‹ L'Année géographique (volume 2)Chapitre 159 sur 368 · ANTIQUITÉ · texte numérisé non relu

ANTIQUITÉ

pies DOQs plaisent surtout quand nous les étudions dans leur jeunesse, parce que leur génie naturel s'y développe en liberté, sans ôtre gêné par des convenances étroites ou altéré par les influences étrangères. Nous trouvons aux langues naissantes les grâces de Tcnfance, et nous pardonnons aux vieux écrivains leur rudesse en faveur de leur originalité. Ce goût est nouveau. Nos pères, au contraire, se plaisaient uniquement au spectacle d'une civilisation polie, et ils s'occupaient de préférence des temps où domine une culture savante ; le reste leur semblait barbare. Quand ils étudiaient l'histoire, ils passaient les origines ou les dénaturaient. Cette disposition était aussi à peu près celle des Romains du siècle d'Auguste. Quoiqu'on parlât souvent alors, et avec un grand respect, de ce que Florus appelle la virile jeunesse de Rome, on n'en parlait pas toujours avec une grande intelligence. Les poètes seuls semblent avoir par moments deviné et reproduit le vrai caractère du passé. Yirgile se faisait par l'imagination le contemporain des temps c où les bœufs mugissaient sur le forum et dans le riche quartier des Carènes. » Personne n'a mieux représentéles sauvages compagnons de Romulus que ne Ta fait Properce en deux mots, lorsqu'il dit : a Cent pâtres dans un pré, c'était tout le sénat. » £n revanche, les historiens ne comprenaient pas grand'chose à ces temps primitifs.

578. Itinéraire de Bordeaux à Jérusalem, d'après un manuscrit de la bibliothèque du Chapitre de Vérone; suivi d'une Description des lieux saints, tirée d'uu manuscrit de la Bibliothèque Impériale. Publié par M. Anatole de Barthélémy. Revue arcMologique, août 1864, p. 98-112.

On sait que V Itinéraire de Bordeaux à Jirwalem n'a été imprimé jusqu'ici que d'après le Ms de Paris, n" 4808. MM. Parthey et Pinder ont cherché vainement un second Ms pour lenr publication de Vltinéraire. Cependant M. Ed. Au) crt signala l'année dernière un Ms de Vérone où devait se trouver r/imcraritim J5tirdigfa/efiM. M. Léon Renier possédait lui-même depuis longtemps une excellente copie de ce Ms; il l'a mise à la disposition de la Revue archéologique, qui la publie aujourd'hui. Il faut observer qu'elle est incomplète de deux feuilles, ce qui explique pourquoi l'on n'y trouve pas la partie de l'Itinéraire deCxsarea à Terracina. En compensation, le Ms de Vérone fournit plusieurs variantes importantes.

La description des lieux saints dont le texte est joint ici à cette nouvelle édition de l'itinéraire, est reliée dans le Ms de la Bibliothèque impériale qui contient Tltinéraire à Jérusalem. Ce morceau est passe de la bibliothèque de Pithou dans celle de Colbert, qui fait maintenant partie de la Bibliothèque impériale ; il ne parait pas qu'il eût été jusqu'à présent publié.

S 2. Moyen âge.

579. Marco Polo. I Viaggi, secoado la lezione del codice Mag^bechtano più antico; reintegrati col testo francese a stampa^per cura di Ad. Bartou. Firenze, 1864, iii-12, LXXxm-439 pages. (Le MoDDier.)

580. Gust. Oppebt. Der Presbyter Johannes in Sage und Geachichte. Ein Beitrag zur Vôlker-und Kirchenhistorie, und zur Heldendichtung des Mittelalters. Berlin, 1864, in-g**. (Springer.)

Toute perdue qu'elle est pour nous dans les noages du moyen âge, la question autrefois si chaudement débattue du Prétre-Jean et de la situation de ses États ne laisse pas d'avoir son intérêt pour lliistoire géographique de ces temps obscurs. M. Oérard Oppert y a consacré une remarquable érudition. Il a rappelé' et résumé les recherches dont le prétrenjean et son insaisissable royaume ont été le sujet depuis le dixseptième siècle On sait que l'opinion aujourd'hui dominante identifie le Prètre-Jean des missionnaires du treizième siècle arec Oang-khan, chef des Mongols Khéraïtes, dont le célèbre Djenghis-khan fut originairement le vassal, et que les Nesloriens avaient initié à la foi chréiienne. M. Gérard Oppert développe les motifs de son opinion, qui diflère un peo de celle-là. C'est dans Korkhan, prince des Kara-Khital qui vécnt dans la première moitié du douzième siècle, quUl croit retrouver le Prétre-iean.

Il y H au 4* cahier du t. XXIII des ArcMv d*£nnan fUr wi»êen»chafU liche Kunde von Rtutland un article (de M. Schott, de racadémie de Berlin), sur le mémoire de M. G. Oppert.

