CINQUIÈME MÉDITATION (21 DÉCEMBRE
‘ O orient, splendeur de la lumière éternelle, et soleil de justice, venez éclairer ceux qui sont assis dans les ténèbres et dans l'ombre de la mort.”
C’est le Saint-Esprit lui-même qui, dans l’Écriture, représente Jésus-Christ sous l’image du soleil levant. ‘ Je m'en vais faire venir l’Orient qui est mon serviteur, etc.” dit le prophète Zacharie (3, 6).
‘L'Orient est venu nous visiter d'en haut,” dit le père du saint Précurseur, pour désigner le Sauveur du monde. (Luc, 1.)
Et, en effet, de même que le soleil est l’astre le plus beau, que sa clarté illumine toute la nature, lui donne la vie, Jésus-Christ est l’astre ravissant de beauté des intelligences, qui leur donne à toutes la lumière, qui dissipe, à son lever, toutes les ténèbres, et qui communique la vie surnaturelle, la vie de Dieu. Le Messie est aussi appelé Soleil de justice, parce qu’il n’éclaire pas seulement les esprits, mais qu’il touche aussi les cœurs et entraîne les volontés, et qu’il répand ainsi dans les âmes la justice et la sainteté.
4° Pornr.— Le Messie est le Soleil levant qui éclaire le monde. Il a dissiné les ténèbres qui obscurcissaient l'intelligence. 11 s’est levé sur le monde spirituel; et ses rayons ont lui, et la lumière s’est faite, et la nuit sombre qui enveloppait l'esprit humain a fait place au jour, qu’a fait briller sur le monde la prédication de l'Évangile. L'homme ne cherche plus à tâtons le bonheur, comme avant la venue du Messie. T1 sait Le trouver en se mettant en prossession de la vérité révélée
au monde par Jésus-Christ. Saint Jean appelle le Messie la vraie lumière, la lumière des hommes. Oui, il est la vraie lumière, la lumière de la partie la plus noble de notre être, la lumière de l’âme. Jl est la seule vraie lumière, seul il enseigne la vérité sur Dieu, sur l’homme, sur le bien et le mal, le juste et l’injuste, le vrai et le faux, et la lumière répand une ctarté admirable. Les prophéties sont accomplies: /a lumière s'est levée, brillante comme le soleil à midi. (Isaïe, 18.) La rosée de lumière. (Isaïe, 26.) Quel bonheur, quelle grâce pour les vrais disciples de Jésus-Christ! Mais hélas! qu’il y a encore d'hommes qui refusent de voir la lumière et qui lui préfèrent les ténèbres. O Jésus, soleil de justice, lumière éternelle des intelligences, faites de tous ces infortunés des enfants de lumière.
2° PornT.—Le Messie est le soleil levant dont la chaleur donne la vie au monde.
Le soleil, par sa chaleur, est pour le monde un principe de vie et de félicité. Sans sa présence tout serait glacé et dans un état affreux. Il en serait de même pour les intelligences, sans la chaleur que leur communique l’amour éternel, le Verbe fait homme. Ce divin principe de chaleur, ce soleil fécondant el vivifiant communique aux âmes le feu sacré de la charité. Il veut les embraser toutes. Comme une sève divine, son actiom pénètre notre être, et lui fait produire des fruits de justice. Hélas! que serions-nous sans cette chaleur bienfaisante ? Nous serions glacés par l’orgueil. Mais le soleil de justice fait pénétrer son feu dans nos âmes, et leur donne, avec la lumière, la chaleur, la fécondité et la vie. O divin soleil, péné-
env
Chr
> le Jui, plus ule sur , le mis’est
La elle [ais joir us, es,
trez-moi de vos ardeurs. Du nuage où vous vous enveloppez, dans votre humanité et dans votre Sacrement, venez à moi , percez le voile qui vous recouvre, pénétrez-moi, purifiez-moi, vivifiez-moi, fécondezmoi.
3° Pont. — Le soleil parcourt sa carrière. Jésus- Christ est le soleil du monde spirituel. Tous les peuples verront la lumière, mais pas dans le même temps. Quand cet astre divin se lève pour une nation, au même moment il peut se coucher pour une autre. Sa clarté peut briller et s’éteindre en même temps. Une nation peut perdre la foi, quand une autre commence à être éclairée de sa lumière. C’est la justice de Dieu qui règle ces alternatives. C’est là la conséquence de ses terribles jugements. C’est ainsi qu’au moment de la vocation des gentils, les Juifs furent l’objet de sa réprobation, et le même redoutable fait s’est renouvelé dans tous les siècles. Et ce n’est pas seulement sur les nations que s’exercent les jugements de Dieu, ils s’exercent encore sur les âmes considérées individuellement.
La lumière de Jésus-Christ se lève sur les unes, et s'éteint pour les autres. Craignons de négliger la grâce (1 Tim., 4), si nous ne voulons pas voir ‘‘ transporter ailleurs son flambeau.” (Apoc.,2.) Si nous ne voulons pas voir notre soleil se coucher et notre lumière s’éteindre, maintenons-nous dans un état de ferveur. Fuyons le relâchement et la tiédeur qui seraient cause que Dieu s’éloignerait de nous.
Et, à ce sujet, les âmes religieuses ont une considération particulière à faire: c'est que de même qu'il y
a des régions de la terre qui sont plus favorisées que
d’autres de la lumière et de la chaleur du soleil, ainsi les communautés religieuses sont l’objet de faveurs toutes singulières de la part de Jésus-Christ, qui éclaire les esprits et réchauffe les cœurs des Religieuses, si bellement et si constamment, et qui leur fait sentir si continuellement ses divines influences. Malheur donc à ces âmes, si elles étaient stériles en fruits de sanctification et de perfection.
