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TRAITÉS GÉIVÉRAUX. MÉTHODES GÉODÉSIQUES

608. Handbuch (1er Géographie und Statistik, fur die gebildeteu staeode. Begrundet durch D*^ C. G. D. Stein und Ferd. Hœrs- ' chelmann; neu bearbeitet, unter Mitwirkung mebrerer Gelehrten, von D' J. G. Wappael's. (Manuel de géographie et de statistique pour les classes éclairées. Ouvrage fondé par le D' Stein et le D*^ Hœrschelmann ; refondu par le D' Wappaeus, avec la collaboration de plusieurs savants). 7* édition. Leipzig, 1853 et années suivantes, grand in-S" (Hinrich).

Ce grand ouvrage doit se composer de 10 à 12 parties (Theilen), comme on dit en Allemagne, de lO à 12 volumes, comme noas dirions en France. Sept parties ou volumes ont paru jusqu'en 1864', en voici le détail :

T. I, ir* partie. Géographie générale, par le D' Wafpaeus, 18S5.

vi-222 pages.

!• partie. Amérique du Nord (moins le Mexique), précédé d'on coup d*œil général sur l'Amérique, par le D' Wappaeus, 18S5. Pages vn- XIY, et 223 à 1050.

T. II. 1*^0 et2« parties. Afrique, par le D' T. E. Gumpreght, et Australie, par le D'^îC E. Meinicke, 1853-5%, xn-423 pages.

3* partie. Asie, par J. H. Brader et J. H. Plath, 1864, xn-1124 pages.

T. III. 1*^ partie. L'Europe orientale et le Nord de l'Europe; précédé d'un Aperçu général du continent européen. Par le D' Wappàbus (coup d'œil général sur l'Europe); le D' F. Possart (Empire de Russie)-, leD'' H. F. Brachelli (Empire ottoman, Monténégro, royaume de Grèce)', le D' C. F. Frisch (Danemark, Suède et Norvège); M. E. G. Ravenstein (les lies Britanniques), et le D** M. M. Baumhauer (royaume de Hollande). 1858-64, xn-875 pages.

T. IV. l'* partie. Empire d'Autriche, précédé d'un Aperçu général de la Confédération Germanique, par le D' H. F. Brachblli, x-676 pages.

S* partie. Royaume de Prusse. États de la Confédération Germanique, par le même. xviii-il57 pages.

509. Compendio di Geographia di Âdriano Balbi, con note ed aggiunte diGiuseppe de Luca, prof, de geographia nella Regia università di Napoli. Napoli, 1862, 3 vol. grand in-8", vm-942, 915, 580 pages.

Nous enregistrons ici cette traduction italienne du célèbre traité de géographie statistique d'Adrien Balbi, à cause du travail original que le savant traducteur, M. de Luca, y a ajouté. Le premier volume est tout entier de sa main, et, dans ce premier volume, la Description de l'Italie, telle que l'ont constituée les récents événements politiques, est un ouvrage capital (p. 366-937), le meilleur et le plus détaillé que l'on ait jusqu'à présent à consulter.

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Non/ mentionnerons encore de M. Giuseppe de Laça les deux traités soiTants qoi sont maintenant les Manuels les plus répandus des études élémentaires de géographie dans lltalie méridionale :

Pritni Elementi di (ieografia^ ordinaticon nuovo meiodo (15* édition). Napolif 1864, petit in-13, 96 pages.

Elementidi Geografia modema^ ordinati con nuovo meiodo (2* edit.) Ibid., IMS, in-8*, Siu pages.

Elementi di Geografia antira. Ibid., 1863 in-8«, 143 pages.

La méthode d'enseignement de M. Giuseppe de Luca est conçue dans an excellent esprit. Laissant de côté, ou rejetant dansdes notes que l'on peat consolter, les éléments mobiles de la géographie et tout ce qui n'est que nomenclature, il s'attache aux grands traits permanents et caractéristiques, aux formes générales qui constituent la géographie naturelle, et y rattache constamment la géographie politique et administrative. C'est en elTet sur la giographie physique que reposent les ressources naturelles et la richesse agricole, industrielle ou commerciale des États. La méthode de M. de Luca, en définitive (dont nous n'avons pas à examiner les détails), repose sur ce grand principe dont il serait à désirer que nos écoles fussent bien pénétrées, que l'enseignement de la géographie doit être un enseignement scientifij:|ue, bien plus qu'an enseignement mnémonique.

