avec celles adoptées par d'autres églises.

Le martyrologe dit hiéronymien a beaucoup de noms communs avec celui de l'auteur anonyme dont nous parlons, mais ils ne le sont pas tous. Parfois le premier marque plus de noms en un endroit et à un jour que n'en marque le second, par exemple au 25 mars, au 4, 18, 21 avril etc ; parfois le second en fournit plus que le premier, par exemple au 11 mars et au 2 mai etc. En certains endroits cependant ils tombent d'accord, par exemple au 13 mars, fête de saint Modeste avec ses 21 compagnons, où le martyrologe hiéronymien donne même les 21 noms, tandis que l'autre ne donne que le nombre collectif ; ou encore au 16 avril : saint Léonide et ses huit compagnons à Corinthe. On ne peut pas dire par conséquent que le compilateur du martyrologe hiéronymien ait incorporé dans son travail celui de son prédécesseur arien, mais bien qu'il a connu et utilisé ce travail ou du moins la source commune aux deux ''.

En outre, l'étude comparée des deux documents a amené cette singulière constatatio^n que les insertions faites au 6 juin, ou plus exactement au 8-30 juin, se

1. Notre cadre ne nous permet pas d'entrer plus avant dans ce sujet ; nous renvoyons à l'écrit déjà cité d'AcuELis, où les relations mutuelles entre les martyrologes arien et hiéronymien sont énumérées et étudiées.

trouvent ('i>alement dans le martyrologe iiiéronymien, mais sont placés aux mémos dates du mois de juillet K Celui-ci n'a (pie trois insertions en tout. On a émis la supposition (pie l'erreur était du côté de l'auteur arien ou de son copiste qui aurait dérangé les dates; mais il il pu èlre commis aussi bien par l'auteur du martyrologe hiéronymien. Quant à expliquer la chose, on ne peut naturellement qu'émettre des hypothèses à ce sujet. La relation mutuelle entre les deux écrits est encore caractérisée par ce lait que Tun d'eux insère l'évéque Eusèbe de Palestine au 30 mai ; tandis que l'autre le met au 21 juin en le désignant de plus près : In Caesarea Palesiinae dep. Eiisebii ep. hisioriographi. Lequel des deux est dans le vrai? Sans doute l'auteur syriaque, et l'indication de la date de la mort d'Arius est également exacte. Car ce qui donne son caractère propre au document eu question est précisément la notice marquée au 6 juin : « A Alexandrie, commémol'alion du prêtre Arius ». Et (pi'on ne dise pas, comme quelques-uns l'ont fait, qu'il est peut-être question ici d'un martyr d'Alexandrie qu'on ne connaît pas par ailleurs, la preuve en est que l'auteur ne lui consacre qu'une commémoration [dukrana), tandis que les martyrs ont toujours chez l'auteur plus qu'une simple mé-

1. Mifr DucnKSNK, 0/vVy//2c.s- du culte chrélieu, lviii. Pour le 8 ,'ui 30 juin la chose est tout à fait cerlalne, tandis que pour le G et le 7 juin les preuves sont insuffisantes, puisque Tirin et ses IG compai^nons ne se trouvent pas dans le martyrologe hiéronymien, où nous trouvons ensuite maniué au G juin, à la place d'Arius, d'après la recension de Berne : In Alexandrla Arlhoci : d'api'ès celle d'Echternach : Arlolis et d'après celle de Wisscmhourg ; Ari-lholi. Il est j)ossil)le que le nom d'Arius se cache sous ces noms, mais il est possible aussi qu'il n'y soit pas question de lui.

moire. Par conséquent, cetArius n'était pas pour lui un martyr.

Étant donnée la nature du document si remarquable et si important qui vient d'être décrit, on s'attend à y trouver également quelque profit pour Thistoire. De fait il en est ainsi : grâce à lui, nous gagnons d'abord, si l'on peut appeler cela un gain, que la date de la mort d'Arius doit être fixée au 6 juin 336. La mort d'Arius arriva un samedi soir, avant le coucher du soleil. Le lendemain, conséquemment un dimanche, il devait de nouveau être reçu solennellement dansTÉglise*. (3r, de toutes les années qui peuvent être prises en considération, l'année 336 est celle où le 6 juin tombait un samedi ^.

L'historien de l'Église, Eusèbe, mourut vers l'époque où saint Athanase retourna à Alexandrie après son premier exil, ce qui eut lieu aussitôt après la mort de Constantin (f 22 mai 337). Or comme Eusèbe acheva lui-même la biographie de l'empereur et mourut peu de temps après lui, on devra fixer sa mort au 30 mai, supposé que l'évêque de Palestine, inscrit ici au 30 mai^ soit identique avec l'auteur de l'histoire ecclésiastique, ce qui ne saurait être révoqué en doute. La ville de Césarée ayant été la métropole de la Palestine, le titre d'évêque de la Palestine ^ lui revient. Son successeur, qui fut aussi son héritier et son biographe, fut l'énergique Acacius, cet évoque si puissant en œuvres.

Page 1