EXCENTRICITÉS SCIENTIFIQUES
toates, peut-être. On sait que le mot Ida fut appliqué par les anciens à deux montagnes célèbres, Tune de la Mysie troyenne, l'autre de l'île de Crète. S'il est une origine naturelle, c'est assurément celle qui fait venir ces deux noms de la géographie grecque du mot grec ddô (ionien idâ), voir, contempler y dénomination si bien applicable à ces hautes sommités d'où le regard embrasse un vaste horizon. Pour M. Benlœw,Ida vient de la racine id, < être fort, être pesant, courber, infléchir. » Saisisse qui pourra le rapport. Le mémoire du savant professeur nous prouve une fois de plus qu'on peut être un habile linguiste et manquer du sens critique dans les recherches d'érudition, et même un peu d'un autre sens. Un autre savant que nous ne nommerons pas, très-habile orientaliste, compatriote de M. Benlœw et comme lui naturalisé français, a été plus loin dans ces derniers temps : il a voulu démontrer, et cela, s'il vous plaît, du haut d'une chaire publique, que les Hellènes étaient un rameau sémitique! M. Julius Oppert, le célèbre assyriologue (pourquoi lui imposerions-nous le bénéfice de l'anonyme pour une idée dont il se glorifie?) M. J. Oppert, disons-nous, à côté de ses profondes études linguistiques, a sur la conscience deux ou trois gros péchés de critique sur ' lesquels nous ne voudrions pas trop appuyer. Nul n'est parfait. De telles aberrations, heureusement, ne troubleront pas la marche du- monde, pas plus qu'elles ne peuvent aujourd'hui discréditer la science sérieuse.
Nous devons nous arrêter davantage à la dernière de trois grandes réunions de la Sorbonne, à celle de cette année 1865. Les Actes n'en sont pas encore publiés; mais un compte rendu sommaire en s^ fait connaître les communications, et a reproduit dans son entier la séance de clôture oii les prix décernés ont été distribués après de remarquables rapports, sous la présidence de M. ûuruy, le ministre de riuslruction pubhque (n"* 501). Le discours du ministre,
plein de ces fortes pensées et conçu dans le stylé ferme et sobre qui est le cachet d'nn mâle talent formé par l'étude des grands modèles de lantiquité, n'avait rien des banalités académiques. « C'est un curieux et fécond spectacle, a-t-il dit, que celui d'hommes venus de tous les peints de la France pour causer entre eux d'art, de science, de littérature, échanger leurs idées, les éclairer par la discussion, et remporter dans leur province, avec le légitime orgueil d'un triomphe devant leurs pairs, la pensée de quelque étude nouvelle, qui, durant une année entière , occupera leurs loisirs ou jettera sur ime vie laborieuse le charme d'un travail aimé. >
On a surtout chaleureurement accueilli le passage suivant :
« Messieurs, dans l'histoire générale de la civilisation, chaque époque est caractérisée par un développement particulier des forces de l'intelligence, qui se portent presque toutes d'un même côté, et mettent en pleine lumière une des faces de l'esprit en laissant les autres dans l'ombre ou le demi-jour. Au siècle de Léon X, Tart triomphe avec Michel-Ange et Raphaël : c'est la Renaissance, le réveil radieux de la libre imagination dans les œuvres plastiques. Sous Louis XIV tout est aux lettres, et elles arrivent à cette calme et sereine beauté que la postérité ne se lasse pas de contempler. A l'âge suivant elles sortent de leur pacifique domaine. Au lieu d'être pour elles le but suprême, l'art devient une arme de combat que tous emploient, les imprudents comme les habiles; mais la Muse, divinité jalouse, n'accorde ses dons les plus purs qu'à ceux qui la servent avec amour et détachement. La littérature du dixhuitième siècle va plus loin^que celle du dix-septième; elle ne monte pas si haut.
