‹ L'année ecclésiastique et les fêtes des saint dans leur evolution historiqueChapitre 68 sur 299 · MuRATORi, Lit. liom. vet. u · texte numérisé non relu

MuRATORi, Lit. liom. vet. u

sirable ; mais ils emploient, pour la dénommer, d'autres termes, lesquels correspondent parfaitement à l'essence de la chose, tels que oblatio et sacriflciiim, ou encore sacramenta et collecta ; ces deux derniers mots sont des dénominations plus générales. Le terme collecta est^ dans la base latinité, une forme secondaire et abrégée de colleclio et signifie une réunion d'hommes dans un but déterminé, c'est-à-dire ici dans le but d'honorer Dieu. Le verbe colligere a déjà ce sens dans la traduction latine de S. Irénée et dans Tertullien ; le substantif est employé par S. Jérôme et par d'autres écrivains plus anciens ; un reste de cet usage très ancien s'est conservé encore très longtemps dans la désignation du mot collecta, nom qu'on donnait à la première oraison de la messe ^ On l'appelait co//ec/a parce que, très anciennement, la messe commençait par cette oraison. Le mot, en effet, ne servait que de titre dans les livres liturgiques pour différencier les prières de la messe des autres prières qui la précédaient ou qui la suivaient. En effet, le sacrifice de la messe, d'après le Rite romain, commençait par une prière du prêtre au pied de l'autel, aprèsl'Invitatoire chanté parun chœur de chantres ; les prières dites aujourd'hui au pied de l'autel, le Confiîeor, le Gloria et le Credo, sont des additions faites plus tard. Cela explique pourquoi le nom de Collecte a été donné à cette prière initiale; le mot se trouve dans la plupart des missels du moyen âge, même dans le missel romain jusqu'à la réforme opérée par S. Pie V, où il a été changé en celui de Oratio, comme aussi le mot Poslcommiinio a remplacé l'ancienne expression ad complendum. Si on lit dans certains livres de prières ou dans certaines explications de la messe que la prière s'appelle « collecte » parce que le prêtre recueille en quelque sorte toutes les intentions des

\. Cfr. Thalhofer, Liturgik, n, 82, où il démontre l'existence de cette signification dans le Microloge.

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fidèles en une seule supplication, il faut avouer que cette explication, non seulement pèche contre l'archéologie, mais encore qu'elle est bien naïve, puisqu'on peut dire cela (le la plupart des prières qui se rencontrent dans la Messe.

On employait également dans l'antiquité les mots sacrainrnliim ou sacramenla pour désigner la messe ' ; ces mots ont donné naissance au terme de sacramenlaire par lequel on désignait autrefois communément le missel. A côté de ces dénominations, on employait encore celle de oblatioei sacri/iciiim, qui avaient l'avantage d'exprimer d'une manière adéquate la nature de la chose. La première est particulièreujent chère au fondateur de la langue latine de riiglise, c'est-à-dire à Tertullien ; de môme à S. Cyprien ; elle se rencontre d'ailleurs pour ainsi dire chez tous les écrivains et dans tous les temps -. Le mot sacrificium est le terme dont se sert préférablement à tant d'autres S.Augustin ^ pour désigner le sacrifice de la Messe. On sait que ce saint Docteur a déjà donné sur le sacrifice et spécialement sur le sacrifice de la messe une théorie en règle.

Passons à l'expression 3/ /ssa. Dans Ile, missa est, elle ne peut pas être un participe, puisque rien ne précède à quoi on pourrait rapporter le participe féminin ; elle est donc un substantif. Pour fixer la signification de ce substantif et pour montrer comment il a obtenu l'honneur de devenir l'expression technique pour l'action la plus sainte du culte

1. Sacramenla se trouve entre autres dans les épîtres de S. Innocent I, xvii, c. 5, 12 ; xxv, c. 4. '

2. Tertull., de exhorl. casl. ; Apol. 2 ; Ad uxor. n, 8 ; De praescr. iv ; de uirg. uel. 13; de corona, 2 ; de carne Chrisli, 2. Le mol sacrificium est employé par Tertullien. : De ciillu foem., u, 11 ; par S. Cyprien, E]). u, 12, xv, 1 ; Ad Cecil. c. 9 et 17 etc. Chez S. Amdroise. De obilu Valent., u, 113 ; //? Ps. xxxvni,, c. 25 ; cxviii, c. 48 : Ep. xxxix, 4.

3. De civil. Dei x, 6-20 ; Conl. Faiisl. Man. xx, 18; Enarr. in Ps. 30, c. 6 ; lOG, c. 13 ; Epist. 54, 4 ; 149, 15 ; Sermo 137, 8; 310, 30 ; 311, 15 ; 345, 4 etc.

de rÉglise catholique, nous avons besoin de faire une digression dans le domaine de l'étymologie, de la Patroiogie et de la liturgie. Quant à l'étymologie du mot, on s'est évertué autrefois de faire dériver le mot messe de rhébreu "DS (Deut. xvi, lO) ; on était persuadé que le nom devait être aussi ancien que la chose. De nos jours on sourira peut-être de cette tentative K

Plus plausible est déjà l'idée de certains liturgistes du moyen âge qui expliquaient le mot comme étant synonyme de Iransmissio, c. à. d. une transmission, une oblation, une donation ou une dédicace du sacrifice fait à Dieu. Heureusement, pour atteindre notre but, nous n'avons pas besoin de recourir à de semblables combinaisons, car un homme qui connaissait encore par expérience les institutions et le langage du moyen âge, nous a expliqué le sens et l'origine du mot « messe ».

Saint Avit, évêque de Vienne (f 518) qui vivait à l'époque de transition entre l'antiquité et le moyen âge et qui est par conséquent un témoin digne de toute confiance dans cette matière, fut interrogé sur la signification du mot messe par Gondebaud, son souverain, roi de Bourgogne. Il répondit que missam facere voulait dire dimittere ou renvoyer, et que cette expression était employée chez les Romains aussi bien dans les audiences du palais que dans les sessions des tribunaux pour signifier à l'assemblée que l'audience ou la séance était terminée et qu'on pouvait s'en aller; la même chose aurait lieu dans les églises. S. Avit " lui-même emploie simplement le mot missa pour office divin.

On comprend que l'interprétation de S. Avit est la bonne. Car, de même qu'à chaque séance ou assemblée il est nécessaire d'en indiquer la fin en disant, par exemple : « la séance est levée » ; de même il est nécessaire d'indiquer la

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