‹ L'Année géographique (volume 2)Chapitre 199 sur 368 · Le yard est un peu moins que le mètre · texte numérisé non relu

Le yard est un peu moins que le mètre

2- Karouma est une localité marquée par une cataracte assez COQsidérabie de la grande rivière (le Karouma des indigènes, la tête du Nil de Speke), à quatre-vingt-dix milles environ au-dessous de M'roulf, du côté du nord. C'est aux chutes de Karouma que la rivière lait son grand coude à l'ouest vers le Louta-Nzigbé. Voir la relation ^p Speke, p. 510 de Tédition française.

voyage sur le lac est on ne peut plus beau, les montagnes s'élevant souvent du sein même des eaux, et leurs flancs ravinés présentant de nombreuses cataractes. Du côté de Test, les rochers sont du granit mêlé fréquemment de grandes masses de quartz.

« Sur le bord oriental du lac, on tire du sol une grande quantité de sel; c'est la ressource commerciale des misérables villages qui s'échelonnent à de longs intervalles sur la côte de rOunyoro. Les indigènes sont très-peu hospitaliers; souvent ils refusaient de nous vendre des provisions. Mallegga, sur la côte ouest du lac, est un grand et puissant pays gouverné par un roi nommé Kadjoro, qui possède des canots assez grands pour traverser le lac. Le Mallegga fait un trafic considérable avec Kamrasi, où il envoie de l'ivoire, des peaux bien préparées et des manteaux, en échange du sel, des bracelets de cuivre, des caurîs et des verrotteries, articles qui doivent tous venir de Zanzibar par Karagoué (à l'exception du sel), car il n'y a pas de communication avec la côte occidentale de TAfrique.

c La longueur de l'Albert Nyanza, mesurée du nord au sud, est d'environ deux cent soixante milles géographiques, indépendamment de sa partie inconnue à l'ouest entre 1 et 2 degrés de latitude sud, et de son développement analogue au nord vers le 3« degré de latitude. >

Autant qu'on en peut juger par cette première description, la vaste et remarquable nappe d'eau que vient de reconnaître M. Baker se développe sous la .forme d'an {immense fer à cheval dont la partie convexe regarde l'est, et dont la branche du sud, encore inexplorée, est de beaucoup la plus considérable. D'après ces premières indications, l'Albert Nyanza pourrait bien être le plus grand de tous les lacs de l'Afrique. Reste à reconnaître quelles eaux arrivent à cette branche du sud, et d'où sortent ces eaux. Gomme toutes les découvertes faites jusqu'à présent dans cette région équinoxiale du continent africain, celle-ci n'est qu'un premier jalon et une pierre d'attente ; mais elle n'en est pas moins d'une très-grande importance, et par ce qu'elle donne déjà, et par ce qu'elle promet. M. Baker vient de conquérir une belle place dans la brillante pléiade des modernes

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explorateurs de TAfrique ; la relation que nous promet son retour en Angleterre sera sans aucun doute une des plus intéressantes et des. plus curieuses que nous aurons eue depuis longtemps. Le voyageur est arrivé à Londres dans les derniers jours d'octobre.

S 2. Coap d'œil rétrospeetif sor le voyage des jdames Tinné aax contrées

do haut Nil. Journal de M. de Heoglin.

Nous avons parlé plus d^une fois déjà de la surprenante odyssée des dames hollandaises dans les parties les plus difficilement accessibles de la haute région du Nil, véritable expédition princière entreprise avec un déploiement de moyens et un appareil tout à fait inusités, et dont radjonction volontaire de M. de HeugUn a fait un voyage scientifique. Un intéressant précis de la correspondance intime de ces dames (ci-dessus, n® 5 de la bibliographie), et surtout le journal de M. de Heuglin tout récemment publié dans le Recueil géographique du docteur Petermann (n® 6), nous ramènent sur cette expédition.

C'est au mois d'août 1861 que Mlle Âlexandrine Tinné, accompagnée de sa mère et de sa tante, arrivait au Caire pour son troisième voyage en Egypte. Ces dames se proposaient cette fois de pousser plus avant dans l'intérieur, jusqu'aux pays récemment découverts du haut fleuve Blanc.

Nous ne les suivrons pas dans leur voyage à Khartoum, où elles arrivèrent au mois de février 1862. Pour attendre la saison favorable, elles s^établirent au-dessus de la ville égyptienne, sur les bords du fleuve Blanc. On ne reconnaissait guère ici le Nil d'Egypte, avec ses rives sablonneuses et ses campagnes arides; cette partie du fleuve, disent les lettres de Mme Tinné, rappellerait plutôt les bords richement boisés de la Tamise près de Windsor.

Mais toute médaille a son revers. Le commerce des es-

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claves, cette honte de rhumanité, est aussi actif que jamais malgré les défenses du vice-roi.

Le conmierce des esclaves rend assez dangereux le voyage par eau. Pour les noirs riverains tous les blancs sont des Turcs. Néanmoins, comme le petit vapeur que montaient ces dames n'avait jamais figuré dans cet odieux trafic, ils ne se montraient pas hostiles.

