DE PAQUES
TENTATIVES DE FAIRE CELEBRER LA MORT DE JESUS-CHRIST EN UN JOUR FIXE DU MOIS.
La manière de célébrer la commémoraison de la passion et de la mort de Notre Seigneur en se basant sur le calendrier juif devait s'imposer d'elle-même, étant donné la précision avec laquelle le quatrième Evangile raconte les événements de la semaine de la Passion, savoir :
Le 9" jour de Nisan, le Seigneur était arrivé à Béthanie; le lendemain, 10° de Nisan, c'est le dimanche des Rameaux.
Ile de Nisan. Lundi. Malédiction contre le figuier et seconde purification du temple.
12« de Nisan. Mardi. Différents discours du Seigneur avec les Pharisiens et les Sadducéens. L'offrande de la veuve ; des païens cherchent à avoir accès auprès de Jésus.
13e (Je Nisan. Mercredi. Trahison de Judas.
14® de Nisan. Jeudi. La Cènei. Captivité de Jésus.
\. Parmi les Pères de l'Église, saint Ambroise traite plus longuement la question, en quel jour de la semaine et du mois avait eu lieu la dernière Gène. (<?p. 23, composée en 386). Il dit que la Cène eut lieu le 14 de Nisan qui était un jeudi; le 15 de Nisan Jésus-Christ fut crucifié et le 17 il sortit du tombeau. L'anniversaire de la mort doit être commémoré dans le deuil et par le jeune ; voilà pourquoi on ne pourrait célébrer les deux événements le même jour, ni célébrer la mort de Jésus-Christ un dimanche. Si le 15 de Nisan tombe le dimanche, il faut attendre une semaine pour célébrer Pâques. Si Jean Philoponus [de Paschate, éd. C. Walter, Leipzig 1899) veut que Jésus-Christ ait fait la dernière Cène le 13 de Nisan ; s'il prétend que cette cène
15® de Nisan. Vendredi. Condamnation et mort du Seigneur.
16« de Nisan. Samedi. Repos dans le Tombeau.
17" de Nisan. Dimanche. La résurrection.
C4es événements pouvaient être célébrés chaque année au jour même du calendrier juif. La date du jour de la semaine seule variait, comme elle variait pour la Pâque juive elle-même. Isidore de Séville reconnaît l'exactitude de ce fait quand il dit : « Dans les temps anciens, l'Église célébrait la Pâque en même temps que les Juifs, le 14^ jour de la lune, n'importe en quel jour de la semaine il tombait » ^. Mais supposé qu'on eût voulu procéder de la même manière dans les pays où les calendriers julien et égyptien étaient en vigueur ; supposé encore qu'on ait renoncé à vouloir toujours célébrer les deux anniversaires aux mêmes jours de la semaine, savoir le vendredi la mort de Jésus-Christ et le dimanche sa résurrection, il n'est pas moins vrai que les chrétiens de ces pays devaient encore savoir à quel jour de leur calendrier répondait le 15 du mois de Nisan des Juifs, ou du moins à quelle date était tombé ce jour l'année de la mort du Seigneur, car il leur était impossible de chercher cette date tantôt au mois de mars tantôt au mois d'avril de leur calendrier. Il en résultait, dès le commencement, une différence notable qu'on ne pouvait compenser. Il est évident que de prime abord il fallait trouver une méthode différente de celle des Juifs
n'était pas la pàque ancienne, mais une pâque nouvelle, mystique; enfin s'il explique les paroles de saint Matthieu (xvvi, 17). XT^ TTpojTTj TCDv àS^j[jt.ojv comme s'il y avait : -rri TrpojxT, Tipo tojv à^jjaojv; cela ne méiile pas qu'on s'y arrête. IIarnagk et Schurer dans Theol. Lilleralarzeilung, 1900, n» 4. 1. ElymoL vi, M, 10; Migne, lxxxu, 247.
pour déterminer la date de la fête de Pâques en faveur des chrétiens convertis du paganisme ou pour les pays où le calendrier julien ou tout autre calendrier non juif était en usage. 11 est donc bien probable, comme étant fondé sur des faits concrets, que, dans la Syrie et l'Asie Mineure, les Apôtres ont déterminé le quatorzième jour de Nisan comme date de la Pâque, tandis que dès le commencement, on avait à Rome et à Alexandrie une date différente. Supposé même que du vivant des apôtres les chrétiens de Rome aient été tous convertis du Judaïsme, il n'est pas moins vrai que les Juifs de Rome étaient en telle minorité qu'ils devaient forcément suivre le calendrier du pays où ils vivaient, peut-être même le plus grand nombre d'entre eux ne savaient pas se servir du calendrier juif. La chose était toute différente dans l'Asie Mineure, où les Juifs étaient très nombreux, leurs usages protégés et où la population indigène suivait un calendrier qui se rapprochait assez du calendrier sémitique.
Par conséquent, si les habitants de l'Asie Mineure en appelaient, pour justifier leur pratique, à Pautorité des apôtres, spécialement à celle de Jean et de Philippe ^, la chose est aussi croyable que le fait des Romains qui en appelaient à celle de Tapôtre Pierre. Que la chose ait eu lieu, nous l'apprenons par les lettres de saint Athanase ^ qui dit : « Les Romains prétendent avoir une tradition de l'apôtre Pierre qui défend de dépasser le 26 Pharmuthi (21 avril), aussi bien que le 30 Phamenoth (26 mars). Dans ces paroles nous avons également les deux limites extrêmes de Pâques à cette