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L'année juive était une année liini-solaire variable

c'est-à-dire elle consistait en 12 mois lunaires dont chacun commençait avec la nouvelle lune, si bien que le 14 de chaque mois devait coïncider, chaque mois, avec la pleine lune. Or la lune achève sa course autour de la terre en 29 jours et demi en chiffres ronds, ou bien deux révolutions de la lune font 59 jours. A cause de cela, les mois juifs avaient alternativement 30 et29jours(Tischri et Nisan en avaient 30), parce qu'on ne pouvait pas faire commencer la nouvelle lune au milieu d'un jour. Les douze mois de l'année juive avaient donc en tout 354 jours. Par conséquent, il manquait onze jours un quart pour faire l'année solaire ; si cette différence n'avait pas été égalée de quelque manière, chaque mois juif et le premier de l'an auraient, dans une vie d'homme, parcouru toutes les saisons. En supposant que, dans une année, le l^»" jour de Nisan tombe le premier mars, l'année suivante il arrivera déjà le 18 février.

Chez les Sémites, la compensation ne se faisait pas moyennant des jours intercalaires, mais au moyen de mois intercalaires, c'est-à dire huit années solaires ont 2920 jours sans lesjours intercalaires et ce même nombre de jours correspond à 99 mois lunaires; en d'autres termes, 8 années lunaires et trois mois intercalaires égalent 8 années solaires. 11 faut par conséquent ajouter 3 mois intercalaires tous les 8 ans ; nous aurons alors à peu près le même nombre de jours ; il ne reste que la légère différence de 2 ou 3 jours causée par lesjours intercalaires. Celle-ci peut être également compensée par un mois intercalaire, lorsqu'elle s'est élevée à trente jours. Mais pour régulariser les choses, il y avait, avant tout et principalement, l'équinoxe, et puis l'offrande de l'orge prescrite parle Pentateuque.

En efï'el quand, selon toute apparence, le mois de Nisan allait finir avant l'équinoxe du printemps — le commencement et le milieu de ce mois, ainsi que le quatorzième jour de la lune pouvaient tomber avant l'équinoxe — et quand Torge n'était pas encore en épis au 14» jour de Xisan, on se disait qu'il fallait corriger le calendrier. On y arrivait en faisant durer 29 jours de plus qu'à l'ordinaire le dernier mois de Tannée écoulée, appelé Adar. On ne lui donnait pas d'autre nom, mais on le désignait sous le nom de Weadar. C'était le mois intercalaire. Quand ce procédé fort simple se répétait trois fois en huit années, il y avait de nouveau égalité entre l'année lunaire et l'année solaire. On pouvait d'ailleurs contrôler l'équinoxe d'une autre manière, à l'aide du zodiaque, puisqu'au 20 mars le soleil entre dans le bélier et au 23 septembre dans la balance.

Si ce procédé avait été, chez les Juifs, un procédé scientifique, c. a. d. si les mois avaient été intercalés d'après des lois fixes et à la suite d'observations et de calculs astronomiques, le calendrier juif eût pu être ramené à n'importe quel autre calendrier, bien qu'avec peine. Mais le système d'intercalation était appliqué en quelque sorte d'une manière arbitraire, d'après le bon plaisir du sacerdoce. On ne peut donc jamais dire avec certitude que telle ou telle année a été chez les Juifs une année intercalaire ; et il est impossible de ramener avec certitude une date juive très reculée à une date du calendrier julien ou de tout autre calendrier ^.

Jusqu'à l'époque de la dispersion qui suivit la guerre juive de l'an 70 après J.-G. et encore longtemps après,

1. D'après Ideler, auteur certainement compétent {Handbuch der (Ihronol. I, 570).

les Juifs calculaient leurs nouvelles pleines lunes et leurs années intercalaires et conséquemmenl le commencement de leurs années, non d'après des principes fixes de l'astronomie, mais d'après l'usage qui vient d'être exposé. C'était sans doute la règle que le mois commençât au jour où le croissant de la lune se montrait pour la première l'ois dans le crépuscule et que la Pâque fût célébrée quand le soleil se trouvait dans le signe du bélier ^. Il fallait ajouter un second Adai\ comme le fait très bien remarquer Maimonides, quand l'éqainoxe du printemps n'arrivait que le 16 du mois de Nisan ou plus tard. Mais on se tromperail étrangement si l'on croyait au un système invariable des nouvelles lunes et des années intercalaires basé sur ces principes fût en usage^ au point de permettre une réduction certaine des dates juives au calendrier Julien. Nous ne voulons nullement dire par là qu'aucun essai n'ait été tenté pour disposer le calendrier en cycles réguliers. Mais le comput était comme s'il n'existait pas, la décision dépendant surtout du caprice du sanhédrin. La manière dont il procédait dans la détermination des nouvelles lunes nous est donnée par Ideler (I, 512), et les considérations qui guidaient le sanhédrin dans le choix des années intercalaires nous sont révélées par Maimonides. Le Talmud nous a conservé une lettre curieuse de Rabbi Gamaliel, qui fut le maître de l'apôtre saint Paul, adressée aux Juifs de Babylone et de la Médie ; elle doit trouver place ici : a Nous vous notifions que, les colombes (pour le sacrifice) étant encore trop tendres et les agneaux (pour la Pâque) trop jeunes, le

1. Joseph. Antiqu. 1, 1, 3:£v xptw toù r^Xtou xaûsoTcoTOç. Ideler, 1. c. 401, 514, 570.

temps de l'Abib n'étant d'ailleurs pas encore arrivé, de concert avec nos collègues, nous avons jugé nécessaire d'ajouter 30 jours à Tannée ».