SIXIÈME MÉDITATION (22 DÉCEMBRi).
‘0 Roi des nations, et l’objet de tous les désirs, vous êtes la pierre angulaire qui réunissez en vous les deux peuples. Venez sauver l’'hcmme que vous avez formé de terre et de boue.”
D’après les promesses de Dieu et les prophéties, le Messie devait être envoyé pour tous les peuples. Toutes les nations devaient être bénies en lui (Gen.); toutes les nations devaient lui être données en héritage (Ps. 2); le Désiré des nations (Agg., 2).
Les Juifs et les Gentils devaient concourir à former son peuple. La vocation de la gentilité à la connaissance du Messie était clairement annoncée. L'empire nouveau qu’il devait se former, ne devait être borné ni par les nationalités, ni par les temps, ni par les lieux. Jésus-Christ est donc appelé à bon droit Roi des nations, puisqu'il devait les régir toutes sous ie même sceptre.
4° PoinT.—ZLe Messie réunit sous son empire tous les peuples de la terre. Le royaume de Jésus-Christ est représenté comme un temple spirituel, où sont réunis tous les hommes soumis à sa doctrine et à son gouver-
que nsi
urs ire , Si si ne fi-
nement. Jésus-Christ est lui-même le fondement de ee temple, composé de pierres vivantes, qui sont ses adhérents. En d’autres termes, c’est l’Église qui est le royaume de Jésus-Christ; l'Église que Jésus-Christ seul soutient, parce qu’il est seul la vérité éternelle. Elle se compose de l’union de deux peuples, les Juifs et les Gentils. Jésus-Christ est la pierre angulaire de cet édifice spirituel : il en unit les différentes parties. Sous lui tous les peuples sont unis dans son Église ; Juifs et Gentils, circoncis et incirconcis, esclaves et hommes libres. Ils reconnaissent en lui leur Roi commun. Oh! comme nous, descendants des Gentils, nous devons être reconnaissants d’avoir été appelés à entrer, comme pierres vivantes, dans l'édifice saint et sacré dont Jésus-Christ est le fondement inébranlable !
2e Pointr.—Caractère de la royauté du Messie. Jésus- Christ est venu sur la terre ‘‘ pour‘rendre témoignage à la vérité” (Jean, 18), pour mettre en possession de la vérité les nations qui doivent former son empire. Il est venu pour faire connaître aux hommes qu'ils étaient dans l’erreur, pour bannir le mensonge, détruire la tyrannie du père du mensonge, et établir le règne de la vérité, qui n’est autre chose que Dieu même. La royauté du Messie a donc pour objet les intelligences ; et lui seul a droit de régner surelles et de leur imposer des croyances. C’est dans le sein de Dieu même que se trouve l’origine de cette royauté, elle n’est pas d’icibas. Ce royaume de Jésus-Christ sera transporté un jour dans le ciel, où les Élus formeront éternellement la cour du Roi de gloire, et s’enivreront à la source de tous les biens, en contemplant et en aimant ses perfections infinies.
O Jésus, vous êtes véritablement le Roi de mon âme. Vous l'avez conquise par l’effusion de votre sang. Régnez donc sur elle, sur ses pensées, sur ses jugements, sur toute sa volonté. Faites qu’elle n'aime que les biens de votre royaume, et non ceux de ce misérable monde. Rendez-moi capable d’endurer ici-bas les combats et les épreuves, afin d'obtenir les joies et la gloire du ciel. Le caractère de votre royauté, c’est la paix, c’est la douceur, c’est l’amour. Votre grâce répand dans le cœur une onction divine qui rend les sacrifices faciles, et même consolants et doux.. Veuillez en pénétrer le mien, et lui faire toujours trouver des délices ineffables dans la soumission la plus absolue à l'autorité de votre céleste royauté.
3° PornT.—L'âme fidèle appelle le règne de Jésus- Christ. Ce Roi des âmes est appelé l'attente des nations, le désiré de toutes: les nations. Les Juifs soupiraient pour que les nuées fissent pleuvoir le juste, et pour que la terre s’ouvrit pour germer le Seigneur. Tous les justes qui vivaient dans la gentilité, soupiraient, comme les Juifs, après la venue du Rédempteur annoncé dès l’origine du monde. Depuis le commencement de l'Avent, l’Église nous invite à demander le Messie, à le désirer, à l’appeler par les prières les plus ferventes.
Oh ! entrons dans son esprit, dans ses intentions, désirons vivement, appelons de nos vœux la visite du Dieu Sauveur. {mitons les sentiments du Roi Prophète. ‘* Commr le cerf altéré, s’écriait-il, désire une ‘source d’eau vive, mon âme soupire après vous, Ô ‘mon Dieu.” (Ps. 41.) ‘Mon cœur a soif de vous ‘qui êtes une source d’eau vive. Mon Dieu, mon
“ Dieu, dès le matin mon âme vous cherche ; elle est ‘ brûlée d’une soif ardente, et ma chair se consume “ pour vous dans cette terre inculte, déserte et aride, ‘ jusqu’à ce que je contemple votre puissance et votre ‘ gloire.” (Ps. 62.) Ces sentiments ont toujours été ceux des âmes choisies de Dieu; toujours elles ont nourri un grand désir de voir ce Dieu, principe de leur bonheur, de le posséder, de lui être unies. Faites que nous les imitions, à divin Roi des cœurs. Faitesnous soupirer ardemment après les biens si délectables que vous vous préparez à nous apporter, lorsque vous viendrez bientôt en nous par votre avènement spirituel.