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CHAPITRE XI

Les richesses des cimetières. — Russomanic du thermomètre. — Inventions nouvelles. — Philtres. — Loi sur le duel,

Dans une gazette vieille d'un demi-siècle je trouve le conseil qui, sauf erreur, n'a pas encore été suivi, d'exploiter les gisements aurifères des cimetières parisiens. Je m'explique: on enterre à Paris cent trente personnes, quotidiennement, sur lesquelles dix au moins ont la niâchoire aurifiée. (Il paraît que la magistrature et le clergé figurent pour un vingtième dans ce chiifre, sans préjudice desprodigues qui ont mangé tant d'or à leur famille!...) A dix dents par mâchoire — moyenne garantie deux ans par les odontologistes en vogue de la capitale— on arrive, en une année, à un résultat de

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36.500 chicots exploitables, contenant chacun un minimum de 50 centig. d'or. Les 50 grammes de métal précieux enfouis par jour donnent, en un an, 18.250 grammes, de sorte qu'au bout d'un siècle, on obtient (à raison de 3 fr. le gramme) un coquet petit total de cinq millions ([ uatre cent soixante-quinze mille francs.

Affaire lucrative s'il en fut ; je ne saurais t rop recommander ces actions du Place?' du Champ des Navets aux malheureux banquiers italiens que la guigne poursuit avec une lamentable persévérance. Ces infortunés gémissent dans la plus navrante des misères, si j'en crois l'explorateur Aurioli qui raconte, avec l'accent de la vérité, que dans toute la Péninsule italique, l'argent a disparu et que déjà la moindre pièce de cent sous y est considérée comme un objet de haute curiosité. A l'appui de son dire, il cite cette anecdote : Un de ses amis ayant à payer sa note d'hôtel, se montant à loi fr. 35 centimes^ remit au patron six louis français, comptant bien recevoir 18 fr. 65. Point. Cette petite somme fut constituée par Thôtelier, comme suit :

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2 francs en timbres de 25 centimes.

I franc en timbres de 10 centimes.

I franc en timbres de i centime.

I commode en noyer estimée ig francs.

I kilog. de sucre à o fr. 75 centimes. I jambon fumé estimé 2 fr. 50 centimes. I paire de bretelles estimée i franc.

I paire de lunettes bleues estimée 0 fr. 40 centimes.

Cette misère, assurent les spécialistes, provient de la sécheresse qui a sévi tout l'été, « sécheresse telle que le macaroni a fait presque complètement défaut. » Possible. Pourvu que les froids actuels ne viennent pas à épuiser la production des mines de nouille ! C'est pour le coup que le désastre de l'Italie serait complet !

En France, les plus convaincus slavophiles commencent à trouver que le thermomètre pousse un peu loin, ou plutôt un peu bas, la russomanie, en descendant à des froids qui inquiéteraient les Sibériens. On n'entend parler que de nez gelés, de rivières prises, de

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gentlemen qui patinent de façon à rendre jalouse l'ombre de Clément Marot, inventeur de ce sport hivernal, comme il appert d'un alexandrin de Boileau souvent cité : « Imitez de Marot l'élégant patinage. » La plus corrosive onglée, les plus lancinantes engelures châtieraient le promeneur assez imprudent pour sortir les mains nues ; et le malheureux Thivrier, qui s'est hâté de faire doubler sa blouse de fourrure, peste contre l'intransigeance de son comité, assez cruellement anti-bourgeois pour lui interdire le port des gants « étuis aristocratiques entièrement incompatibles avec la blouse populaire. »

M. Graindorge, grand voyageur, g-rand observateur, affirme que cette opinion est partagée par les Américains, qui n'ont pas tardé à reconnaître que les gants étaient fort gênants pour tirer le revolver ou pour mettre les doigts dans son nez, deux habitudes essentielles nationales. L'explorateur ne manque pas de faire remarquer combien nos mœurs françaises sont plus raffinées et cite parmi les partisans du (( gant à outrance » le jeune vicomte de S...

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qui, ayant reçu un g'ifle d'une main non pourvue de gant, ne se considéra pas comme offensé, sous prétexte qu'un être capable de souffleter quelqu'un dans ces conditions d'inélégance absolue n'était pas de ces gens avec qui l'on puisse se battre ; puis le petit de K. . . , un clubman des plus distingués, qui met des gants même pour se laver les mains.

Pendant que nous parlons du froid, question « brûlante » si j'ose ainsi dire, je vous apprendrai qu'il a du moins un avantage, celui de calmer des tètes chaudes d'inventeurs toqués, dont la cervelle en ébuUition forme chaque jour un nouveau projet insensé : pendant la canicule, ces détraqués foisonnent, excités par les ardeurs solaires ; au contraire, la semaine dernière, le Directeur général d'une de nos plus grandes compagnies — si j'en crois M. Chevalier— n'a reçu qu'une visite étrange, au lieu de cinq ou six qu'il lui faut quotidiennement subir l'été : celle d'un pasteur protestant qui (sous prétexte que les bêtes sont comme nous des créatures de Dieu) lui vint soumettre les plans et devis d'un projet de wagons à bestiaux

pour vaches seules. Un autre inventeur dont les frimas n'ont pas abattu les illusions, est celui qui vient de faire breveter une tasse à café <( avec anse sur le côté gauche, à l'usage exclusif des gauchers ». J'ai cru utile de signaler cette nouveauté qu'il peut être utile de connaître au moment où chacun, déjà, songe à faire ses emplettes du jour de l'An.

