CHAPITRE VI
Savants dans^^ercux. — Citronnier stomacal. — La douceur d'un capitaine belge. — Poésie de ce guerrier amène. — Quelques fleurs sur la tombe de Ponson du Terrail. — Match ado about r.otliing. — Raseurs. — Le pont sur la Manche. — Hymcnée.
Le célèbre guérisseur Kneipp vient de donner, à Berlin, deux conférences afin d'exposer aux Prussiens, une fois de plus, l'excellence de sa méthode hydrothérapique. Il paraît que son traitement consiste surtout en promenades dans la rosée matinale ; c'est une médication peu ruineuse, et à laquelle, s'il faut en croire les adeptes de cet original abbé, ne résiste aucune maladie, depuis les maux de tête les plus taquins jusqu'aux varices les plus entêtées.
Mon ami Kermont, qui se trouvait précisémentà Berlin le moisdernier, assista aux conférences de Kneipp, s'enflamma d'un zèle ardent pour ses théories et, de retour en France, résolut de les appliquer, à dessein de guérir une dent gâtée à laquelle il attache une importance énorme, et, chaque jour, un fil qu'il n'a pas le courage de tirer, pour arracher ce lancinant chicot.
Dimanche dernier, donc, parti de bonne heure pour aller passer la journée chez des parents, à Neuilly, il traversait le bois de Boulogne, quand l'idée lui vint de mettre à profit l'heure matinale et de déambuler dans la rosée ; il se déchausse, retrousse le bas de son pantalon, et le voici dans l'herbe.
C'était délicieux ; mais quand, les pieds suffisamment humides, il voulut remettre ses bottines — ô rage ! ô désespoir! noire filouterie! — il dut constater qu'elles avaient été prestement subtilisées par un citoyen anonyme, si bien que les promeneurs, ce matin-là, ne s'ennuyèrent pas, non, en voyant circuler dans les allées du Tîois un monsieur bien mis,
coiffé d'un tuyau de poêle, pincé dans une redingote élégante, pieds nus, et complètement dégoûté des théories de Kneipp,
Ce n'est pas tout ; non loin de la patrie de Kneipp, dans les Alpes bavaroises, un maître d'école, le sieur Riedl, supprime tous les maux,
lui aussi, par l'emploi rationnel du vinaigre, pris à l'intérieur et à l'extérieur. La presse parle déjà de cures merveilleuses; et, de toutes parts, les badauds accourent chez le vinaigrier, se faire confire. Le chancelier de Caprivi luimême, paraît-il, cède àl'entraînementgénéral, ce qui me permettra de rajeunir un vieux ca-
lembour, et de dire qu'il est à la fois confit dans du vinaigre et confident de l'Empereur. On ne dira plus que Riedl est inutile, je l'espère ! . . .
Troisième savant : ]\I, Eugène Mouline, un Français celui-ci, et le plus dangereux de tous, car il se flatte de nous faire avaler du « vin » — si j'ose m'exprimer ainsi — fabriqué avec des pommes de terre, incontestablem.ent moins coûteuses que le raisin, je suis le premier à le reconnaître. Sans entrer dans le détail des manipulations auxquelles il se livre pour obtenir son Château-Patate, je ferai seulement observer, sans aigreur, que nos enfants seront bien heureux, oh ! bien heureux, qui absorberont cette Moulinite, accompagnée du pain qu'un autre chercheur, le D' Kruz, extrait du bois ! Par exemple, il est temps, il n'est que temps, qu'un savant plus pratique se hâte de les doter d'estomacs en fer forgé, ces mangeurs de l'avenir livrés à de telles chimies !
Et le D"" Hitz! est-ce un savant? est-ce un fumiste ? est-ce un savant fumiste? Toujours est-il qu'il vient de publier une copieuse étude d'où il appert que la grandeur des pieds d'un
buveur est en raison directe de la quantité de liquides alcooliques qu'il absorbe. — Un journaliste anglais, à bon droit étonné de cette assertion, a immédiatement ouvert des yeux stupéfaits, et une enquête sur ce sujet, enquête tendant à prouver que les Membres des Socié-
tés de Tempérance ont les pieds tout aussi grands que les ivrognes les moins contestés. Alors, quoi?