581. Peregrinatores medii aevi quatuor : Burchardus de Monte Sion, Riccoldus de Monte Crucis, Odoricus de Foro Julii, Wilbrandus de Oldenborg, quorum duos nuuc primurn edidit, duos ad fidem librorum manuscriptorum reccnsuit^ J. C. M. Laurent. Leipzig, 1864, iD-4".

582. G. DE Veer. Prince Heinrich der Scefahrer und seine Zeit. Dantzig, 1864, in-S** 290 pages, avec 2 cartes. '

583. Esposizioue di rapporti fra la republica Veneta e gli Slavi meridionali ; brani tratti dai Diari di Marino Sanudo esistenti nell Imp. Biblioteca di San Marco, 1496-1537. Vol. 1, 1496-1516. Venezia, 1863, iu-S** 476 pages.

584. Raccolta compléta degli scritti di Cristoforo Colombo, ad illus- Irare e documentare la scoperta dell' America, recati in italiano, corredati di note e di una introduzione da G. B. Torbe. Torino, 1864, in-8" xii-416 i)ages, avec 2 porlr. et 8 pi.

585. Journal du voyage de Vasgo de Gama en Mccccxcvn, traduit du portugais par Artbur Morelet, membre correspondant de TAfit-

GÉOGRAPHIE HISTORIQUE. MOYEN AgE. 437

demie des sciences de Lisbonne. Lyon, 1864, in-4" xxxii-146 pages, avec carte et portrait.

Mince volume coté au prix modeste de 30 francs.

586. Vida y Viajes de HernanîX) de Magallanes; por Diego Barros ÂRANA. Santiago de Chile, Imprenta nacional, 1864, in-8° vi-155 pages. .

587. Geor^j. Martin Thomas. Der Periplus des Pontns Euxinus, nach mûnchener Hand.schriften. Mit einer Karte. Ingleichen der Paraplus von Syrien und Palaestina, und der Paraplus von Arménien (desMittelalters). MQnchen, 1864, in-4'' 68 pages, avec une carte en fac-similé.

Extrait des Mémoires de TAcadémie royale de Bavière. T. X.

Travail d'une grande valeur pour l'histoire géographique du Pont-

■ Euxin. L*auteur a réuni dans une longue série de colonnes synoptiques

la nomenclature comparée des nombreux portulans italiens du moyen

âge où la mer Noire est figurée, et de savantes notes complètent cette

nomenclature comparée.

588. D' P. Matkovitz. Handschriftliche Schifferkarten in den Bibliotbeken zu Venedig. Mittheilungen der kais, Geographischen Gesellschaft xu Wien, 1862, p. 79-107.

589. Mareschal-Duplessis. Mercator et Hipparque; dialogue des morts sur la Géographie. Vendôme, 1864, in-8'' 20 pages.

Extrait du Bulletin de la société Archéologique du Vendômois.

L'année a été remarquablement féconde en travaux sur les hommes et les choses géographiques du moyen âge. La vieille histoire du Prêtre- Jean, qui a tant occupé le'treizième, le quatorzième et même le quinzième siècle, a été reprise encore une fois par un de ces fouilleurs allemands qui ne croient jamais une question de critique tout à fait vidée; celle-ci a été véritablement rajeunie (n° 580), par l'érudition de M. Gustave Oppert (qu'il ne faudrait pas confondre avec notre savant assyriologue).

Les trois grandes figures qui , de la fin du quinzième siècle au commencement du seizième, renouvelèrent la face du monde par leurs immortelles découvertes, Christophe Colomb, Yasco de Gama et Magellan , ont été, comme de

concert, Tobjet de publications importantes. On a réuni en un volume les écrits connus du premier (n** 584), on a traduit en français le journal du second (n*^ 585), et un savant chilien , M. Barros Arana, qui a été assez heureux, en fouillant les archives de T Académie d'Histoire de Madrid, en vue d'une Histoire du Chili à laquelle il travaille depuis longtemps, pour tomber sur des documents inédits relatifs à Magellan, a écrit (n*" ô86) une biographie, plus complète qu'on ne l'avait fait jusqu'à présent, du navigateur célèbre qui a le premier effectué la circumnavigation du globe.

La cartographie du moyen âge n'a pas été négligée. Nous avons signalé l'excellent Mémoire de M. Martin Thomas, de l'Académie royale de Munich, sur les portulans italiens de la mer Noire (n° 587) ; les mémoires de la Société de géographie de Vienne nous ont aussi apporté (un peu tardivement) les intéressants résultats des recherches prolongées d'un de ses membres, M. Matkovitz, dans les bibliothèques de Venise, si riches en documents de ce genre (n'* 588). Déjà, en 1858, M. Matkovitz avait eu la bonne fortune de retrouver à Venise, dans le musée Correr, une carte de la main de Fra Mauro, l'illustre camaldule, représentant le territoire de Saint-Michel di Lémno en Istrie ' ; cette fois (en 1860), sa récolte a été bien autrement abondante. Sa première intention était de publier en foc simile les plus intéressants des monuments inédits qu'il a étudiés ; les circonstances ne le lui ayant pas permis jusqu'à présent, il s'en est tenu, dans sa communication actuelle, à un cata^ logue descriptif. Ce catalogue n'en est pas moins de nature à servir fort utilement l'étude de la cartographie du moyen âge.

