‹ L'année ecclésiastique et les fêtes des saint dans leur evolution historiqueChapitre 77 sur 299 · LE TEMPS PRÉPARATOIRE A PAQUES. LE CARÊME ET LE JEUNE PASCAL · texte numérisé non relu

LE TEMPS PRÉPARATOIRE A PAQUES. LE CARÊME ET LE JEUNE PASCAL

Les grandes fêtes ont, en règle générale, un temps de préparation lequel, dans beaucoup de cas, ne consiste qu'en un seul jour appelé vigile. Mais pour Pâques, ce

1. Celle-ci consistait à répandre près de l'autel de l'eau puisée dans la fontaine de Siloë. Winer, BibL Realw. u, 8.

2. Cfr. Athanasius, discours pour les fêtes, et sur toute cette matière. Nilles : Innsbr. Zeilschrift fur Kath. Théologie 1895, 169 suiv.

temps comprend neuf semaines formant deux parties distinctes, celle du carême comme préparation plus prochaine et celle des trois dimanches précédents comme préparation plus éloignée et n'ayant qu'un caractère purement liturgique.

Dans le carême, le jeûne joue le rôle prépondérant et se présente à nous comme le noyau d'où procède, en se développant, toute la préparation aux fêtes pascales^.

Nous possédons des indices d'après lesquels les chrétiens des temps les plus anciens auraient jeûné tous les mercredis et tous les vendredis de l'année. Sans que ce fût prescrit formellement par une loi, ce précieux usage paraît avoir été si universel qu'il avait en quelque sorte force de loi. Il est mentionné dans la doctrine des Apôtres^ chez Hermas et chez Tertullien^. Ce dernier appelle ce jeûne « jeûne stationnai » et remarque qu'il durait jusqu'à trois heures de l'après-midi. L'usage était peutêtre venu des Juifs; car les Pharisiens et les Ascètes du Judaïsme au temps de Jésus-Christ avaient l'habitude de jeûner deux fois par semaine, savoir le lundi et le jeudi^.

(Juant aux provinces orientales de l'Église, Clément d'Alexandrie^ désigne les mercredis et les vendredis

1. La partie historique sur le Jeune, l'abstinence et tout ce qui s'ensuit a été très bien traité en onze paragraphes par Baillet (ix, 37-130j qui possédait parfaitement les sources alors disponibles. Parmi les travaux plus modernes il faut citer Funk, Die Enlwickelung des Osterfastens dans ses dissertations sur l'histoire de TÉoIisc, I^ADEHBORN 1897, 1, 241-270.

2. Didache c. 8; Hermae Pastor, Sim. v, 11; Tertull. dejejun. c. n. X, XIV.

o Jejuno bis in sahbalo, dit le Pharisien, Luc. xviii, 12; Mgr Ducni-.SNE, Origines, 218; Funk, Anm. zur Didache, vin, 1. 4. Slroni. vu, 74, éd. Svlbuhg.

comme jours de jeûne, et chose plus remarquable, ils furent encore considérés comme tels après les temps de Constantin, du moins pour une bonne partie de l'année. En effet, la Didascalia exige qu'après la Pentecôte on observe le jeûne en ces jours. Le temps qui précédait, c'est-à-dire les cinquante jours entre Pâques et la Pentecôte, passait pour être un temps de joie non troublée ; d'après la même Didascalia on ne devait pas jeûner non plus dans la semaine de la Pentecôte^. Mais on est porté à soupçonner que cet usage tomba en désuétude à mesure que le jeûne des autres temps fut réglé et notamment lorsque le jeûne du carême devint une loi générale.

Que le jeûne fît essentiellement partie intégrante de la célébration du temps de la Passion, c'était chose déjà indiquée par ces paroles de Notre Seigneur (Matth., IX, 15) : « Est-ce que les compagnons de l'époux peuvent être en deuil aussi longtemps que l'époux est avec eux?» Question à laquelle il répond lui-même : « Des jours viendront où l'époux leur sera ôté, et alors ils jeûneront ». Or, dès la plus haute antiquité, les jours où Notre Seigneur était dans le tombeau, c'est-à-dire le vendredi saint et le samedi saint, passaient pour être les jours où l'époux avait été enlevé; dans les temps les plus reculés on jeûnait partout en ces jours, et tous, sauf les quartodécimans, observaient rigoureusement ces jeûnes comme étant de précepte.

Ce fait est confirmé par une déclaration de S. Irénée, Elle se trouve dans un écrit officiel adressé au Pape Victor (189-199) à l'occasion du second débat relatif

L ConsL Ap. v. 20, § 1 et 8. Ambros. Comm. ad Rom. xiv, 5; MiGNE, XVII, 167 dit : Sunt quidam qui quarta feria carnem non edendam slalucruni.

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à la célébration de la Paque et inséré en majeure partie dans riiisloire ecclésiastiiiue d'Eusèbe ^ Ce document constitue d'ailleurs le témoiu;nage le plus ancien au sujet du jeûne pascal : il nous apprend qu'à cette époque la pratique de ce jeûne n'était encore ni uniforme ni bien précise. En ellet, les uns croyaient ne devoir jeûner qu'un seul jour : ce jour était naturellement le vendredi saint ; d'autres jeûnaient deux jours : le vendredi saint et le samedi saint, c'est-à-dire les deux jours « où l'époux était enlevé », comme s'exprime Tertullien ; d'autres encore jeûnaient plus de deux jours (malheureusement on ne détermine pas le nombre des jours) ; d'autres enfin comptaient comme leur jour déjeune une durée de 40 heures, y compris le jour et la nuit. C'est là le sens exact de ces mots ^( ils jeûnaient pendant 40 heures consécutives et sans interruption » 2. H n'est pas malaisé de deviner quelles étaient ces 40 heures : comme Notre Seigneur est demeuré dans le tombeau environ 40 heures, ce devait être depuis le vendredi saint au soir jusqu'à Pâques au matin, ou bien depuis le matin du vendredi saint jusqu'au soir du samedi saint.

S. Irénée et TertulUen n'ont pas encore connaissance de ce jeûne de quarante heures ; mais c'était l'usage à cette époque de jeûner les deux derniers jours de la semaine sainte et cela rigoureusement. Vers le milieu du ni*' siècle il était d'usage en beaucoup d'endroits de jeûner pendant une semaine, et cela de manière à ne prendre aux jours ordinaires de la semaine sainte que

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