^10. Notizie di cose geografichee statistiche, di Eug. Balbi. Miiano, 1863-64, 3 vol., petit in-12 (Guigoni).

Vol. 1». Principii generali délia geografia. xi-209 pages. Vol. 2 et 3. Monde antico (l'Anciea Continent). Europa, Asia ed Africa. vii-191, xxxii-i43 pages, petits traités tout à «fait élémentaires.

511. L. Figuier. La Terre et les Mers, ou Description physique du globe. P^ris, 1864 (2" édition), grand in-8", viii-o62 pages, avec 20 cartes et 181 vignettes dans le texte. (Hachette).

Le public a appris depuis longtemps à rechercher les ouvrages de M. Louis Figuier. L'auteur s'attache avant tout à en rendre l'exposition agréable. Une suite nombreuse de belles illustrations, telles que savent les créer d'habiles artistes sous rintelligente inspiration de l'éditeur ajoute singulièrement à Tattrait du volume.

512. Lorenz Diefenbach. Vorschule der Vœlkerkunde und der Bildungsgeschichte (Prolégomènes de l'étude des peuples et de riiistoire de la civilisation). Krankfurt a M. 1864, in-8"xn-746 pages.

Il serait difficile d'analyser succinctement ce laborieux volume. L'auteur appartient à une classe de savants, chaque jour moins nombreuse heureusement, même en Allemagne, qui savent mieux fouiller les sources et réunir consciencieusement de vastes matériaux que les disposer dans une mise en œuvre simple et lumineuse. M. Laurenz Diefenbach est depuis longtemps connu par de profonds travaux sur les anciennes langues de l'Europe celtique. Au fond, le nouvel ouvrage est une étude physique, intellectuelle et murale de l'humanité; ou, pour mieux dire, c'est une suite d'études synthétiques sur les langues, la physiologie, la psychologie, les mœurs publiques et privées, les idées

et les formes religieuses, l'organisation civile et politique, les arts, H littérature et les sciences chez les différents peuples. C'est Montesquieu ramené au point de Tue scientifique actuel ; mais c'est une tâche quelque peu périlleuse que de refaire TEsprit des Lois.

513. Georgei P. Marsh. Maa and Natur ; or Physical Geography as modified by humao action. New- York, 1864, in-8*, xv-660pag. (Scribner).

L'épigraphe du livre en résume l'esprit ; elle est empruntée à on mon de Bushnell on the power of an mdUss life, « La puissance réunie des vents, et des orages, et des tremblements de terre, et des mers, et des saisons, ont moins ùiit pour changer la face du globe que n'a fiait l'HOMMii, cette puissance douée d'une vie sans fin, depuis le jour qu'apparu sur la terre il en a reçu la domination. »

« L'objet de mon livre, dit l'auteur dans sa préface, est d'indiquer le Caractère, et autant que possible, l'étendue des chazigements produits par l'action de l'homme dans les conditions physiques du globe que nous habitons; de montrer les dangers créés par l'imprudence, et les précautions nécessaires dans toute opération qui vient modifier sur une grande échelle les arrangements spontanés du monde organique ou inorganique; de suggérer la possibilité et de faire ressortir l'importance qu'il y aurait à rétablir les harmonies troublées et à régénérer matériellement les régions épuisées et dévastées ; et enfin, incidemment, de justifier par des exemples cette doctrine, que l'homme, par sa nature et son rang dans la création, est un pouvoir d'un ordre plus élevé qu'aucune des autres formes de la vie animée qui prennent place comme lui au splendide banquet de la Nature. »

L'ouvrage de M. Marsh rrnferme trop de vues et de faits importants pour que nous n'y revenions pas tout à l'heure avec plus d'étendue.

514. Elisée Reclus. Les oscillations du sol terrestre. Revue des deux Mondes j !•' janvier 1865, p. 57-64.

Bonne étude sur une nature de phénomènes qui touche par plus d'un point au sujet traité par M. Marsh. II suffit, pour en donner une idée d'en transcrire le début :

Le sol, que les peuples considèrent encore comme le symbole de Pimmuable, est au contraire dans un état d'oscillation constante. L'enveloppe de la terre, sollicitée d'un côté par les astres de l'espace, comprimée de l'autre par h vapeur, les gaz et les matières fondues de l'intérieur du globe, ne cesse d'onduler, comme le ferait un radeau s' élevant et s'abaissant sur les flots de la mer. Sans parler ici des tremblements de terre qui font écrouler des pans de montagnes, renversent les cités et tarissent les fleuves, d'autres ondulations, que les instruments délicats des physiciens peuvent seuls reconnaître, remuent incessamment dans toute son épaisseur les parties rocheuses de la planète. D'imperceptibles frissons, déterminés sans doute par les courants de chaleur et d'électricité, se propagent à travers les continents.