M. Matkovitz fait observer avec raison que,' malgré les , savants travaux dont Ghr. Sprengel a ouvert l'ère, et qui ont été poursuivis après lui, soit par les mémoires et les études,

^ MiUheilungen de la Soc. de Géogr. de Vienne, t III, 1869.

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r les belles et coûteuses publications cpie l'on doit an il Zurla, à Baldelli Boni, à Al. de Hnmbold, au viw Santarem, à M. d'Avezac, àLelewel, à M. Peschel, à &ohl, Kunstmann et autres (M. Matkovitz oublie aard dans son énumération), la science attend encore stoire critique de la cartographie, qui tient de si près dire même des découvertes et au développement de ice*.

Ôpubliques italiennes marchandes, surtout Gênes et Vesquirent une grande célébrité dans les trois derniers du moyen âge, non- seulement par leur commerce et Oyages, mais aussi par les riches matériaux qu'ils re- 3Dt pour la connaissance du monde, et par leurs écoles )hiques. Ils s'acquirent sous ce rapport d'inappréciables )ur l'agrandissement des notions géographiques, comme i montré C. Rilter, dans ses VorUsungen, Ce que l^s is Scandinaves avnient fait par leurs courses maritimes nord de l'Europe, et les navigateurs catalans pour la cidentale de l'Afrique avant Henri le Navigateur, les et les Vénitiens le firent pour TOrient. Les deux repu • grâce à l'extension de leur commerce, se trouvèrent en avec les Arabes, chez lesquels les notions géograavaient alors fait de grands progrès, et ils furent ainsi e heure en possession des cartes des pays que le comavait fait connaître à ces derniers, au pourtour de la ranée et de la mer Noire, aussi bien que des côtes de , de la Perse et de l'Inde. On sait que les Mayorcains et îans se servaient de cartes de Marear longtemps avant que ces cartes leur venaient originairement des Arabes ; Ramusio fait cette remarque, dans son introduction à ton de Marco Polo (Zurla, Viaggiatori Venez, p. 303), i dessinait déjà des cartes mannes à Venise {carta da î) vers le milieu du treizième siècle, un demi-siècle, emment, avant Marin Sanudo Torsello, dont les cartes.

s ne savons si cette lacune sera comblée par M. d'Avezac, qui 'gé de publier les matériaux préparés par M. Jomard pour la ses Monuments de la Géographie ; nous l'espérons au moins. \st mieux préparé par des études spéciales.

et celles de Pietro Vesconte, sont les plus anciennes qui n(w '^ soient parvenues.

Le plus ancien document cartographique qui se conser-"^ dans la bibliothèque de Saint-Marc est un portulan du qurx atorzième siècle, dont le dessin est resté incomplet à son o 3trëmité occidentale. On n'a ni le nom de l'auteur ni la àdMe; on lit seulement sur la dernière garde : Hxc tabula ex testamcnto Domini Nicolai de Combitis devenit Monastetio Cartu^ix florentine. A en juger par le contenu et l'exécution, le portulan a dû être exécuté en Italie vers la fin du quatorzième siècle. Les découvertes portugaises du quinzième siècle manquent entièrement; les feuilles contiennent seulement les contrées maritimes et les mers où les Italiens étaient conduits à cette époque par leurs intérêts de commerce. Les côtes du sud et ^e louest de TEurope paraissent assez bien connues ; celles du nord, au contraire , ne montrent nullement les connaissances que révèlent les cartes de P. Vesconte, d'A. Bianco, de Fra Mauro et de G, Be- . nincasa. Le portulan a une grande ressemblance avec les cartes que Vesconte exécut a en 1328.

Je ne puis suivre M. Matkovitz dans la description circonstanciée qu'il donne du portulan. Je n'en citerai qu'une ou deux particularités.

Non loin de la côte occidentale d'Irlande, une lie relevée d'enluminures et d'or est désignée par cette légende: « La Montagna de S*" Brandan. » Sur les cartes et chez les cosmographes des quatorzième et quinzième siècles, on trouve communément indiquée sous la latitude de Tlrlande, un archipel fabuleux sous le nom d'/nsui» fortunate S*' Brandani; archipel qui a été jusques dans ces derniers temps roccasion de recherches scientifiques et de rêveries géographiques, et que sans aucune base tant soit peu sérieuse on a placé tantôt sur un point, tantôt sur un autre. Ainsi, sur la caile (feuille 2) de (ir. Benincasa de l'an 1480, les lies de S* Brandan sont mar- (juées à la hauteur des Canaries, ou môme confondues avec elles. Sur la carte du Vénétien Pizigano (1367), le petit groupe

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