Augustin. Conf. vin, 5: de loco eminentiori
A toutes les époques et dans lous les pays, le jour de la Passion de Notre Seigneur était considéré comme un jour (le deuil ecclésiastique. Saint Ambroise l'appelle c//es amaritudinis qiio jejiinamns. Or un jour de jeune, d'après les principes liturgiques, ne saurait jamais être un jour de fête, bien qu'un jour de tête, comme par exemple l'Annonciation, puisse tomber un jour de jeûne ou d'abstinence.
Bien que, en vertu de la législation des empereurs romains, le vendredi saint fût devenu, de bonne heure, un jour férié pour les sessions judiciaires, il ne reçut pas, par là, la qualité d'un jour de fête. Au contraire, les règlements de TÉglise au temps de Constantin déclarent ouvertement qu'il est « ainsi que le samedi saint, un jour de deuil et non un jour de fête » ^. On y demande même à ceux qui en sont capables, un jeûne non discontinué de deux jours, en se référant au texte de S. Marc (H, 20j ; car, ainsi que le dit expressément le quatrième synode de Tolède (633), can. 8 : « l'Église entière à l'habitude de passer le vendredi saint dans le deuil et dans l'abstinence, à cause de la passion du Seigneur ». Il est difficile de trouver dans la Liturgie un objet sur lequel il existe une pareille uniformité soit dans les différentes communautés ecclésiasticjues, soit dans les différents pays. Le synode susdit mentionne même une expression du deuil qu'il désapprouve : elle consistait à tenir les églises fermées toute la journée, sans qu'il y
]• Const. aposl. v, 12 : ■}^ixï'jy.<. yao £'.;'. ttsvOo'j; àXÀ' où/ zoj'S^ç.
€ût d'office, ni de psalmodie, ni de prédication (can. 7) ; il ne blâme pas qu'on ne célèbre pas la messe, car cet usage existait partout. Le sentiment de deuil se manifestait également, depuis que les couleurs liturgiques étaient en usage, par la couleur noire qui était employée partout en ce jour^. Au moyen âge, on se posait même la question suivante : « Pourquoi les anniversaires de la mort des Saints sont-ils célébrés dans la joie, tandis que le vendredi saint se passe dans le deuil » ? Le moine lielperich, qui vivait à Saint-Gall au ix'' siècle, y répond de la manière suivante : « Jésus-Christ, par sa mort, n'a pas, comme les saints, atteint une gloire plus grande ; il n'est pas mort pour lui, mais c'est nous qui sommes la cause de sa mort. Ses ennemis, les Juifs, se sont réjouis de sa mort, tandis que les apôtres en ont été attristés et l'ont pleuréen^.
Mentionnons ici que, dans le Wurtemberg, le Meklembourg, la Saxe, dans la principauté de Reuss {branche aînée), à Altenbourg et à Lippe, le vendredi
1. Le môme usage s'observe dans l'église russe. « Les prêtres, dit Maltzew (84), portent pendant tout roffice des ornements noirs, pour exprimer le deuil de la mort du Christ ». Dans la Prusse, en vertu de la loi du 2 sept. 1899, le vendredi saint est devenu une fête civile universelle. La loi est ainsi conçue: « Paragraphe unique. Le vendredi saint est un jour de fête civile universelle. Dans les communes où la population catholique est en majorité, le travail servile traditionnel n'est pas prohibé (pas plus que le travail dans les industries. — v. § 105 ^ suiv. du règlement d'empire sur les métiers) à moins qu'il ne s'agisse de travaux publiquement visibles ou de travaux bruyants qui s'exécuteraient dans le voisinage des édifices consacrés au culte ».
2. Sa dissertation est jointe à l'ouvrage attribué faussement à Alcuin, de diu. off., dans Migne, ci, 1211 suiv. Il est également l'auteur de l'écrit de moindre importance De computo (Migne, cxxxvii, 18 suiv). Trithemius l'a placé faussement au xi' siècle.
saint est un des jours de pénitence et de supplication, tandis que dans les pays où a prévalu le calvinisme, on en profile pour faire des promenades et pour se divertir dans les tavernes. C'est à peu près comme si quelqu'un voulait passer en réjouissances le jour anniversaire de la mort de son père, parce qu'en ce jour il lui est écliu un riche héritage.
L'office divin commençait également pendant la nuit par le chant des Matines, où l'on éteignait les cierges, comme à l'office de la veille. L'intonation à voix basse (les psaumes, et la suppresion du Gloria Patri à la fin des psaumes, ajoutaient à l'impression de deuil.
Le Cérémonial propre au vendredi saint dans notre Lilurgie actuelle prescrit d'abord la prostration du Célébrant sur les degrés de l'autel. Vient ensuite la lecture, sans titre, d'une prophétie, dans laquelle on annonce la mort du Messie et ses effets. Puis la Passion est en ([uelque sorte rendue présente par le chant de la Passion selon saint Jean. Suivent les monitions ou supplications générales, après lesquelles on va chercher au reposoir rhoslie consacrée la veille pour la porter à l'autel. Le célébrant chante le Pater, fait l'élévation et consomme l'hostie sainte. Cette messe appelée « des présanciifiés » n'est autre chose qu'un rite amplifié de la communion. L'adoration de la croix précède la procession au reposoir. Dans certains pays, comme en Allemagne, la cérémonie se termine par la mise au Tombeau^ déjà en usage au x*" siècle.
Dans les temps plus anciens, les rites devaient être j)lus simples encore ; peut-être consistaient-ils simplement dans la récitation des Psaumes ; en effet Innocent I <lit que, de son temps, on ne célébrait la messe ni le
vendredi ni le samedi saints [biduum^). Les Grecs et les Russes agissent encore ainsi de nos jours. Leur office du vendredi saint comprend le chant des Psaumes et la vénération de l'image du Crucifix, ce qui revient à notre adoration de la Croix. A l'office du soir on apportait du Christ mort une image peinte et non un Clirist sculpté, et on la vénérait 2. Il faut prendre celte observation à la lettre dans ce sens que, le vendredi saint, il n'y avait pas de messe des présanctifîés ni le samedi saint la messe qu'on a l'habitude aujourd'hui de célébrer le matin. Le sacramentaire gélasien ne marque, potir ce jour, aucune messe, mais quelques oraisons seulement ; l'ancien missel gallican 3 n'en renferme pas davantage ; on comprend ainsi qu'en Espagne il y ait eu des endroits où les églises ne s'ouvraient même pas le vendredi saint, comme nous l'avons vu plus haut. Cependant on y faisait des prédications ; nous en possédons pour le vendredi saint des Papes saint Léon le Grand et saint Grégoire le Grand. Il est difficile de dire ce qui se pratiquait au sujet de la communion ; il paraît qu'en France le peuple communiait, mais non à Rome ni en Allemagne ; du moins Raban Maur^ garde le silence à ce sujet.
L Ep. ad Decentium Eug. xxv, c. 2 : « Constat apostolos biduo istoin rnoerore fuisse et propLer meLum Judaeorum oceuluisse. Quod utique non dubium est, in lahtum eos jejimasse biduo memorato, ut traditio ecclesiae habeat, isto biduo sacrainenta penitus non celebrari». Ici le mot sacramenta signifie messe, comme le mot sacramentarium signifie missel.