‹ L'année ecclésiastique et les fêtes des saint dans leur evolution historiqueChapitre 64 sur 299 · DIGRESSION SUR LES COULEURS LITURGIQUES · texte numérisé non relu

DIGRESSION SUR LES COULEURS LITURGIQUES

Durant plusieurs siècles, les ornements liturgiques étaient blancs à Texclusion de toute autre couleur, le blanc étant en général la couleur des vêtements ordinaires dans l'antiquité classique. Les écrivains des temps carlovingiens qui aimaient à mettre en parallèle les institutions de la loi nouvelle avec celles de la loi ancienne, furent les premiers à faire remarquer que plusieurs autres couleurs étaient employées dans les ornements cultuels des grand-pretres juifs : outre la tunique blanche du simple prêtre, il portait un habit de dessus bleu-hyacinthe et un humerai multicolore, appelé Ephod, qui était tissé de bleu, de pourpre, de rouge et de byssus avec des fils d'or. A force de rappeler sans cesse ces choses, l'idée d'autoriser également des couleurs diverses dans les ornements de la messe, devint peu à peu familière '.

vlridibus olc. De même Wickham Legy, dont la brochure Historij of ihe Uliirg. colours (London 1882) ne s'occupe, il est vrai, que des trois derniers sièxles, a démontré que le verl s'employait en plusieurs autres lieux, entre autres à Mayence (p. 21).

\. J. Braun (Innsbr. Zeitschrift fur Kath. Theol. 1901, I, p. 155 suiv.) révoque en doute que la couleur blanche ait été l'unique couleur liturgique dans les temps anciens, en s'appuyant sur

D'abord l'usage s'en établit timidement et d'une manière incertaine. Des auteurs comme Rupert de Deutz, Honorius d'Autun, Jean Beleth et Hugues de Saint Victor, quand ils parlent des ornements, ou bien ne disent rien des couleurs ou bien ils en parlent en les rapportant à l'Ancien Testament. Sicard de Crémone, contemporain d'Innocent III, en parle clairement, mais il n'en mentionne que deux, le blanc et le rouge ^.

Ce ne fut qu'Innocent III qui mentionna toutes les couleurs liturgiques et en régla l'usage pour l'Église romaine, mais toujours en se référant aux institutions de l'Ancien Testament. D'après lui, les ornements devront être de couleur blanche aux fêtes des confesseurs, des vierges et des anges, à Noël, à l'Epiphanie, à la Chandeleur, au Jeudi Saint et à l'Ascension et naturellement tous les autres jours pour lesquels aucune couleur n'était déterminée, le blanc ayant été, en effet, jusque-là la couleur universellement adoptée pour le culte. On se servait d'ornements rouges aux fêtes des apôtres et des martyrs. Aux fêtes de la sainte Croix, il était loisible à chacun de choisir entre le rouge et le blanc. A la Pentecôte on devait prendre la couleur rouge qui rappelait les langues de feu ; on pre-

des peintures (non des miniatures) des v- et ix« siècle, sur lesquelles on voit des couleurs jaunes, brunes et autres. D'abord le mot blanc ne signifie pas précisément le blanc de neige et l'on sait que la couleur native de la soie et de la laine est légèrement crème. Ensuite les couleurs ont pu s'assombrir avec le temps ou ont pu recevoir plus tard de nouvelles couches de peinture. Dans tous les cas, ses preuves ne sont pas assez fortes pour pouvoir contredire les nombreux témoignages des sources qui sont en faveur de l'opinion communément reçue.

1. SiGARDUS, Mitrale, I, v. dans Migne, ccxui, 77: « In colore pro qualitate temporis alternatur ; albo utimur in resurrectione, rubeo in pentecoste ». Le passage de Jean d'Avranches {De off. eccl.) dans Migne, cxlvu, 62) est plein de lacunes et peu précis. L'auteur semble ne parler que du grand prêtre de l'ancienne loi.

liait également cette couleur aux fêtes dos SS. Apôtres Pierre et Paul, mais on devait prendre le blanc le jour de la conversion de S. Paul et celui delà chaire de S. Pierre; à la IVMe de la nativité de Jean-Baptiste on devait se servir du l)lanc, le jour île sa décollation on prenait le rouge. A la Toussaint plusieurs églises Taisaient usage de la couleur rouge, mais l'Eglise romaine prenait le blanc parce quil est dit dans rAi)0calypse que les Saints se tiennent debout devant TAgneau, revêtus de vêtements blancs et portant des palmes dans leurs mains.

