LA FAMILLE INDO-EUROPÉENNE
liens de parenté entre des peuples qui, comme* les Grecs et les Perses, se traitaient Pun l'autre de barlDare, et elle a constaté une diversité d'origine entre des nations qui, comme les Grecs et les Égyptiens, se croyaient étroitement unies. Elle a déchiffré des textes dont le sens était p^rdu depuis des siècles, reconquis sur le passé des époques qu'on pouvait croire vouées pour toujours à l'oubli, et reconnu dans la langue un témoin fidèle de temps disparus sans laisser ni annales, ni monuments. Les titres généalogiques d'une partie de l'humanité ont été retrouvés. La conformité des idiomes, pareille à ces antiques symboles que les Grecs emportaient en signe de parenté ou d'alliance, a fait reconnaître comme frères des peuples séparés les uns des autres par la distance, par les mœurs, par la religion et par la diversité de leur destinée. £n même temps se sont expliquées certaines affinités profondes, certaines ressemblances d'aptitude et de génie, qui caractérisent les races aussi bien qu'elles distinguent les nations et les personnes, et qui empêchent de confondre le groupe indo-européen, considéré dans son ensemble, avec le groupe sémitique, et avec les autres fractions de la grande famille humaine.
Dans le même ordre d'études, mais h un point de vue plus particulièrement ethnologique, M. Brullé fait la remarque suivante, qui est fort juste :
On ignore absolument de quelle manière les divers groupes des langues ariennes se sont établis. On connaît leurs rapports, on apprécie leurs diiïérences, mais on ne sait pas non plus commence fonds commun s'est modifié. On ne peut établir à cet égard que des hypothèses. Et les mots si nombreux qui diffèrent complètement d'un groupe à l'autre, d'où viennent-ils? A qui sont-ils empruntés? Lorsque la linguistique aura répondu Ik ces questions, il en jaillira une lumière nouvelle sur les mélanges des peuples divers. Ces mélanges ne peuvent être mis en doute, mais la lini^uislique seule pourra les rendre évidents. Les caractères physiques sont trop délicats, trop variables môme, pour être toujours s lisis avec certitude. Et, d'ailleurs, ces caractères physiques, que peuvent-iJs nous donner aujourd'hui? 11 n'est que trop certain que la linguistique pour les temps plus anciens, l'archéologie pour des temps peut-être plus anciens encore, et, enfin, les données historiques, tels sont les éléments
à l'aide desquels nous pouvons essayer de retrouver les caractères des populatioDs et des races auxquelles elles ont appartenu.
S 4. La question des Celtes.
Qu'est-ce que les Celtes? demande M. Broca (a** 615). Laissons le savant secrétaire général de la Société Anthropologique de Paris développer le thème qu'il propose à la discussion de la société :
Il y a eu dans les temps historiques un peuple, ou plutôt une confédération de peuples qui portait le nom de Celtes, qui occupait la partie des Gaules comprise entre la Garonne et la Seine, et qui arrêta pendant plusieurs années les légions de Jules-César. Ceux qui prennent le nom de Celtes dans cette acception purement historique et politique disent que les Celtes étaient d'une taille un peu au-dessous de la moyenne, qu'ils avaient des yeux et des cheveux de couleur foncée. Ils se basent, non sur le témoignage de César, qui s'est borné à dire que les habitants de la Gaule celtique différaient des autres Gaulois par les mœurs et par le langage, mais sur l'étude des populations actuelles des régions où les descendants des anciens Celtes de César n'ont subi que des mélanges insignifiants et ont dû conserver, avec la prépondérance numérique, des caractères physiques peu difl'érents de ceux de leurs ancêtres gaulois.
Ce sont là les Celtes de Vhistoire. Mais César n'est pas le premier écrivain qui ait parlé des Celtes. Beaucoup d'auteurs, à partir d'Hérodote, avaient signalé l'existence de ce peuple d'après des renseignements vagues, et le plus souvent contradictoires. La Celtique, pour eux, c'était la partie inconnue de l'Europe centrale et occidentale. Ils la plaçaient tantôt au-desdessus des Pyrénées, tantôt aux sources du Danube, tantôt sur les bords du Pô, tantôt près de la mer dn Nord. Des peuples partis de cette région indéterminée avaient promené leurs armes en Ibérie, en Italie, en Grèce, en Asie Mineure ; les uns furent désignés sous le nom de Celtes, les autres sous le nom de Gaulois.