Alors il faudrait peut-être en conclure que les membres des Sociétés de Tempérance, à huis clos, boivent sec.
g6 l'anxée fantaisiste
La lecture des journaux qui se publient dans la Tennessee est toujours intéressante et souvent instructive. Voici l'histoire que nous raconte l'un d'eux, avec un sérieux imperturbable, sous ce titre à sensation : Un citronnier poussé en espalier dans Vestomac diL nègre Leake. Je me permets de le recommander à l'attention de l'Académie de médecine :
« Leake était un solide gaillard employé aux plantations de Trinille. Il y a quelques jours, ce nègre, éprouvant de violentes douleurs d'estomac, était allé consulter un médecin, qui l'avait traité pour une simple indigestion ; mais l'état du malade s'étant rapidement aggravé, quelques docteurs de la région pensèrent qu'un corps étranger avait pu s'introduire dans une cavité des intestins, et persuadèrent au malheureux nègre de se prêter à une opération très douloureuse.
<c Elle fut pratiquée sans que l'on découvrit
rien d'anormal dans les intestins, mais les médecins constatèrent que le patient avait l'estomac enflé dans des proportions effrayantes. Deux jours après, le nègre mourut, avec des efForts désespérés pour vomir et des S3'-mptômes si extraordinaires qu'on décida de faire l'autopsie.
« On découvrit alors qu'un pépin de citron, sans doute avalé par mégarde, avait germé dans l'estomac de Leake. Il s'était formé plusieurs pousses qui s'étaient accrochées aux parois de l'estomac, comme les plantes grimpantes s'accrochent aux murs »
Il vous est loisible, lecteurs, d'ajouter foi ou non à cette mirifique relation ; as y ou... Leake.
Le capitaine Vanklinckngottferdomstraet, de la garde civique bruxelloise, est le plus doux des hommes, et le moins disposé à punir. Pourtant, la semaine dernière, il fut presque choqué de la mansuétude de son lieutenant, quand celui-ci i^un épicier de lu rue jMontagne-
gS l'année fantaisiste
aux-herbes-potagères, peu ferré sur les H aspirées) lui dit :
— J'ai infligé quatre jours de salle de police au sapeur Ravageot, qui avait hué un gendarme passant devant le poste.
— Oh ! oh ! tuer un gendarme ! je trouve que quatre jours, pour une telle infraction à la discipline, c'est peu.
— Pardon, pardon, mon capitaine, tu faut pas vous tromper; ça est huer, avec une //, sais-tu !
— Avec une hache ? c^i n'est pas beau-
coup plus joli. Enfin, passe pour cette fois. » J'ajoute que l'excellentcapitaineVanklinck... {voir plus haut) passe à bon droit pour un poète délicat, doublé d'un érudit latiniste. Ses madrigaux se relèvent toujours d'une citation qui eût réjoui le cœur d'Erasme, témoin celui-ci, que, lors d'un récent voyage à Paris,
il improvisa dans les couloirs de l'Opéra, après avoir acclamé les pointes de Mlle Rosita Mauri :
Quand Rosita Mauri, dont les grâces enchantent. Revint pour saluer son public enivré, J'ai frémi de plaisir et, pensif, murmuré : Mauri, tu ris, tes saluts tentent.
U>rfv«»,,-~3>
ON
loo l'année fantaisiste
Voici encore un quatrain qu'il décocha à sa petite nièce, pas plus tard qu'hier, pour empêcher la jeune imprudente d'exposer sa fraîche toilette à la poussière du Bois de la Cambre :
Il n'a pas plu depuis la semaine dernière, Le ciel est chaud comme un poème de Mendès ; Ne sors pas, chère enfant, sans ton cache-poussière : Mets manteau quia pulvis es.
