‹ L'année ecclésiastique et les fêtes des saint dans leur evolution historiqueChapitre 70 sur 299 · Éd. Geyer, c. 24 suiv · texte numérisé non relu

Éd. Geyer, c. 24 suiv

IKi l'année ecclésiastique

observait le même cérémonial. Les choses se passaient avec plus de solennité à vêpres, où le diacre enjoignait à la fin aux fidèles d'incliner la tête et de recevoir la bénédiction de l'évêque. L'auteur de la Peregrinatio en termine le récit par les mêmes mots : Ei sic fit missa.

Il est à remarquer que la psalmodie avait lieu de cette manière tous les jours, tandis que le sacrifice de la messe, notamment en Orient, n'était pas offert tous les jours. Aussi, dans le temps de Carême, il n'était célébré que le dimanche et le samedi. A chaque heure canoniale il y avait par conséquent un semblable renvoi du peuple, une missa ; de là le nom de missa devint populaire pour signifier les diff'érentes heures. En prenant les choses strictement, le nom n'était pas exact non plus, mais le langage populaire ne forme pas ses expressions d'après des principes scientifiqueS;, il les prend communément dans les choses qui frappent le plus les sens. Chez l'auteur de la Peregrinalio Siluiae qui adopte entièrement le langage populaire, nous trouvons, dans le même sens, la dénomination de missa vigiliariim pour ce que nous appellerions les malines, et le mot missa liicernaris pour vêpres. Dans cette relation, le mot missa n'a d'autre sens que celui de « renvoi ». Quant à la nature de ce renvoi, l'auteur l'explique une fois à la manière naïve qui lui est propre : c'est le renvoi de l'église [missa de ecclesia c. 37, § 3, 1. 20). Une phrase incidente explique de quel renvoi il s'agit dans chaque cas particulier, à moins que le contexte ne l'indique clairement lui-même. Naturellement, il peut être question également du renvoi après la messe, mais le mot ne signifie pas le sacrifice luimême. Bien loin de voir dans le mot missa un terme technique pour signifier le sacrifice de la messe, — et c'est de cela qu'il s'agit, — l'auteur se corrige aussitôt lorsque le moi missa lui a échappé pour désigner le saint sacrifice, et s'explique en disant que la missa dont il est parlé, désigne

Voblalion '. Lorsque la pèlerine veut s'exprimer avec précision, elle appelle toujours la messe oblalio, parfois aussi sacramenliim, soit au singulier soit au pluriel. Naturellement le terme missa peut ùtre employé également pour désigner comme genre le sacrifice de la messe, puisque, dans cet acte, il y a un ou plusieurs renvois des fidèles. S'il en était autrement, jamais le mot missa ne serait devenu le terme qui exprime le sacrifice de la messe.

La même terminologie se rencontre chez Cassicn,qui vivait un peu plus tard et auquel nous devons surtout la connaissance exacte des instilutions monastiques. Une partie importante de ces institutions c'est la prière ou les lieun^s canoniales, et il faut s'attendre à trouver chez lui les noms classiques pour exprimer ces choses. Il en est ainsi en effet ; les termes en sont formés du mot missa, tout conmie chez Sylvia. Matines et Laudes, p. e. sont appelés missa nochirnaoumissa vigiliarum'-. Mais il appelle le sacrifice de la messe : oblatio ou sacrificium.

Comme on peut le voir par ces citations, le mot missa retient le sens primitif de « renvoi » : il est par conséquent une expression générique qui reçoit par l'addition de vigiliarum ou autre un sens plus précis. 11 en est de même p. e. chez le Pape Innocent 1 [Episî. xvii, c. 12 ; Migne, xx, 535) qui, parlant des prêtres du parti de Bonose, demande s'ils ont dit la messe ou s'ils ont consacré, ce qu'il a[)pelle sacramenla conficere, s'ils ont donné la communion au peuple {si popiilis iribiiil)el si, conformément à l'usage, ils

1. << Missa auteni quac fil in hoc est oblatio » ; le passage d'ailleurs semble avoir élé corrigé. L'autre passage que cite le proHisseur Funk {Tiih. Quarlalschrift, 1904, 56) en faveur de l'opinion contraire : * fil oblatio in Anastase maturius ila ut liât missa ante solem » doit èlio traduit ainsi : Le sacrifice de la messe a lieu plus tôt, de manière (ju'il soit terminé avant le lever du soleil. Le mot missa est pris ici dans le sens de « renvoi après la messe ».