Ce passage pourra mettre en garde ceux qui, rencontrant par hasard dans les sources une date juive certaine, la convertissent aussitôt, à l'aide des tables lunaires, en une année julienne et s'adonnent ensuite à l'espérance d'y avoir trouvé une base pour dos calculs ultérieurs certains.

Cela étant, il paraîti-a naturel (pie, dans les temps apostoliques, les chrétiens d'Orient, convertis du judaïsme, aient déterminé la date de leur Pâque exactement à la manière juive ; il n'y avait donc pas de désaccord sur ce point avec le Judaïsme, d'autant moins qu'au commencement les prosélytes juifs formaient la majorité dans la chrétienté. En outre, dans la Syrie et dans une grande partie de l'Asie Mineure, il existait à côté du calendrier grec et romain un autre calendrier basé sur les mêmes principes que le calendrier sémitique. Mais cet usage, bien que conservé chez les quartodécimans, ne devint ni prédominant, ni général. Comme motif de changer il y avait, avant tout, la diversité de l'objet de la fêle. En effet, dans la célébration de la Pâque chrétienne, la Résurrection de Jésus-Christ était en première ligne, tandis que le jour de la mort n'était qu'un jour commémoratif qui se prêtait moins à une fête joyeuse. Or le jour de la Résurrection étant le dimanche après le 15® du mois de Nisan, c'est ce dimanche qui devint le jour de la Pûque chrétienne.

Etant donné la diffusion de plus en plus grande du christianisme dans des pays non sémitiques, le besoin se faisait aussitôt sentir de fixer le jour de la Résurrec-

lion d'après le calendrier Julien en vigueur et d'annoncer aux chrétiens de TOccident quel jour de leur calendrier ils devaient célébrer la fête de Pâ(jues. Or, conime nous l'avons dit, il est très difficile de convertir une date du calendrier juif en une date julienne ; et il était simplement impossible au plus grand nombre de faire ce travail pour n'importe quelle date reculée.

Appliquons cela à l'événement qui nous occupe.

Quand on demandait : quel jour Jésus-Christ est-il mort ? on pouvait bien répondre : le 14 de Nisan. Mais si l'on demandait ensuite : A quel jour du calendrier romain ce 14 de Nisan correspond-il ? la réponse devait être : qui peut savoir cela ? Une année il tombe en mars, une autre en avril, tantôt il tombe tel jour, tantôt tel autre jour de notre calendrier.

La réponse : « il tombe ]e 14 de Nisan » ne pouvait être utile ni à l'Egyptien ni au Romain, et n'avait de sens que pour le Sémite. Il était nécessaire, par conséquent, de chercher une autre méthode pour déterminer ce jour dans les pays où le calendrier sémitique était inintelligible. Quant à faire cette détermination, l'autorité de l'Eglise d'Alexandrie et, avant tout, de celle de Rome était décisive. Il eût été tout naturel de rechercher quel quantième du mois de mars ou d'avril le 15 du mois de Nisan était tombé l'année de la mort de Jésus-Christ, soit l'an 782 depuis la fondation de Rome. Mais quelques dizaines d'années après l'événement, personne ne pouvait plus dire cela avec certitude. Il fallait donc chercher d'autr-es points d'appui ; le premier était naturellement la date delà pleine lune de mars, c. a. d. de la pleine lune la plus rapprochée de l'équinoxe du printemps, car le 15'^ de Nisan doit toujours tomber dans la pleine lune ou

à proximité de la pleine lune. De cette manière, à Rome et à Alexandrie, on arriva pen ;i peu aux pi'incipes qui, dans leur ensemble, règlent la ([uestion encore aujourd'hui : on célèbi'c la l'ète de Pâques le premier dimanche après la première pleine lune (jui suit Téquinoxe du printemps. A Rome, celte date était déjà observée du Pape Sixte I, comme on Ta vu ; peut-être était-elle déjà observée avant lui. Le reste appartient à l'histoire ecclésiastique.

Si, chez les Occidentaux, on constate la tendance de convertir en un jour fixe du calendrier julien la date de la mort et de la résurrection de Jésus-Christ, et de les célébrer à cette date, soit p. e. aux 25 et 27 mars, cette méthode n'a été jamais adoptée d'une manière générale. On se basait plutôt sur la date de la Pâque juive, dont la détermination s'appuyait d'une part sur la pleine lune, et d'autre part sur Téquinoxe du printemps. On ajoutait à ces calculs un troisième élément, étranger aux Juifs, à savoir le jour du dimanche comme jour delà résurrection. On obtint ainsi la règle donnée ci-dessus pour fixer la fête de la Pâque, dont la date conserve une trace de Tannée luni-solaire mobile des Juifs et exprime de fait le lien qui existe entre le judaïsme et le christianisme, chose bien digne d'être conservée jusqu'à la fin des temps ^.

1. Le Père Nilles [Kalend. uiriusque Eccl. ii, 286) se prononce, lui aussi, catégoriquement contre la translation de Pâques à un dimanche fixe du mois d'avril. D'après une nouvelle annoncée par la Koelner Volkszeitung du 22 mai 1894, le Père César Tondini, Barnabite, travaillerait à une réforme du calendrier dont les points saillants seraient la fixation de Pàfiues à un jour déterminé et le transfert des jours bissextiles à la fin de Tannée. Le docte Religieux pense que cette réforme serait acceptée égament par les Russes.

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