Hefele, Conc. Gesch., m
4. Peregrinalio Siluiae, c. 30, éd. Geyer, 67 cod. S. Jean Chrysostome Hom. 30 in Gen. x, tom. iv, 29. — Binterim, v, 179, veut faire dériver Karwoche de Caréna, mot qui s'est conservé dans les langues romanes sous la forme de carême, carenzia et qu'on trouve aussi dans le vieil allemand dans la forme Karina. Le mot s'expliquerait par le jeune rigoureux qu'on observait pendant celte semaine.
universelle et se conservèrent en partie jusqu'à nos jours; \els par exemple la procession des Rameaux et l'Adoration de la Croix. Les Lilurgistes d'autrefois, ne connaissant pas le document en question, cherchèrent l'origine de ces usages là où il ne fallait pas la chercher; aujourd'hui il n'est pas douteux que le lieu d'origine de ces pratiques ne soit Jérusalem.
D'abord les Liturgisles d'autrefois étaient en désaccord quant au temps et au lieu de l'origine de la procession des Rameaux ; ils firent à ce sujet diverses suppositions. Binterim pensait que Pierre, évêque d'Édesse, avait introduit à Édesse, vers 397, la bénédiction des Rameaux, tandis que Martène en place l'origine au viu® ou au ix'' siècle. De fait, il n'y a pas trace d'une bénédiction de Rameaux dans le sacramentaire Grégorien^. Nous chercherons à Jérusalem même, l'origine de la procession des Rameaux, sans avoir à craindre de nous tromper, puisque l'auteur de la Peregrinaiio nous raconte ce qui suit : Le dimanche qui commence la semaine pascale, dans la matinée, ont lieu les offices ordinaires du dimanche dans l'église supérieure du Calvaire, appelée alors Marlijriiim. Vers la septième heure du jour (c'est-à-dire vers une heure de l'après-midi], tout le peuple se réunissait avec l'évêque au mont des Olives, à l'endroit où était la grotte dans laquelle le Seigneur avait coutume d'enseigner. Pendant deux heures, on y chantait des hymnes et des antiennes et on récitait des leçons tirées de la Rible. Vers la neuvième heure on montait au sommet de la montagne, là où le Seigneur est monté aux cieux. On y chantait de nou-
1. Pas plus que dans rAntiphonaire grégorien auquel renvoie BiMEKiM [Denkw. v, 174).
veau, on écoutait la lecture des leçons adaptées au lieu et au jour et on récitait des prières. Vers la onzième heure, quand on était arrivé à la lecture de l'évangiie de l'entrée de Jésus à Jérusalem, tous se levaient et descendaient dans la ville au chant du Benedictiis qui venit et portant des branches de palmier et d'olivier. On se rendait, à travers la ville, dans l'église de l'Anastasie, où l'on chantait les Vêpres et une oraison à la Croix ^.
Étant donné le caractère dramatique propre aux offices catholiques, il était encore tout naturel de représenter d'une manière sensible l'entrée mémorable du Messie dans Jérusalem pour y célébrer la dernière fête de Pâques. Sur le théâtre même de l'événement la chose paraissait tout indiquée et point n'était besoin d'avoir une grande puissance d'imagination pour la trouver. Poursuivons jusqu'au bout la description du pèlerin. Le mardi, une nouvelle procession se rendait au mont des Olives, où rÉvêque récitait l'Évangile de S. Matthieu (xxv, 3suiv.). Le mercredi, on donnait lecture de l'Évangile de la trahison de Judas, pendant que le peuple pleurait et se lamentait à haute voix. Le jeudi saint, on commençait la psalmodie dès le premier chant du coq. A quatre heures de l'après-midi '^, l'évêque célébrait le saint sacrifice de la messe dans le Martyrium^ et le peuple y communiait. Vers les sept heures du soir, le peuple se réunissait dans l'église à'Eleona — ainsi s'appelait alors l'église bâtie sur la montagne des Oliviers —
L Peregr. Siluiae, c. 30, 31 éd. Geyer, 64 cod. La pèlerine, prenant comme terme de comparaison le Rhône pour faire comprendre la grandeur et la puissance de TEuphrate (c. 18, p. 61, 11) devait être originaire du midi de la France. Elle a fait son voyage en Orient dans les années 378 à 394.