2. Cassian., de coenobiorum inslUulis ii, 7, 13-15; ui, 7 ; xi, 15.

ont l'ait les renvois [si missas complevil). Abstraction faite de ce que, dans la même phrase, on emploie difficilement deux mots différents pour désigner la même chose, rien que le pluriel montre déjà qu'il n'est pas question du sacriiîce de la messe, mais qu'il s'agit des autres missae, savoir des Heures canoniales dont la célébration était également l'affaire des évêques et des prêtres. Il ne peut être douteux que le Pape S. Léon 1 se sert des mômes termes pour désigner le sacrifice de la messe : oblalio et sacrificiiim se trouvent plusieurs fois dans ses écrits. Si à côté de ces expressions nous trouvons une fois le mot niissa, il ne peut être question que du renvoi des fidèles à la fin de l'office ^ Donc, encore au v^ siècle, le mot missa signifie toujours « renvoi », jamais le sacrifice de la messe. Pour exprimer celui-ci on avait les termes ohlaîio et sacrificiiim. Quand, à cette époque, on parlait avec précision, on employait constamment les expressions dans ce sens. Mais, nous l'avons dit, les renvois solennels des fidèles faits à la fin des offices {missa) donnaient lieu à ces dénominations. Comme, dans le sacrifice de la messe, il y a deux renvois, celui de tous les fidèles à la fois et celui des catéchumènes ^ après le sermon, on ne doit pas être surpris que le moi missa ait été employé également pour désigner le sacriiicedelamesseet soit devenu d'au tant plus l'expression populaire à mesure queles heures canoniales furent moins en usage chez les laïcs et devinrent davantage Foccupation des clercs et des religieux. Il y eut par conséquent une époque de transition avant que le mot missa devînt le nom populaire, à Texclusion de tout autre, du sacrifice de la messe. Cette période embrasse le sixième siècle tout entier et se manifeste particulièrement dans les écrits de S. Benoît et de S. Grégoire le Grand ; tous les deux, en

1. l^rimitivemcnt l'expression missa caiechumcnoram ne voulait pas dire : partie de la messe à laquelle pouvaient assister les catéchumènes, mais ; « renvoi des catéchumènes ».

effet, emploient le mot misfia indistinctement pour désigner tantôt le sacrifice de la messe, tantôt les différentes heures de l'Office canonial '. La niéiue chose se voit chez Grégoire de Tours et chez d'autres auteurs. Mais le dernier exeni[)le où le mol mi as a est employé indistinctement pour désigner ces deuxchoses, est, ce noussemble, une épisode de la vie de S. Ludger composée par Altfrid ".

Dans cette matière, le mode d'agir des chefs de l'Église et le langage officiel devaient naturellement avoir une gi'ande inlluence. Du moment qu'eux aussi se servaient de l'expression inissa, si peu en rapport avec la nature des choses, mais qui était devenue populaire, il y avait tout lieu de croire que finalement elle deviendrait le terme employé exclusivement pourdésigner le sacrifice de la messe, ce qui arriva effectivement. Si nous feuilletons les canons plus anciens des synodes de TOccident, nous y rencontrons toutes les expressions que nous connaissons déjà, notamment celle de oblaUo dans le synode d'Arles tenu en 314 (can. 5 et 19), et celle de sacrificiiim dans les synodes de Carlhage tenus en 390 (can. 8) et en 314 (can. 14) ; de môme nous trouvons missa pour désigner les différentes parties de la psalmodie ^ et des offices habituels de la messe et de la psalmodie réunis * ; mais le terme missa avec le sens du sacrifice de la messe seul, ne se trouve clairement et

1. Kn faveur de niissae pris dans le sens» d' « heures canoniales », nous citons : Grkg. M, Ep. n, 12 ; ni, 03 ; ix. ()4 ; MiGNE, Lxxvn, 1187 ; dans le sens de « sacrifice de la messe » : Ep. IV, 3'J ; HoM. L, 8. Avec le sens générique pour les deux : Kp. m, 03 ; iv, 18 etc. Comme nous l'a l'ail remarquer le \\. P. LiNDKNBAUER, dfi l'Ordre de S. Henoîl à Mclten, S. Benoît emploie le terme missa pour le renvoi après les Heures en plusieurs endroits de sa Règle, (c. 17, Migne, lxvi, '100) et pour le .sacrifice de la Messe ; ihid. c. 35, n. 63.

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