‹ L'année ecclésiastique et les fêtes des saint dans leur evolution historiqueChapitre 75 sur 299 · PAQUES ET LA SEMAINE DE PAQUES · texte numérisé non relu

PAQUES ET LA SEMAINE DE PAQUES

Pour se faire une idée exacte de la solennité pascale, il faut se rappeler toujours qu'elle était très étroitement unie à l'administration solennelle du baptême. Les actes liturgiques préparatoires commençaient dans l'après-midi du Samedi Saint et se continuaient pendant la nuit. Quand le nombre des catéchumènes était très considérable, le baptême et la célébration de Pâques formaient un tout. Cette connexion intime ne fut brisée que très tard, alors que le souvenir de ce qui y avait donné lieu eut complètement disparu et qu'on n'avait plus Tidée de la pratique du catéchuménat. La plus grande partie des cérémonies, celle qui frappait davantage les sens, fut transférée dans la matinée et il est en quelque sorte regrettable que ces siècles n'aient rien créé qui fût en rapport avec les temps nouveaux, mais qu'on en ait modifié tout bonnement l'horaire. Par là, une partie des actions liturgiques devint inintelligible.

La lacune fut en quelque manière remplie par la cérémonie de la résurrection. Elle avait lieu, en beaucoup d'endroits, le dimanche matin et consistait en une procession imposante. Celle-ci a simplement son origine dans un fait qui remonte aux temps les plus anciens du Christianisme. Après la cérémonie du baptême, les catéchumènes et le clergé se rendaient en procession solennelle du baptistère à la cathédrale. L'ignorance de cet antique usage a peut-être fait dire à certains écrivains plus récents que la procession était

la mise en action de celte recommandation faite par Notre Seigneur à ses disciples : « Je vous précéderai dans la Galilée », les invitant par là à se rendre en Galilée après sa résurrection (Mattu., xvvi, 32; xxviii,

La cérémonie de la Résurrection se fait en différents pays ou diocèses. J-.'0/y/o Romain du xni^ siècle qui porte le nom du Cardinal Jacques Gaétan -, en fait mention le premier. Il serait trop long de la décrire, ainsi que les autres usages du jour de Pâques. Ces choses, ainsi que les particularités du Rite, sont mieux à leur place dans les traités spéciaux de liturgie. Rappelons seulement la coutume de bénir les aliments dont l'usage, prohibé en carême, redevenait licite, spécialement la viande, les œufs, le fromage, le beurre ; mais on bénissait également d'autres aliments. Le but primitif de cette bénédiction était sans doute d'empêcher qu'après une si longue abstinence, la sensualité ne prévalût trop dans leur usage 3.

Rappelons ici de nouveau le récit de la Peregrinaiio Sylviœ où sont mentionnées les processions aux différentes églises et à la montagne des Oliviers, encore en usage à Jérusalem. L'auteur les rapporte comme faisant partie de la solennité du jour de Pâques ainsi que des autres jours de la semaine pascale. Il n'a pas

1. DuRANDus, De off. eccl. vi, 88. De même dans les Consuetud. Farf. éd. Albers, 58, on prescrit une procession solennelle des moine?! dans l'église et dans le cloître.

2. Ordo Rom. xiv, c, 95 ; Migne, lxxviii, 1219. Les cérémonies usitées dans cette circonstance sont parfois dramatiques, par exemple Martèxe, m, 483, 506 suiv.

3. Thalhofer, Liturgik.u, 2, 551. Quant aux autres usages et pratiques populaires, voyez Migne, Diclionn.

d'autres divergences à noter entre les usages de sa patrie et ceux de Jérusalem. Le samedi et le dimanche après Pâques, on lisait l'évangile relatif à l'incrédulité de saint Thomas, chose qui a lieu encore de nos jours''.

Quant à la semaine de Pâques, les deux premiers jours ont encore le rite des plus grandes fêtes. Le lundi, on commémore le voyage des disciples d'Emmaûs et on lit l'évangile de S. Luc (xxvi, 13-35) qui rapporte ce fait; le mardi on lit l'évangile de S. Luc (xxiv, 36 47) qui rapporte l'apparition du Seigneur au milieu des apôtres ; le mercredi celui de l'apparition de Jésus ressuscité au lac de Génésareth à Pierre et autres disciples ainsi que de la pêche miraculeuse, d'après S.Jean (xxi, 1-14) ; le jeudi l'apparition de Jésus à Marie-Madeleine dans le jardin du Saint Sépulcre (Joann., xx, 11-18) ; le vendredi son apparition sur une montagne de la Galilée (Matth., xxviii, 16-20) ; le samedi l'évangile est celui de la première apparition à Marie- Madeleine immédiatement après la résurrection (Joan.,xx, 1-9).

Le dimanche suivant clôture l'Octave ; à cause de cela il s'appelait autrefois tout simplement Octava paschae ou bien Pascha clausum ; plus tard il a pris le nom de Dominica in albis scil, deponendis. Les néophytes en effet portaient jusqu'à ce jour la robe blanche qu'ils avaient reçue au baptême. Quand Pâques cessa d'être le jour du baptême, on choisit très justement le dimanche in albis pour admettre à la première communion les enfants qui, dans cette circonstance, renouve-

1. Peregr., Silviœ, éd. Geyer, c. 39 et 40. Dans plusieurs diocèses de France, on fait des processions toute là semaine. Martène, m, 510.

laicnl les promesses du baptême. Ral)an ]\Iaur ^ rapporte en outre que, de son temps, on donnait en ce jour la confirmation.

Les oraisons de l'octave de Pâques ont alternativement en vue les deux objets de joie propres à la solennité, savoir la résurrection de Notre-Seigneur d'une part et l'accroissement des fidèles d'autre part. Ce dernier objet est surtout exprimé dans les oraisons delà troisième, de la cinquième et de la sixième férié. Les Evangiles ont tous pour objet quelqu'une des apparitions dont le Seigneur favorisa, après sa résurrection, quelquesuns de ses adhérents. Les Épîtres sont en grande partie choisies dans les Actes des Apôtres, ou bien elles traitent de la rénovation spirituelle de Thomme qui est une conséquence de Toeuvre de la Rédemption. Les oraisons de toute l'octave, à l'exception des deux du lundi, sont encore aujourd'hui celles du sacramentaire dit grégorien-; celles des dimanches suivants jusqu'à la Pentecôte, ne sont que rarement conformes à celles de ce sacramentaire ; elles sont tirées, à deux exceptions près, de celui de Gélase. Ces dimanches préparent à la conclusion de l'œuvre de la rédemption et au départ de Jésus retournant à son Père; en conséquence, les évangiles des troisième, quatrième et cinquième dimanches sont tirés du 16^ chapitre de S. Jean.

Juste au milieu du temps que les anciens appelaient qiiinqiiagésima , c'est-à-dire 25 jours après Pâques ou le

Page 1