« Aujourd'hui la science domine presque sans partage. Les ingénieurs, les chimistes, sont les vrais rois du monde, qu'ils étonnent de leur audace et de leurs succès. Applau*
LES SOCléTÉS SAVANTES A LA SORBONNE. 4D1
dissons à ces victoires de Tesprit sur la matière ; elles seront la gloire particulière de ce temps. »
M. Amédée Thierry, comme président de la seclibn d'histoire et de philologie, daos un Rapport dont les foimes piquantes et l'intérêt soutenu rachètent les longs développements, n'a embrassé rien moins que le cercle tout entier de nos sociétés départementales et de leurs nombreux travaux. Il faut nous borner à signaler cette savante revue, ne pouvant ^a reproduire. Faisai^t bien ressortir l'importance de ces investigations des sociétés locales, louant les plus zélées, gourmandant les moins actives, montrant combien l'histoire générale et nos antiquités s'enrichissent par ces recherches partielles, M. Amédée Thierry a dressé d'une manière saisissante le bilan de nos richesses archéologiques. Écoutons le début :
Plus d'une fois, Messieurs, en entendant vos lectures, en lisant vos ouvrages, en parcourant les bulletins de vos savantes Compagnies, il m'est arrivé de les comparer ensemble , de mettre en parallèle les Sociétés du Midi avec celles du Nord, l'Est avec POuest, un département avec un autre, et de vouloir mesurer la part qui appartient à chaque région de notre grand . pays dans le progrès du savoir historique. Il me semblait alors apercevoir en imagination un immense courant d'idées, d études, de recherches, sillonnant la France d'une extrémité à l'autre, et circulant, avec des accidents variés d'accélération ou de lenteur, dans ses différentes parties, comme le sang circule dans les membres d'un vaste corps ; et je ne suivais pas sa marche sans émotion, car il y avait là, Messieurs, un noble et imposant spectacle. C'est ce spectacle que j'essayerai de faire passer rapidement sous vos yeux.
Je ne procéderai point à cette revue scientifique département par département : le département deviendra par la suite une unité historique, il ne l'est pas endbre. Je prendrai pour unité comparative l'ancienne province....
Notons maintenant, celles des lectures des délégués qui
rentrent dans notre domaine* Ce ne sera qu'un simple re l'amnâe GâoGB. ni. * 26
levé ; mais ce relevé, même dans sa sécheresse, a son intérêt.
M. Valentin Smyth, conseiller à la cour impériale de Lyon : Sur Vorigine des peuples de la Gaule transalpine, et sur leurs institutions politiqvss avant la domination romaine,
M. de la Saussaye : Organisation de Cinstruction publique dans r Empire romain au 4* siècle de Fère chrétienne.
M. de Dumast, de Nancy : De la vie des langues^ de leurs âges et de leurs maladies.
M. Âbel, de la Moselle : Histoire de la réunion à la France des trois évêchés de Metz^ Tout et Verdun.
M. Garro, de Meaux : Les incursions des Normans dans la Marne vers la fin du 9* siècle.
M. E. Boutiot, de l'Aube : Des limites territoriales dans le département de VAuhe.
M. Rossignol, de l'académie de Dijon : Sur remplacement du Forum Voconii, première station militaire après FréjuSj dans la direction d'Arles.
M. Ad. de Pontécoulant, de Meaux : Notice sur un campement romain dans la commune de Mirevault^ canton de Nangis.
M. Rosenzweig, de Vannes : Sur les croix de pierre du Morbihan.
M. Quénault, de Coutances : Topographie ancienne des côtes du Cotentin. ,
M. Gh. Fierville : Notice archéologique sur le Finistère.
M. E. Ghâtel, de Gaen : Note sur un globe terrestre provenant de la succession de Tilon du Tillet.
M. d'Arbois de Jubainville : Notice sur le Pagus Mauri' pensis.
M. A. Lallemand : Étude sur les monuments celtiques^ et plus spécialement sur ceux du Morbihan.
M. Hucher : Vart gaulois.