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Bt non-senlement l'écorce terrestre est secouée à chaque instant par ces vibrations infiniment petites : elle est en outre animée de mouvements uniformes et d'une incalculable puissance, qui sur divers points la soulèvent et sur d'autres la dépriment relativement au niveau de la mer. Ces gonflements et ces dépressions, qui rappellent les phénomènes des corps organisés, s'ac- Ooioplissent le plus souvent avec une telle lenteur, que pour les ^Sonstater d'une manière certaine, des générations successives ^'observateurs doivent laisser des années ou même des siècles ^'écouler. La c terre patiente » semble rouler inerte dans Pes- "pace, et pourtant elle travaille sans relâche à modifier la forme de ses mers et de ses rivages. Durant chaque période géologique, la surface continentale, immobile en apparence, se redresse en certains endroits à une grande hauteur au-dessus de l'océan ; ailleurs elle s'abîme sous les eaux ; partout l'antique relief et les contours du sol se modifient lentement. Suivant quelle loi, dans quel ordre géographique, avec quelle vitesse relative se produisent ces oscillations, graduelles qui ont pour résultat de changera la longue l'aspect général du globe? La science n'est point encore en mesure de répondre à ces questions d'une manière positive ; mais en attendant que les géologues puissent évaluer avec exactitude les dimensions et la marche de chaque Vague de soulèvement formée par Técorce du globe, il est du moins possible de grouper les faits principaux qui se rapportent aux mouvements oscillatoires des continents et du fond des mers. C'est là ce que lious essayerons de faire dans cette étude, «Q évitant des citations trop nombreuses, mais en ne cessant de nous appuyer sur le témoignage des hommes éminents qui, depuis Léopold de Buch jusqu'à MM. Darwin et Lyell, ont élucidé cette importante question de l'instabilité des terres.

515. Michèle Lessona. Il Mare. Torino, 1864, in-18, 79 pages.

Traité complet, dans ses proportions restreintes. Il fait partie d'une collection de traités qui portent le titre général de la Scienza pnpw larêj et qui se publient sous la direction de M. Lessona. Ce dernier a écrit pour la même collection l'Aria,

516. Jules DuvAL. Les colonies et la politique coloniale de la France. Paris, ISô-'i, in-8°, xxi-526 pages avec 2 cartes.

517. D' Karl Andrée. Géographie des Welthandcls , mit geschichtlichdi Erlacutcrungen. Stuttgart, 1862, in-8* 384 pages.

La publication de la deuxième partie de cet excellent ouvrage nous

fournira l'occasion d'y reyenir avec le détail qui rédazne llmportance du sujet et le savoir de Tauteur.

518. Colonial Essays, translated from the Dutch. Lond. 1864, in-8", 314 pages.

Recueil de mémoires sur des sujets géographiques ou économiques qui touchent au régime des colonies en général, et en particulier à celui des colonies hollandaises et des colonies anglaises.

519. Vacation Tourists, and Notes of travel in 1862-1863. Edited by Francis Galton. Lond. 1864, iu-8*. (Macmitlan).

Voici l'indication des onze morceaux contenus dans cet intéressant volume :

A Winter Ride in Palestine, by the Rev. H.>B. TrUtram. — Pish culture in France, by J.-B. Bertram. — The Turcs of Constantinople, byCh. Malcolm Kennedy. — Letters from the Cape, by lady Duff- Gordon. — Poland, by the Rev. W.-J. Clarke. — La république du Paraguay, by D. Powell, — Sinai, by the Rev. J. Tyrwhitt. — Theancient shell-mounds of Denmark, by Mrs Lubbot'k. — The médical senrice of the fédéral army, by C. Mayo. — The church and people of Servia, by thie Rev. W.-T. Greice. — Wildemess Joumeys in New-Brunswick, byA. Gordon,

520. Richard Cortambert. Peuples et voyageurs contemporains. Paris, 1864, in.l2.

521. Bibliographie historique de la O* de Jésus, ou Catalogue (les ouvrages relatifs à l'histoire des Jésuites, depuis leur origine jusqu'à nos jours; par le P. Aug. Caraton, de la môme Compagnie. Paris, 1864, in-4* vm-612 pages.

