M. BAKER
sert de déversoir au lac et qu'ils avaient suivie jusque-là, et que, perdant de vue cette rivière qui se porte à l'ouest par un large coude, ils durent pousser droit au nord dans la direction de Gondokoro. Le point où leur itinéraire se sépara ainsi du grand courant où se déversent les eaux du Nyanza, et qu'ils regardent comme la tête du fleuve Blanc, est par 2° environ de latitude nord. D'après les informations verbales des indigènes, il y avait là, plus loin vers l'ouest, un autre lac d'une étendue considérable appelé le Louta- Nzighé, où allait se jeter, d'après leurs dires, la rivière sortie du Nyanza.
Ces renseignements, si vagues qu'ils fussent, laissaient entrevoir tout un système hydrographique qu'il eût été fort important d'aller reconnaître ; Speke et son compagnon regrettèrent vivement que les circonstances où ils se trouvaient ne leur permissent pas de se lancer dans cette reconnaissance. A Gondokoro*, où ils rencontrèrent un compatriote, M. S. Baker, leurs entretiens à ce sujet enflammèrent l'imagination de l'aventureux voyageur, qui résolut de s'enfoncer à son tour dans la direction du lac inconnu. C'était au milieu de février 1863. Telle a été l'origine de la découverte que nous avons à signaler.
M. Baker est ingénieur de son état, mais voyageur d'instinct et chasseur de passion. « Les Anglais, dit-il quelque part, sont naturellement doués de l'esprit d'aventure. Tous ont au cœur un germe de liberté (Jùi ne demande qu'à franchir les rives de l'ile natale. Comme le poussin qui de luimême court à l'eau dès qu'il a brisé sa coquille, le premier mouvement de l'Anglais livré à lui-même est de se lancer à travers le monde. »
1. Nous rappellerons que cette ancienne station des missionnaires autrichiens est située sur le haut fleuve Blanc par 4* 5V 5" de latit. N., selon les observations du capitaine Speke, qui a également trouvé pour la longitude de ce point important 29* 25' 16* à l'E. du méri- (iien de P.» ri s.
Ce portrait qu'il a tracé, M. Baker en est le type. Ses premières aventures ont eu pour théâtre Tîle de Geyian. Les grandes forêts et leurs chasses vraiment royales le retinrent huit années entières sur cette terre splendide, dont il a publié une attachante relation ^ Las de courir le daim et d'abattre les éléphants, il revint en Europe. Nous le retrouvons alors livré à des travaux d'une autre nature ; c'est sous sa direction qu'a été construit le chemin de fer de laDobroudja, entre le bas Danube et la mer Noire. Mais sa passion de chasses et d'aventures le reprend de nouveau, et cette fois elle le pousse en Afrique. C'était au moment où le capitaine Speke, revenu des grands lacs de l'Afrique australe en 1859 avec le capitaine Burton, entreprenait son nouveau voyage à la recherche des sources du Nil. Il y avait entre les deux voyageurs plus d'un motif de sympathie. Tous deux déterminés chasseurs, éprouvés l'un et l'autre par le soleil de llnde, d'une nature également énergique et propre aux entreprises difficiles, ils étaient faits pour affronter les mêmes épreuves et courir les mêmes hasards. Ne pouvant se joindre au capitaine Speke, ce qui eût été son rêve, M. Baker voulut du moins se porter vers la région équatoriale à la rencontre de l'expédition, dans la pensée qu'un auxiliaire bien ravitaillé pourrait, même à la dernière heure, ne pas être inutile à des explorateurs épuisés. Sa prévision n'a pas été déçue; et il y a gagné de plus cette heureuse fortune d'être lui-même entré dans la voie des grandes découvertes.
C'est au milieu de 1861 que M. Baker arriva dans les hauts pays du Nil. Plusieurs courses qui ne seront pas inutiles à la géographie le conduisirent en premier lieu dans les plaines peu connues qu'arrose le Sétit, affluent oriental de TAtbara.Ces contrées, actuellement si obscures et livrées
1. Eight years* Wanderings in Ceyîon. LoDdon, 1855. Ce volume avait été précédé d'un premier livre d'impressions et de récits phis parliculièrement cynôgétiques, The ripe and the hound in CeyUm.