?. Ilora décima, Pereg. Siluiae, éd. Geyer, c. 35.
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et se dirif^^eait à onze heures, toujours en chantant et en priant, vois le sommet de la montagne. C'eci durait jusiju'aa premier chant du coq, le lendemain. Alors, vers les trois heures du matin par conséquent, les pieux fidèles se remettaient en route pour se rendre au jardin des Oliviers, où se trouvait une jolie église éclairée de 2.000 lampes. L'évêque y récitait une oraison ; suivait un chant de circonstance et la lecture de l'évangile sur la prise de Jésus (Matth., xxvi,41 suiv.). La procession se rendait ensuite lentement à la ville qu'elle traversait pour arriver au Calvaire. On y donnait lecture de l'interrogatoire de Jésus, puis Téveque faisait une allocution et renvoyait le peuple, l'exhortant à revenir vers les sept heures pour l'adoration de la sainte Croix. Alors les fidèles se rendaient au mont Sion, où ils priaient près de la colonne de la llagellation , enfin ils se dispersaient, et rentraient dans leurs demeures.
A sept heures, Févêque prenait place sur sa chaire dans la chapelle de la Sainte-Croix. Devant lui était dressée une table recouverte d'un linge blanc ; autour de la table se tenaient les diacres. On apportait alors l'urne doublée d'argent dans laquelle on gardait la sainte Croix. On l'ouvrait et on en retirait la sainte Croix avec le titre qu'on déposait sur la table. Les fidèles et les catéchumènes s'approchaient, s'inclinaient et baisaient la croix et la touchaient du front et des yeux mais non des mains. Tous défilaient de cette manière, l'un après l'autre, pendant que les diacres faisaient la garde. Puis un des diacres montrait encore au peuple l'anneau de Salomon et la corne d'huile qui avait servi aux onctions des rois juifs. Ces objets étaient également présentés au baisement.
Vers la sixième heure, à midi par conséquent, on continuait l'office divin de la manière suivante. Le peuple se réunissait dans Vairium situé entre la chapelle de la Croix et l'église de l'Anastasie, oùrévêque prenait place dans la chaire épiscopale. On lisait sans interruption des passages de la Sainte Ecriture ayant trait à la Passion, tirés soit de l'Ancien Testament, des Psaumes et des Prophètes, soit aussi du Nouveau. Cette lecture se poursuivait jusqu'au temps de Noue, c'est-à-dire pendant trois heures. A l'heure de None, on lisait le passage de saint Jean (xix, 30) relatant la mort de Jésus ; puis on récitait une oraison et l'office était terminé. Immédiatement on reprenait Toffice dans TÉglise principale qu'on continuait jusqu'au passage de S. Jean (xix, 38) où est relatée la descente de la Croix de Jésus. On récitait de nouveau une oraison et on faisait la bénédiction des catéchumènes. Ainsi se terminait l'office du jour ; le peuple était renvoyé chez lui ; mais les jeunes clercs restaient toute la nuit et veillaient dans l'église.
Quant à la Liturgie du Samedi Saint, l'auteur de la Peregrinaiio ne trouvait pas de différence entre la manière dont l'office se faisait dans son pays et celle qu'elle voyait à Jérusalem. Elle marque seulement que les enfants baptisés étaient d'abord conduits par Tévêque à l'église de TAnastasie, puis à l'église principale ^.
Voilà la relation détaillée la plus ancienne que nous ayons de la célébration de la semaine sainte. Passons maintenant aux usages observés aux époques suivantes.
\. Peregr. Siluiae, éd. Geyer, c. 36-38 ; \). C7-69 cod.