L'ouvrage est divisé en cinq parties. La première contient, par ordre chronologique, tous les ouvrages relatifs à l'histoire générale de Tordre ; la deuxième, les différentes provinces ,- la troisième, les missions ; la quatrième, les biographies; la cinquième, la polémique. On sait assez quelle place importante les missions des PP. Jésuites tiennent dans l'histoire des découvertes géographiques.

522. D. frutos Saavedra Meneses. Discurso sobre los progresos de la Geodesia, leyo en el acto de su recepcion de Académico numerario, el dia 23 de febrcro de 1862. Memorias de la Real Acad. de Ciencias. Cienc. fisicas. T. I, parte 3. Madrid, 1863, p. 641-664, in-4^

Dans ce discours de réception, et mieux encore dans la réponse du président don Vincente Vasquez Queipo, on suit de haut la marche et les progrès des études et des travaux géodésiques depuis l'antiquité jusqu'à nos jours.

On se demande pourquoi notre académie des Sciences et l'académie des Inscriptions n'ont pas adopté, comme l'Académie française, l'usage des discours de réception. Chaque élu nouveau y donnerait sa mesure.

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^53. Faye. Sur une méthode nouvelle proposée par M. de Littrow pour détenniDer en mer l'heure et la longitude. Comptes rendus de V Académie des sciences jX.VfWl.u'* 10, 7 mars 1864, p. 437-449.

^^4. H. BLEtizT. Les cartes géographiques. La mesure et la représentation du globe terrestre. Be\:ue des Deux-Mondes^ !••■ avril 1864, p. 617-654.

Belle et savante étude sur un sajet qu'il était assez difficile de mettre sans l'amoindrir an diapason d'une revue littéraire.

Parmi les quatorze ouvrages dont nous venons d'inscrire ^^ série bibliographique, il en est quelques-uns auxquels Ifeiir importance nous fait un devoir de revenir.

On aura remarqué le corps de géographie générale qui se J)iiblie k Leipzig sous la direction du D' Wappaeus (n** 508). Cî*esty comme on l'a pu voir, une réunion de traités spécsiauz dont la composition ou la révision est confiée non pas senlement à des savants éprouvés, mais à des hommes qui ont fait du pays qu'ils décrivent une étude spéciale. Ce mode de composition ne comporte pas Tunité littéraire, mais il présente toutes les garanties scientifiques. Des morceaux comme l'introduction historique et physique à l'étude de la terre par le D' Wappaeus, et la description de l'Amérique parle même savant, dont rénidition géographique est attestée par d'importants travaux et qui a visité plusieurs parties du Nouveau-Monde ; comme l'Afrique de feu le D' Guraprecht, ou l'Australie du professeur Meinicke, qui ont fait, durant de longues années, leur étude spéciale de ces importants chapitres de la géographie fjénérale, de tels morceaux, disons-nous, ne peuvent être que de bonnes monographies. Nous ne connaissons pas aussi bien la capacité spéciale des autres coopérateurs; mais la haute compétence du docteur Wappaeus nous garantit qu'ils auront tous été choisis sur d'excellents titres. L'ouvrage , d'ailleurs, est là qui répond • pour lui-même. S'il nous fallait chercher aujourd'hui dans toute l'Europe un corps de Géographie vraiment général.

nous n'en verrions pas qui, pour le détail et la garantie scientifique, pussent être mis en balance avec celui-ci. Qu'un aussi vaste travail fût susceptible de plus d'une remarque, si on le serrait de près, ariicle par article, cela n'est pas douteux, surtout pour les contrées en dehors de l'Europe ; mais ce qu'on peut affirmer en toute sûreté de conscience, c'est qu'un pareil ouvrage, fait avec savoir et discernement par des hommes bien préparés, sera toujours un précieux répertoire de renseignements géographiques. Des suppléments spéciaux sont annoncés pour les contrées, telles que l'Afrique, l'Australie, diverses parties de l'Amérique, etc., où des découvertes considérables ont été faites depuis dix ans, ou qui ont éprouvé des modifications politiques.

