FRANCE. SOCIÉTÉS SAVANTES
M. Ghabouillet, secrétaire de la section d'archéologie, a dit, dans son rapport spécial, d'excellentes choses sur la forme la pins désirable à donner aux communications des délégués. Ces idées pourraient s'appliquer à bien d'autres sociétés qu'aux réunions de la Sorbonne :
Que la plupart des délégués, au lieu de lire des mémoires étendus, presque des livres, se décident à apporter à ces réunions des thèmes de controverse, et on y verra circuler une vie nouvelle.
Ceux qui ont assisté aux séances des sections en la présence du ministre qui a bien voulu les présider tour à tour, nous comprendront. £n donnant par cette démarche inattendue une marque éclatante de Pintérét que le gouvernement de l'Empereur porte à tout ce qui peut servir le progrès. Son Excellence a imprimé à la discussion une animation et une vivacité inconnues jusqu'alors. Nous n'aurons pas toujours au milieu de nous le Ministre de l'instruction publique ; mais chacun des assistants, en proposant ses doutes sur les sujets traités, peut, comme l'a fait M. Duruy, grandir les questions spéciales en les élevant à la hauteur de généralités historiques.
Si l'on osait comparer les études sérieuses de l'histoire ou de l'archéologie aux jeux aimables de l'esprit, on dirait que les délégués' des sociétés savantes ne devraient pas craindre de se munir de canevas scientifiques, de ^cenarios^ tout comme ceux qu'écrivaient, pour les bluettes de la comédie italienne, les librettistes d'autrefois. Ces canevas seraient remplis par les questions des auditeurs, par les réponses du lecteur. Des faits nouveaux, des idées nouvelles, pas ou peu de harangues. On ne veut pas dire qu'il ne faudrait que des impovisations ; pour parler devant une assemblée où tout le monde est armé pour le combat, il faut se présenter exercé, préparé, avec un sujet mûrement approfondi, mais se garder, dans la plupart des occasions, du Mémoire développé et prêt à être imprimé.
Viennent des idées hardies! on les combattra si elles sont téméraires, on les fortifiera si elles sont justes, dans des discussions modérées par la courtoisie, qui n'a jamais été oubliée dans nos débats. Voilà ce qui, selon l'humble opinion d'un auditeur assidu plus encore par goût que par devoir, contribuera beaucoup plus que de simples lectures à développer les germes féconds de progrès scientifiques que contiennent nos départements.
Pourquoi faut-il, après cette revue qui donne tant au présent et promet tant à Tavenir, que nous ayons à terminer sinon par un blâme, au moins par un regret? J'ai longuement parlé Tannée dernière du Dictionnaire géographique de la France entrepris par radmioistraiioo, mais conduit sur des bases telles qu'il était impossible, absolument impossible qu'il pût se continuera L'événement n'a que trop tôt confirmé des prévisions suggérées par le boù sens. Rien n'a paru cette année (sauf le Répertoire archéologique du Morbihan, ci-de^us, n° 430, dont l'impression était k peu près achevée il y a quinze mois), et tout annonce que l'abandon est complet. Tout ceci est pro/ondément regrettable. Il est triste de voir une grande et belle inspiration du souverain rester sans résultat par une exécution mal engagée, alors que sa réalisation, si simple au fond et si facile, pouvait et devait conduire à une de ces œuvres durables qui profitent à la science et qui honorent un pays. Il eût été digne du Ministre qui a écrit cette belle Introdtiction à ^histoire de France dont nous avons signalé l'apparition (n* 384), d'attacher son nom au frontispice d'un tel monument.