Un théâtre parisien ayant eu l'idée inattendue de reprendre Rocambole, le pauvre Ponson du Terrail, qui au fond était le meilleur des hommes, a eu les honneurs de quelques chroniques exhumatoires, si j'ose risquer le mot. Des journalistes facétieux ont fouillé ses œuvres complètes, et, pour le plus grand ébaudissement de leurs lecteurs, ils en ont extrait de véritables perles :
— Sa main était froide comme celle d'un serpent.
— La comtesse allait répondre, quand une porte qui s"ou\rit lui ferma la bouche.
J.'AXXÉE FANTAISISTE lOI
— Ah ! ah ! s ecria-t-il en portugais.
— Le colonel se promenant de long en large, les mains derrière le dos, lisait son journal.
— A cette vue, le visage du nègre peilit affreusement.
— Cet homme était vêtu d'une veste de velours et d'un pantalon de la même couleur, etc., etc., etc.
Or, le bon Ponson n'est pas sans avoir laissé quelques disciples continuant la bonne tradition de ses métaphores, à preuve cette locution géométrique, que le prodigieux Richebourg (chevalier de la Légion d'honneur pour littérature exceptionnelle) a cru devoir placer dans les premières lignes d'un de ses romans les plus goûtés :
« A peu près au centre du triangle obtus formé par les trois villes de Dijon, Châtillonsur-Seine et Langres... »
Pendez-vous, Euclide, Pascal, Euler, dAlembert, Laplace, Legendre, on a découvert le « triangle obtus », et vous n'étiez pas là !
l'anxée fantaisiste
Massonneries. — Les femmes ont toutes les qualités des porcelaines d'art : jolies, peintes, coûteuses et fragiles.
— Certaines gens ne résistent pas au plaisir de river son clou à leur meilleur ami, même si la pointe a pénétré en plein cœur.
— L'occasion fait les larrons ; elle fait peutêtre aussi les Christs.
— Il est sage de canaliser les vices, mais il ne faut pas trop s'attarder dans les biefs.
— La religion devient commode : on iinira par monter au ciel en ascenseur.
Match de bicyclistes, match de pedestrians, match de nageurs, on n'entend parler que de paris dans Paris. Le public y court comme au feu, bien qu'un match de forts de la halle (pour ne citer que celui-là) portant 50 kilos sur le dos ne prouve absolument rien. 'Match à dos abotit nothing, mais c'est la mode !
jp^"'fe^
Une feuille des plus ardentes, comme son titre l'indique, la Flamme (au moins, celle-ci
I04 l'annke fantaisiste
doit « éclairer »), ayant organisé un grand match de coltineurs, l'a vu se terminer d'une façon tragique. Nous laissons la parole à notre confrère :
Tout le monde, dit-il, sait qu'il s'agissait de parcourir en long et en large l'énorme distance de 1.493 kilomètres 871 mètres 25 centimètres, en portant sur l'omoplate gauche un sac de copeaux bien tassés, du poids de 327 et quelques livres.
Le célèbre docteur K. Nulle avait objecté qu'il se produirait chez tous les coureurs une diminution assez sensible de la taille, causée par la marche prolongée sous un poids aussi formidable ; pour obvier à cet inconvénient, il avait conseillé de faire avaler aux concurrents un manche à balai rigide et inextensible. Mais tous s'y refusèrent, sous le prétexte fallacieux qu'ils n'en avaient pas l'habitude.
Les vingt-huithercules inscrits (sans compter la race noire et la race jaune) se mirent en marche par une belle nuit toute constellée d'astres resplendissants.
Le premierjour tout alla bien. Le deuxième
l"axxée fantaisiste 105
jour tout alla bien. Le troisième jour tout alla bien. De temps à autre, un coltineur épuisé déposait son fardeau, renonçant à la lutte istruggle).