Nul sujet, dans l'étude du globe, ue saurait offrir un plus grand intérêt que les changements produits par l'homme à la surface de la terre. Ce sujet, auquel M. Marsh a consacré un volume plein de recherches et de faits (n^ 513), n'est rien moins que le tableau de notre intelligence aux prises avec la Nature, car l'action de l'homme sur le monde extérieur est en raison du développement des sociétés et des progrès de la civilisation. Là où l'homme est demeuré à l'état sauvage ou n'a pas dépassé la vie pastorale, la terre restera éternellement couverte de ses forêts primitives ou de ses steppes herbeuses ; la lutte ne commence que là où des États agricoles se fondent et se développent. Mais alors l'industrie qui grandit et les sciences qui la suivent apportent des incitations et des forces inconnues, qui décuplent mille fois la puissance humaine. C'est alors que l'homme devient vraiment grand : grand lorsqu'il déploie les ressources de son intelligetice dans une lutte sans fin contre les éléments ; plus grand lorsqu'il, s'empare de ces forces élémentaires, et que la science les soumet, assouplies et dociles, à sa volonté souveraine.

Aux mains d'un grand écrivain, un pareil tableau pouvait ,

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revêtir des codeurs d'une iDComparable magnificeuce. M. Marsh n'a pas eu cette ambition. Américain de naissance, il a fait un livre essentiellement américain, un livre plus soucieux de l'utilité que de la forme. L'auteur, qui appartient, dit-on, à la carrière diplomatique, et qui s'est déjà fait connaître par un travail fort estimé sur l'origine et l'histoire de la langue anglaise, est du reste un homme d'un esprit judicieux et d'un savoir étendu. Gomme point de départ, il se reporte au temps où les Romains tenaient sous leur domination la moitié de l'ancien monde, et il montre les pays du pourtour de la Méditerranée riches alors de tous les produits de l'agriculture, des arts et de l'industrie, là où Ton ne trouve plus aujourd'hui qu'ignorance, inertie et misère. M. Marsh insiste fortement sur cette déchéance trop réelle ; mais il aurait pu faire remarquer, plus qu'il ne Ta fait, combien elle est compensée par l'immense changement en sens contraire qui s*est opéré dans le reste de l'Europe. Sans insister sur cette ample compensation, l'auteur va droit à son but. Il a dit quels changements le monde physique a éprouvés depuis le temps des Romains; il passe maintenant en revue les causes déterminantes qui ont produit ces changements. 11 en trouve trois principales : Taction de l'homiàe sur les forêts et sur les eaux, et l'action des sables. Un livre particulier est consacré à chacune de ces causes ou de ces agents, parmi lesquels les modifications de l'élément végétal à la face de la terre tient sans comparaison la première place. Les d^sèchements ou la meilleure direction des eaux ont eu sans doute une influence considérable sur la valeur du sol et la modification des climats ; mais cette influence est peu de chose si on la compare à Teifet, salutaire ou nui siljle, — beaucoup plus salutaire que nuisible, à le prendre dans son ensemble, — qu'ont produit de vastes déboisements et l'extension des cultures. C'est par les déboisements que l'Europe est entrée autrefois pied à pied dans les voies de la civilisation ; c'est par les déboisements que la civili-

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sation européenne gagne chaque jour du terrain et se propage en Amérique. Là comme en tout, il peut y avoir excès : mais les excès sont locaux et les inconvénients limités; le bien est immense et général.

Scientifiquement, bien des questions se présentent, et des questions d'une vaste portée. Quelle est retendue et quelles sont les limites du pouvoir de Thomme sur le globe qu'il occupe ? Quel est son pouvoir sur les éléments inorganiques, Tatmosphère, les eaux, les substances qui composent l'écorce de la terre, les forces mystérieuses qui existent audessus et autour de lui? Quel est son pouvoir sur la matière vivante? La science se pose ces questions, et chaque jour la science se charge de les résoudre. On peut dire que la terre se civilise en même temps queThomme. L'exhubérance sans frein d'une nature vierge, avec ses sombres forêts peuplées d'animaux sauvages, et ses eaux librement épanchées à travers des plaines incultes, ne ressemble guère au même sol réglé par la main de l'homme, avec ses eaux contenues et ses cultures savamment ordonnées sur la terre assainie. Et ce n'est pas seulement la terre qui s'est transformée ; le changement s'est par là même étendu aux conditions extérieures de la vie, au climat tout entier, c'est-à-dire au milieu qui influe si puissamment sur la vie physique des êtres organisés, l'homme entête, — au climat qui ne (T^ pas les races, comme on l'a dii souvent par un abus de langage contre lequel protestenttousles faits connus.maisquienmotfi/^àl'infini les traits secondaires. C'est ainsi que se forment, par iS mystérieuse action des forces latentes, non pas les types des races difiéren* tes, mais les p/iy^ionomie^ diverses qui distinguent les branches d'une même race. Question de limite^ comme un savant illustre l'a dit récemment avec un sens profond. En Australie, par exemple, et en Amérique, l'extension des colonies européennes, l'assainissement du sol et le développement des cultures ne transformeront pas les populations aborigènes, rebelles k l'action civilisatrice; mais en appro-

