‹ L'Année géographique (volume 2)Chapitre 197 sur 368 · UN NOUVEAU LAC ÉQUATORIAL · texte numérisé non relu

UN NOUVEAU LAC ÉQUATORIAL

premiers détails. Une lettre de M. Baker, arrivée en Angleterre par la Voie du Caire, renferme des informations circonstanciées sur l'exploration du Louta-Nzighé , et sur sa situation précise par rapport au Victoria Nyanza.

« Parti de M'rouli, capitale de rOunyoro et résidence de Kamrasi, dit M. Baker, j'atteignis, après dix-huit jours de marche, le lac depuis si longtemps désiré. Le point où j'arrivai au lac se nomme Vacovia; ce point est situé par 1° Ik' de latitude nord, à Touest de M'rouli. En mémoire de notre regretté prince Albert, je donnai au lac (sauf l'agrément de S. M.) le nom d'Albert Nyanza, le considérant comme la seconde grande source du Nil; — ^ et quand je dis la seconde, je n'entends pas déterminer son ordre d'importance, mais seulement Tordre chronologique de la découverte. Les lacs Victoria et Albert sont indubitablement les pères du fleuve.

€ La capitale de l'Ounyoro, M'rouli, est située à la jonction du Nil et de la rivière Kafour, à une latitude de 3202 pieds (angl.) au-dessus du niveau de la mer (9 76, mètres)*. J'ai suivi le Kafour jusqu'à* la latitude de 1® 12' nord, afin d'éviter une suite inabordable de marécages qui s^étendent du nord au sud : ces marais tournés, je continuai directement à l'ouest jusqu'au lac. La route est boisée dans toute son étendue, avec des éclaircies çà et là, mais très-peu de population et pas de gibier. Le pays que je traversai domine au nord une vallée marécageuse qui se prolonge vers l'ouest; la plus grande hauteur que je trouvai sur ce terrain élevé fut de 3686 pieds (1123 mètres). Les roches ne m'offrirent partout que du gneiss, du granit et des masses ferrugineuses qui semblaient ne former qu'un conglomérat avec des cailloux de quartz roulés.

oc Le lac Albert est un vaste bassin au fond d'une brusque \ dépression; les rochers que je descendis par une passe difficile n'avaient pas moins de 1470 pieds (448 mètres) au-dessus de son niveau. La surface du lac est à 2070 pieds au-dessus du niveau de la mer (631 mètres), 1132 pieds (345 mètres) plus bas que le Nil à M'rouli; la pente générale du pays est donc dirigée

1. Les observations de Speke ne lui avaient donné pour la hauteur de ce point au-dessus du niveau de la mer que 2856 pieds. Mais ces mesures avaient été obtenues seulement au moyen du point d'ébullition de l'eau, et Speke lui-même y attachait une incertitude possible de 300 pieds. Nous ignorons encore quel moyen d'observation M. Baker a employé.

de Test à Touest. Des hauteurs qui dominent le lac, on n'aperçoit aucune terre au sud ni au sud-ouest ; vers l'ouest et le nord-ouest, au contraire, s'étend une chathe de Qiontagnes considérable qui peut bien s^élever à 7000 pieds au-dessus du niveau du lac, dont cette ligne de hauteurs borde la ctU œcir dentale en se prolongeant au sud-ouest parallèlement au cours du lac. Le roi Kamrasi et les indigènes m'assurèrent également que le lac, à la connaissance de tout le monde, s'étend dans le pays de Roumanika, à Touest de Karagoué, mais que de là (vers 1^ 30' de latitude sud) il tourne subitement à l'ouest? et que sou étendue dans cette direction est inconnue. Sous la latitude de 1^ \k' nord, où j'atteignis le lac, sa largeur peut être d'une soixantaine de milles; mais plus au sud, la largeur augmente. L'eau est profonde, douce et transparente; les bords, généralement sains, présentent une plage sablonneuse libre de roseaux.

c J'ai navigué treize jours sur le lac dans un canot formé d'un arbre creusé; parti de Vacovia, je suis arrivé à Magungo, à la jonction du Nil avec le lac, par 2® 16' de latitude nord. Le voyage a été long, par suite de la nécessité de longer la côte, et aussi à cause du gros temps, qui généralement nous prenait à une heure après midi par un vent d'ouest.

t A la jonction du Nil, le lac n'a plus qu'une vingtaine de milles de largeur. Ici les côtes étaient devenues moins saines; de larges masses de roseaux empêchaient le canot de prendre terre. Les montagnes avaient disparu de la côte orientale, rei^iplacées par des collines de cinq cents pieds environ qui ne s'élevaient plus du lac même en pentes abruptes comme les montagnes que nous avions vues plus au sud, mais qui s'éloignaient à la distance de cinq ou six milles, laissant entre elles et le lac un terrain ondulé. L'entrée du Nil est un large canal d'une eau profonde, mais sans courant, bordé de chaque côté par de grands bancs de roseaux. De ce point, le lac s'étend au nordest l'espace d'une quarantaine de milles, pour tourner ensuite à l'ouest en se rétrécissant graduellement. L-étendue en est inconnue.

a A une vingtaine de milles au nord de la jonction du Nil à Magungo, la rivière sort du grand réservoir et continue sa course vers Gondokoro.

c Je remontai le Nil ' dans un canot à partir de sa jonction;

1. Nous conservons celte expression employée par M. Baker^ bien qu'elle puisse être prématurée. 11 ne faut rien préjuger. j|

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