On devait prendre les ornements noirs aux jours de pénitence et d'abstinence ainsi qu'aux offices pour les défunts. On s'en servait par conséquent pendant l'Avent et le Carême depuis la Septuagésime, excepté naturellement aux jours de fêtes qui se rencontraient pendant ce temps. Quant au jour des Saints Innocents, les uns étaient pour le noir, d'autres pour le rouge ; mais le Pontife romain trancha la question en prescrivant le violet. La couleur verte resta pourles jours des fériés et les jours ordinaires. Il était d'ailleurs permis de prendre l'écarlate pour le rouge, le violet pour le noir et le jaune pour le vert.

Nous trouvons les mômes règles, presque reproduites mot à mot chez Durand de Mende (f 1296). Il convient cependant d'observer que cet évéque veut qu'on fasse usage de la couleur noire aux Rogations et qu'entre le noir et le violet il donne la préférence au violet pour l'xVvent et le Carême, affirmant que l'usage du violet est plus conforme aux ti'aditions de l'Eglise romaine ^

Etant donné ce développement successif, il ne paraîtra pas surprenant que les Rituels plus anciens aient prescrit simplement pour le jeudi saint des vesles sollemniores en général, sans préciser aucune couleur. L'usage romain

1. DuHA^DUs, Ralionale diuinor. ofj'. \\\, 18. L'Ordo romain xiv, G. 4'J suiv. du xnr siècle, nomme cinq couleurs ; le blanc, le rouge, le vert, le violet et le noir. Migne, lxxvhi, 1154.

était, dès le commencement, en faveur du blanc, ce qui, peu à peu, bannit les autres couleurs employées ailleurs K Après cette digression revenons au Jeudi Saint.

On doit s'attendre a priori k ce que le jour auquel Jésus-Christ mangea la dernière cène avec ses apôtres et institua le mystère de son corps avec son sang, tut marqué dans l'Eglise par des solennités toutes spéciales. En effet, le samedi saint seul peut lutter avec lui sous ce rapport. 11 passait en beaucoup d'endroits pour jour de fête obligatoire et se trouve désigné sous le nom de sollemnitas ^.

Les prescriptions liturgiques que nous a conservées en assez grand nombre le moyen âge sur la manière de solenniser ce jour^ débutent ordinairement par la récitation des Psaumes. Celle-ci commençait à minuit et se distinguait par cette particularité qu'on allumait des cierges comme de coutume, mais qu'au lieu de les laisser brûler on en éteignait un après chaque chant, si bien qu'aux dernières prières on se trouvait dans Tobscurité complète. Le nombre des cierges était différent dans les différents lieux; il variait de 15 à 24, 30 et 34 '^. On appelait cet office « l'office des ténèbres ».

La seconde solennité qui caractérisait ce jour était la réconciliation des pénitents publics, lis devaient se prosterner par terre ; puis on récitait sur eux le Psaume Miserere et d'autres prières et on leur donnait l'absolu-

1. Innoc. III, De s. ait. myst. i, 65, dans Migne, ccxvii, col. 799- 802. *

2. P. e. par Grégoire de Tours, flisf. Franc, viii, 43 ; festa Dominicae coMise.

3. Martène, De anl. eccl. ril. iv, 22; éd. d'Anvers de 1727, ni, 227 suiv. On y donne également en entier les prières v< sur les pénitents ».

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lion. On y faisail iisag^e, comme nous l'avons dit, crornemenls rouges. Les réconciliés recevaient ensuite, à la messe solennelle, la sainte communion en même temps que la communaulé chrétienne.

La messe avait un caractère de tête. En certains lieux on célébrait anciennement deux messes, l'une dans la malinée à l'heure ordinaire, l'autre le soir vers l'heure des vêpres. En d'autres endroits il n'y avait, au contraire, qu'une seule messe à laquelle on communiait i. Cette pratique parut plus tard singulière et scandaleuse à plusieurs, ce qui porta l'évêque Janvier à demander à saint Augustin ce qu'il en fallait penser. Celui-ci répondit (( que chacun suive l'usage de son diocèse ».

A Rome on célébrait également deux messes, à l'époque où le sacramentaire de Gélase était en vigueur ; ce Rituel marque en effet une messe ad Vesperum ^. Quant aux autres cérémonies en usage le jeudi saint, ce sacramentaire ne mentionne que la réconciliation des pénitents publics et la consécration des saintes Huiles ; le sacramentaire grégorien ne marque que cette dernière cérémonie, de môme YOrdo I, c. a. d. le premier des seize anciens ordres ou directoires de l'Église romaine 3.

Puis, dans les ouvrages liturgiques, écrits sur ce sujet au moyen ûge, et avant tout dans le Pseudo-Alcuin, on traite longuement de la consécration des saintes Huiles^*. Déjà S. Cyprien^ mentionne une bénédiction d'huile

1. An oflerendum siL inane et rursus post coenam... an jejunandum et post coenam lanlummodo oOerendum, an etiam jejunandum et post oblationem, sicut facere solemus, coenandum. Augustin. Ep. 54 ad Januar. c. 4 ; n, 302.

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