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priant le sol aux besoins d*ane nation civilisée, en épnrant ^'atmosphère, en créant des abris et des ressources contre les températures extrêmes, on livre à la civilisation d'im- -Knenses contrées qui appartenaient à la vie sauvage, on y prépare le développement des sociétés policées, et dans un temps donné l'Européen aura ainsi changé complètement, par sa seule initiative, Taspect et la nature de vastes parties da globe.

Ces derniers points de vue que nous venons d'indiquer sont à peine efQeurés ou sont omis tout à fait par le savant auteur de F Homme et la Nature; ils appartiennent cependant au sujet et n'en sont pas le côté le moins intéressant. Nous dirions qu'ils en sont le côté philosophique, si Ton avait moins abusé du mot.

Parmi les questions qui appartiennent à ce vaste sujet de l'action de l'homme sur la terre habitable, il. en est une qui prime en ce moment toutes les autres par la grandeur de ses conséquences économiques : c'est la question de la coupure des isthmes. Jamais problème plus important pour l'avenir des relations des peuples n'occupa l'attention des gouvernements. Un de nos professeurs éminents, M. Saint- Marc-Girardin, a dit aussi de très-bonoes choses à ce sujet dans un récent article de la Revue des Deux-Mondes^. Rappelant une des vues développées par Leibnitz, ce prodigieux esprit, dans son Mémoire à Louis XIV sur une expédition en Egypte, M. Girardin ajoute : « Leibnitz a raison de croire que l'importance politique des isthmes tient à la civilisation et à la richesse des contrées que séparent et q^ae réunissent ces isthmes. Il y a peut-être dans le monde^ si toutefois le monde renferme encore des pays que l'œil de l'homme n'ait pas visités, il y a peut-être des isthmes aussi importants, géographiquement parlant, que l'isthme de

1. Les origines de la question ci*Orient. Rev. p' mai 1864, p. 40 ei

ftlIIV

Suez" et risthme de Panama; mais, s*ils ne touchent pas à des pays riches et civilisés, s'ils unissent des contrées désertes ou barbares, ces isthmes ne sont rien aux yeux de la politique. »

Et plus loin, parlant spécialement de Tisthme américain:

L'isthme de Panama a reçu de la nature de grands avantages. D^abord il est étroit et ne présente pas un trop grand milieu à traverser : premier avantage; de plus, il y a dans ce milieu un lac et un fleuve. Le lac a cent vingt milles de long sur quarante à soixante milles de large , le fleuve, qui est le SaintJean, sert d'écoulement à ce lac dans le golfe du Mexique, avec un bon port à son ouverture. Du lac Nicaragua à Tocéan Pacifique, il n'y a que neuf milles anglais, mais une montagne à percer. Cette simple description montre ce que les lieux attendent de l'homme. Ils offrent beaucoup, mais ils n'ont pas tout fait ; et Thomme, là comme ailleurs, a besoin de mettre la main pour achever l'œuvre de la nature. Le jour où un État puissant s'établira sur l'isthme de Panama, le jour où la science et l'industrie européennes perceront les neuf milles et la montagne qui séparent les deux mers, le jour enfin où l'isthme sera changé en bosphore, ce jour-là, en unissant les contrées que baigne le Paci6quo avec celles que baigne l'océan Atlantique et des contrées diversement civilisées et diversement riches (ce qui est la meilleure condition pour multiplier les échanges), ce jour-là l'isthme, par son anéantissement môme, qui sera son achèvement, aura donné à l'homme tout ce que l'homme avait droit d'en attendre, mais ce que rhonune peut seul lui donner.

Des critiques à courte vue ou à vues intéressées, parmi les objections qu'ils ont essayé de soulever contre l'ouverture du canal maritime de Suez, ont avancé que le percement, même réalisé, serait une mauvaise opération financière. L'assertion nous paraît fausse de tout point ; mais fût-elle fondée, . ce serait là encore une considération bien secondaire : — disons plus, une question misérable, quand on l'envisage au point de vue de l'avenir et de Thumanité. Une guerre coûte plus d'argent à une nation, — et quelle dépense I — que n'en aura coûté cette œuvre gigantesque

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