Pendant quinze jours, tout alla bien, mais le seizième ça n'alla plus. Deux concurrents restaient aux prises ; l'un d'eux, nègre à la stature colossale, s'a^•oua vaincu et retourna, désespéré, à Honolulu, dans son île natale.
L'autre, le dernier (ah ! c'était un rude lapin), continua son chemin.
C'est ici que commence le drame. La pluie tomba, le sac se mouilla, le poids augmenta. L'homme transpira, sa chemise se trempa, et le poids augmenta encore. jNIais il marchait toujours, indifférent aux objurgations du docteur K. Nulle, qui, l'ayant suivi en bicyclette, lui criait sans cesse: <( Coltineur, tu te tasses. »
Il marcha trente jours, il marcha trente nuits, traversant des villes, des villages, des hameaux, des cantons (le reste ne vaut pas l'honneur d'être nommé), où l'on s'étonnait de voir un si petit homme portant un si gros sac. Mais enfin le poteau d'arrivée resplendit à
io6 l'année fantaisiste
l'horizon. L'homme marche toujours, si courbé sous le faix qu'on l'aperçoit à peine. L'homme marche toujours. Vingt-cinq centimètres, et il va gagner. Il approche, il avance. Hourra ! hourra ! le sac arrive au but et il marche encore. On s'élance pour délivrer le malheureux petit bonhomme... Horreur! sous le sac, pas de chair ! pas d'os ! rien qu'un chapeau et une tige de botte...
Le coltineur s'était tassé.
Redevenons sérieux. A Londres, depuis la semaine dernière, c'est le garçon Achilles qui « détient le record » du rasoir. (Il est coquet, le style néosportif que nous vaut la matchomanie !)
Au signal « Allez! », rapporte un spectateur, les rasoirs des deux partners s'abattirent sur les joues en concurrence et se livrèrent à une course rapide. Ils ressemblaient assez à deux oiseaux d'acier qui voltigeraient autour de deux pêches mûres. Les possesseurs des visa-
ges tremblaient un peu pour leur peau faciale; mais pas une éraflure ! Ces deux clients rasés, deux autres leur succédèrent, et il y en avait ainsi deux files en présence, qui passaient, chacune, sous la lame accélérée.
L'heure est écoulée, on compte : le vainqueur a abattu cinquante-trois barbes; son rival, cinquante seulement.
Evidemment, c'est joli ; mais combien ce rasoirôkus Achilles reste loin du député X. . . — un Français, celui-là ! — qui, pas plus tard qu'hier, a trouvé moyen, avec un discours de quarante minutes seulement, de raser tous nos
io8 l'année fantaisiste
honorables, tous, et les huissiers de la Chambre par-dessus le marché.
A propos d'artistes capillaires, un coiffeur des plus connus, qui se dissimule, quand il écrit, sous le pseudonyme de Prairial (sans doute pour parv'enir à collaborer au journal Germinal), raconte la très véridique et très saisissante histoire que voici :
Le vicomte Edgard du Nord, ayant accepté une invitation à un bal de tètes, dut songer à s'en faire une (tête) originale ; c'est plus difficile que les gens superficiels ne le pensent.
Celles des personnages en vogue contemporains sont bien usitées ; une tête à l'envers, de veau avec persil dans le nez, etc., etc., c'est bien courant ; il s'en tint donc au profil Louis XVI, qui convenait parfaitement à son genre de beauté ; et puis c'était encore une protestation et ça cadrait comme un gant avec ses opinions d'abonné au Gaulois.
Le soir venu, il s'en fut donc trouver un coif-
feur célèbre, dont je tais le nom pour ne pas avoir l'air d'écrire une réclame^ et lui parla en ces termes : u Vous allez m'arranger la tête à la Louis XVI... » A l'énoncé de cette simple phrase, notre peluquero devint blanc comme un plastron blanchi à Londres, il recula de quelques pas, roulant dans leurs orbites deux 5^euxde nègre épouvanté.