Mais le plus charmant cadeau que, sans conteste, l'on puisse faire à une personne ayant l'âge de raison, c'est le Philtre tout puissant dont le Mage Papus-Encausse en sa magnificence, vient de nous révéler la composition. Pour confectionner ce talisman, vous vous munissez d'une feuille de parchemin, d'un morceau de cuivre ayant la forme d'un décime, d'un canif,d'un cierge de cire vierge, de quelques grains d'encens et d'un peu de patience ; le tout doit être acheté un vendredi, pendant la période ascendante de la lune, sinon l'expérience aurait de grandes chances de rater. A présent, je laisse parler ce Mage fin-de-siècle qui est seul Encausse :

Vous dégagerez tout d'abord la mine du crayon au moyen du canif. Puis, vous couperez avec les ciseaux dans le parchemin deux rondelles de la grandeur d'une pièce de dix centimes. Vous allumerez alors le petit cierge de cire vierge et, prenant Fencens, grain à grain, avec la pointe du canif et le plaçant dans la flamme de la bougie, vous parfumerez, avec la fumée qui se dégagera, tous les objets qui sont sur la table, en prononçant chaque fois les paroles suivantes : « Je veux que telle personne soit unie à moi par la force magique de cet objet et par le nom d'Anaël. » Cela fait, vous placez la rondelle de cuivre entre les deux rondelles de parchemin, et vous assemblez le tout en faisant un trou de chaque côté avec les ciseaux et en réunissant les trois rondelles avec de la soie verte. Il ne vous reste plus qu'à écrire au recto les trois noms suivants : Anal'l, Rachill, lachill ; et au verso les paroles que vous avez prononcées lors de vos consécrations. »

Il n'en faut Papus pour vous permettre de contracter un mariage fort avantageux !

Un nouveau venu à la Chambre, M. Paul Masson, élu en 1893 par la Marne-Inférieure,

s'est ému des ravages causés par le duel que, plus sage que nous, les Grecs avaient relégué dans leurs grammaires, ne lui abandonnant pour proie que d'exsangues et invertébrés substantifs.

Pour défendre ce combat (( singulier » ses partisans allèguent qu'il permet de fleurir en toute saison à une branche importante de commerce. Les rapières, sabres, pistolets, etc. sont l'unique ressource d'une nombreuse et honorable corporation d'armuriers. Il y a aussi la profession si respectable de témoin pour duels qu'il importe de ne pas réduire au désespoir. Enfin cet usage entretient et développe parmi les jeunes générations ce goût de la discussion à main armée, si utile pour élucider les problèmes internationaux.

ISIais le député de la Marne-Inférieure estime que ces graves considérations doivent fléchir devant des nécessités d'ordre supérieur, notamment celles de ne pas saper une des bases principales de l'édifice social, j'ai nommé la vie humaine. Car, remarque-t-il avec un grand bon sens, si vous supprimez

la vie de tous les membres d'une société, que reste-t-il? Peu de chose. D'autre part, puisque le duel n'a pour but que de tuer, il fait, en France', du moins, double emploi avec le ridicule.

Toutefois, avec une prudence digne d'éloges, M. Masson n'a pas voulu brut-alement arracher cet abus, si profondément enraciné chez nous : « N'arrachez pas, guérissez ! » proclament les empiriques de carrefour. Ce qui est vrai de la mâchoire individuelle doit l'être à plus forte raison du corps social en son entier, et ce qui est opportun pour une molaire cariée ne saurait disconvenir à la dent que se gardent réciproquement des citoyens ayant dépassé l'âge de sagesse. Le projet de loi sur lequel nous attirons l'attention du public constitue donc moins une avulsion qu'une sorte de vaccine. On reconnaîtra que ce nourrisson législatif emprunte d'une main à notre régime foncier sa logique, sa comptabilité et sa lourde

I. On a laissé de côté cj qui concc-rne les peuples étrangers, entre autre le Harakiri, ou duel-suicide des Japonais, qui semble n'être que la traduction ultra-naturaliste de la devise occidentale « Plutôt s'ouvrir que mourir ».

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élégance, tandis qu'il dérobe de l'autre au Code civil (titre de la prescription) le secret de ses découvertes sur l'efficacité oblitérante du calendrier. Il repose donc sur les deux grandes catégories de l'entendement : l'espace et le temps. X'est-ce pas plus qu'il n'en faut pour assurer à sa destinée une durée au moins éternelle?

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