D'un autre côté, la linguistique a établi que les Gaulois de la Celtique et ceux de la Belgique parlaient sinon la même lan-
SUK LES CBLTES. 471
Telles sont les objections du savant secrétaire de la Société; sur quoi nous demandons qu'il nous soit permis d'ouvrir ^ en notre nom une courte parenthèse , pour faire observer deux choses : d'abord, quant à la connexion mise en doute de l'idiome des Celtes et de celui des Eymris, que cette connexion ressort de la proche parenté actuelle de la langue des Gaëls d'Ecosse, qui gardent le nom des Gaulois ou Celtes, et de celle du kymreg du pays de GaUes; et en second lieu, remarque beaucoup plus importante parce qu'elle parait avoir échappé à tous ceux qui chez nous, comme en Angleterre, ont pris part aux discussions sur les Celtes, que la dualité de type rappelée ici par M. Broca n'est nullement particulière aux Celtes, mais qu'elle se reproduit uniformément dans toute la série des peuples qui composent la famille, ou si l'on veut, le groupe indo-européen. Les Aryas hindous sont un peuple à cheveux noirs, et les Mèdes, proches parents des Aryas bactriens, sont un peuple blond. Les anciens Grecs ont de même les deux types (qui peut-être caractérisèrent les Pélasges et les Hellènes) ; et on les retrouve également chez les Slaves, aussi bien que dans la branche celtique. Je pose un fait et ne prétends pas l'expliquer. Il y a là évidemment une dualité physique parallèle à l'unité linguistique : c'est un des mystères qui restent encore au fond des origines ariennes. Je rends maintenant la parole aux ethnographes de la Société Anthropologique.
Nous aurions encore de fort bonnes choses à tirer des communications de plusieurs d'entre eux, de M. Périer, notamment (n° 617), et de M. Pruner-Bey (n° 619). Un intervenant, M. Bonté (n** 618), a montré une horreur des inductions glossologiques poussée jusqu'à ses dernières limites, et même un peu au delà. Assurément l'honorable anthropologistf^ne s'est jamais mis beaucoup en peine des travaux de Bopp et de son école. C'est un tort; il faut toujours connaître ceux dont on se fait l'adversaire, ne serait-ce que
472 GÉOGRAPHIE GéNÉRALE.
pour mieux aller à leurs côtés faibles, s'ils en ont. Le mémoire de M. Pruner-Bey a pris la question, au contraire, par son côté linguistique , et il a substantiellement résumé les beaux travaux de Técole allemande, ceux de Brandes, notamment, et de Zeuss. S'adressant à ceux qui ont cru pouvoir avancer que les Celtes ni leur idiome n'ont laissé de traces sur le sol de ce qui fut la Gaule : t Je vous arrête court, leur dit-il, et je vous prie de remarquer, à côté des noms d'hommes, une autre espèce de médailles linguistiques, qui, pour avoir subi des modifications plus nombreuses, plus profondes sans doute que les prénoms et les noms indivividuels, n'en sont pas moins très-distinctement reconnaissables pour un œil patient et quelque peu scrutateur : ce sont les noms de topographie.... » Et M. Pmner renvoie à l'ouvrage récent de M. Houzé sur les noms de lieux en France, dont nous dirons quelque chose tout à l'heure. A la fin de son mémoire, M. Pruner résume en quelques sommaires ce qu'il regarde comme les points désormais arrêtés par les travaux des celtologues récents, tels qu'ils ont été formulés par M. Brandes.
1 . Avant la conquête de la Gaule par César, les Gaulois et les Germains étaient trop peu coanus pour que les écrivains do ces temps reculés eussent pu distinguer nettement ces deux nations.
2. Le tronc ethnique que nous nommons actuellement les Celtes, est le plus occidental parmi les Indo-Européens, et occupait encore à l'époque de César une grande partie de TEurope, à savoir, les pays du Danube et quelques parties de TAlleroagne moyenne, l'Italie supérieure, quelques contrées de la péninsule ibérienne, la Gaule et les lies Britanniques.
3. La branche ainée du tronc celtique qui s'est avancée la première vers l'ouest est la gadhélique, qui déjà à l'époque indiquée était repoussée par la branche kymrique.
4. Déjà au commencement de notre ère les Gadhèles n'occupaient que l'Irlande, et l'Ecosse au nord du rempart de Severus. Il est toutefois possible que dans la Gaule méridionale quelques restes du peuple gadhélique se soient maintenus.