Le vicomte, attribuant cette petite comédie aux idées démocratiques de l'artiste capillaire, en conçut quelque dépit et s'écria, d'un ton sec comme des castagnettes madrilènes : « Faites vite, je suis pressé. »
Ces quelques mots convainq lirent irréfutablement l'homme de l'art, qui, d'un pas décidé, alla s'armer d'un excellent rasoir de Sheffield, qu'il se mit à repasser fébrilement sur un cuir professionnel; puis, relevant ses manches audessus du coude, il assujettit inébranlablement l'occiput du vicomte dans sa main gauche ; celle restée libre tenant élégamment l'instrument rasant, décrivit dans l'air quelques courbes gracieuses, puis, avec une maestria incomparable, d'un seul coup s'abattit sur le col du
IIO l'année FANTAISISTE
vicomte, qui se trouv'a ainsi, sans une bavure, totalement séparé du tronc.
Edgard du Nord n'avait nullement compté sur ce... supplément (?) à son programme, et cependant, en simple Louis XVI, il eût pu passer inaperçu: en Louis XVI décapité, il connut un triomphe qui comptera indubitablement dans son existence.
Niez donc la part du hasard dans le succès.
Deux mots de Giron que je recueille dans le mien (de giron).
— Qu'est-ce qu'un homicide?
— M'sieur, c'est quand on tue un homme.
— Et un suicide ?
— Dame, quand on tue un Suisse.
Il prit fantaisie, l'autre jour, au même Giron, d'aller aux courses, pour la première fois de sa vie. Il rapporta de Longchamp, non la forte somme — ce qui serait invraisemblable — mais ce court et savoureux dialogue, dont il
L'ANXEE FANTAISISTE IH
fit ses délices. C'étaient deux amis, deux joueurs, deux décavés par conséquent.
— Tu n'aurais pas un louis sur toi ?
— Sur moi, non.
— Et chez toi ?
— Chez moi ? tout le monde va bien^ merci. Et il s'enfuit, presque aussi vite que le cheval gagnant.
La chronique affirme que la construction du pont sur la Manche va être incessamment commencée et qu'avant peu nous pourrons cingler vers Douvres, sur le Pétrel, sans voir, cinq minutes après le départ, un stewart narquois nous apporter le plus utile des récipients. Un pont de 38.000 mètres, avec des travées d'un demi-kilomètre d'ouverture, jeté à cent mètres au-dessus des vaisseaux cuirassés, vibrant — immense lyre éolienne — au souffle des vents de la mer...
Ah ! c'est un beau spectacle à ravir la pensée, Que la Manche ainsi faite, et comme il l'a laissée...
Malheureusement, nous ne le verrons pas, vous qui me lisez, moi qui écris, et nous continuerons à nous embarquer sur quelque Calais- Douvres, proies du roulis, victimes du tangage, mélancoliques, très malades, rendant jusqu'à des vers d'Horace: llli robiir et œs triplex...
Non que je mette en doute la science des ingénieurs, et leur pic à qui rien ne résiste — Pic de la Mirandole ; — l'isthme de Suez est percé, le phare de la Tour Eiffel brille à 300 mètres de hauteur, l'an prochain les constructeurs d'Anvers nous montreront une villa aérienne, pouvant contenir cinquante personnes et soutenue par six ballons gigantesques. Mais c'est les Anglais, que je crains! Comment pourraient-ils permettre l'établissement du pont sur la Manche, ces membres du Parlement qui, en 1887, s'opposèrent à la construction du tunnel sous-marin devant relier Douvres et Calais, sur l'affirmation de l'extraordinaire Wolseley — (le général qui s'est refusé avec tant de persistance à délivrer Gordon) — prétendant que la sentinelle du château do
l'axxée fantaisiste 113
Douvres pourrait fort parfaitement être surprise « par un seul Français qui aurait pénétré dans le tunnel déguisé en jardinier ». Personne ne demanda à l'honorable préopinant quel intérêt puissant conduirait nos soldats à se déguiser en jardiniers plutôt qu'en ébénistes ou en garçons marchands de vin, et le projet fut bel et bien repoussé par 46 voix de majorité.
Combien ce vote dut réjouir ton ombre timorée, duc de Wellington, toi qui, jadis, protestais contre l'établissement d'un chemin de fer entre Londres et Southampton, sous prétexte que cette ligne aurait diminué de deux heures la marche des Français '^ur Londres !
Communiqué par un pêcheur à la ligne : Pauvre pêcheur persévérant, persiste patiemment pour prendre petits poissons.
Par précaution, partant pêcher, prends paletot, pardessus, pliant, puis parapluie préservant parfaitement pendant pluie.
Par prudence, prends panier point percé, pour pas perdre petits poissons péchés pendant période permise par préfet.
Pour pitance, prends pain, pâté, parmesan,
pommes, poires, pêches, pruneaux, plus petit pot parfaite piquette.
Poches pleines par plusieurs pâtes pectorales pour pituites.
Pour payer péager, prévoyant passer pont payant, prends plusieurs petites pièces pécuniaires.
Puis, pars pédestrement, pour pêcher, par prairie, perdant pourtant pas pipe pendant parcours...
Ça vaut toujours mieux que d'aller au café,
n'est-ce pas ?
Je n'aime pas le roi de Siam. Xon parce que — lors du dernier recensement — il se déclara père de 102 enfants (que de frères siamois) !
Non parce qu'il se couvre le chef d'une abominable mitre pointue, qu'un Guadalupais n'hésiterait pas à surnommer la Pointe à IMitre, en forme de kiosque, élevée de 85 cen-
Il6 l'année FANTAISISTE
timètres et presque aussi laide, en un mot, que le chapeau haut-de-forme des Parisiens à la mode.
Non parce que, sur le conseil de nos bons amis les Anglais, il fait massacrer nos résidents.
Mais parce qu'il répond au nom de Somdet- Phro - Parindr- i\Iaha- Chulalong- Korn-Phro -
chulachon-Krao excusez si j'en oublie !
Lorsqu'il avait sept ans et que, puisant à pleines mains dans les pots de confitures, il était surpris par sa maman, la pauvre reine avait beau se dépêcher de lui crier : « Gourmand de Somdet-Phro-etc.-etc.-Krao, laisse ce pot ! » avant qu'elle eût terminé le nom kilométrique de son polisson de dauphin, il devait bien avoir le temps d'avaler encore quatre ou cinq belles bouchées.
Je crois qu'il ne s'est plus rien passé d'important le mois dernier... Ah si ! j'oubliais !... Un monsieur que je connais quelque peu (on
a de si singulières relations, à Paris!) vient de se marier. Cet incident (ne pas imprimer « accident ») inspira au bon poète Emile Goudeau des strophes humoristico-nuptiales, dont
voici un échantillon, adressées An bon confrère qui ne méritait pas d'être marié si jeune.
O povero mio ! pleurez, littérature,
Pleurez, Muses, et vous, poil et plume, et peinture,
Willy s'est marié !
Il n'en restera plus que pâle souvenance Avant que d'une lune ou deux, dans le silence, Le croissant ait brillé.
ii8 l'année fantaisiste
Pleurez, esprits, car les follets qui désopilent Les rates des bourgeois en des pages qui filent,
Pour jamais se sont tus ; Pleurez, vous qui, jadis, prés de lui, dans Lutecc, Fîtes vos premiers pas; pleurez ! Willy s'engraisse
Et ne maigrira plus.
Nous verrons bien, monsieur!
Aphorismes d'un Yoghi célèbre et qui mériterait d'être surnommé Yoghi de Maupassant :
— Le lierre se glorifie de mourir où il s'attache, mais ce crampon végétal oublie de nous dire que toute sa vie il désagrège le mur qui le soutient.
— Gloire au tambour ! on persuadera toujours au peuple, avec des résonnements de peau d'âne, d'aller se faire trouer la sienne.