A mesure qu*on remontait le Nil, le paysage prenait fréquemment un nouveau caractère. Les arbres sont partout d'une grande beauté. Ce sont des mimosas dont les fleurs diffèrent, mais non le feuillage, des tamariniers couverts de belles plantes grimpantes; c'est le papyrus et un arbre à grandes fleurs jaunes appelé ambadj y ressemblant k un buisson {Anémone- ^firabilis); c'est aussi Tarbré à poison (Eiiphorbia Antiquorum), qui n'a presque pas de feuilles, excepté au bout des branches, avec de petites fleurs écarlates ctôisâant autour des branches comme celles du cactus. Si l'on roiiipt une branche, il en sort un suc laiteux dans lequel les indigènes trempent la tête de leurs flèches, et Ton assure que les blessures faites par ces armes sont mortelles. Les Arabes appellent Tarbre M'toupa. Les fleurs dont les rives sont couvertes sont de nuances si éclatantes et si variées^ que Toeil en est presque ébloui. Cette description s'applique particulièrement à la partie du fleuve qui est aû-^SeSSOS du confluent du Sobat.

Le 30 septembre, les dames arrivèrent à Gondokoro : la population du territoire environnant appartient à la race négroïde des Bari. C'était, avant l'arrivée des Turcs, tin peuple parfaitement heureux ; encore aujourd'hui ils dansent et chantent jour et nuit, aussi longtemps que durent le maïs et le dourra.

Bien que prévenues que la rivière cesse d'être navigable * au-dessus de Gondokoro, les dames ne furent pas contentes qu'elles ne l'eussent vu par elles-mêmes. Elles purent encore remonter le courant dans leur vapeur l'espace de cinq

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heures ; plus loin les roches interceptent absolument la navigation. Les rapports qu'on leur fit de Tétat d'agitation des nègres, par suite des atrocités attribuées à un traitant maltais appelé de Bono (dont le nom n'est pas inconnu en Europe), les empêcha de pousser plus avant ; sans quoi il est bien probable qu'elles se fussent trouvées, elles et toute leur suite, les hôtes de Kamrasi ou de Mtésa en même temps que MM. Speke et Grant, qui demeurèrent chez ces deux chefs des pays du sud de janvier à novembre 1Ô62. On regagna Gondokoro et de là Khartoum. De Kharioum à 6ondokoro la navigation, en remontant, avait occupé 360 heures; la descente de Gondokoro à Khartoum n'en prit que 170, moins de la moitié.

Notons une remarque consignée dans les lettres de ces dames. Les gens du pays rient de ceux qui parient d^une source à\x Kil. A Gondokoro il jpleul touis les jours peâdànt sept ou huit mois, non pas de continu, mais par grosses averses; « si bien, disent-ils, qu'ils n'y à pas seulement une source de la rivière , mais qu'au-dessus dii SbEat elle se forme de cent tributaires. » Une personne qui a résidé longtemps en Egypte a remarqué que le fleuve change plusieurs fois de nuance durant ses crues, ce qui seihblerait indiquer qu'elles sont alimentées successivement par plusieurs branches supérieures qui viennent de points différents et traversent des sols de nature diverse.

Le second séjour à Khartoum, de novembre 1862 à février 1863, fut consacré aux préparatifs d'une nouvelle expédition plus formidable que les précédentes et d'une nature plus sérieuse. Celte fois il ne s'agissait de rien moins que de remonter le Bahr el-Ghazal, grand affluent de la gauche du fleuve Blanc au-dessus du Sobat, et de pénétrer par là dans la région peu ou point connue qui s'étend à l'ouest du fleuve Blanc et de Gondokoro. C'est à cette expédition que s'adjoignit M. de Heughn , nom bien connu datis les récentes explorations africaines, et le docteur Steudher qui avait

aussi fait partie, avec M. de Heuglin, de la grande expédition allemande de 1860. Un autre Allemand , le baron d'Âblaing , qui voyageait , en amateur dans ces hautes régions , s'enrôla aussi dans Tescorte de miss Alexandrina et de sa tante (la plus âgée des trois dames restait à Kbartoum où la retenait sa santé). « Nous espérons faire un voyage plus scientifique, sinon plus agréable que le dernier, y> écrivait à cette occasion une des dames Tinné. Hélas 1 elle^ ne prévoyaient pas les tristes événenements qui allaient marquer cette partie néfaste du voyage.

Nous n*en suivrons pas les incidents, pour la plupart déjà connus. La mort de Steudner, atteint des fièvres locales , le 10 avril 1863 ; celle de Mme Tinné, qui succomba le 20 juilét aux mêmes atteintes; la jeune miss Alexandrina et M. de Heuglin lui-même, conduits à deux doigts de la tombe par les influences délétères de ce redoutable climat; puis toutes les contrariétés imaginables suscitées par la rapacité éhontée d'un chef indigène, à la merci duquel on se trouvait livré, sans compter les difficultés communes d'un voyage de ce genre à travers les pluies tropicales, qui surprirent la caravane avant qu'elle pût gagner les hautes terres du sud où l'on avait espéré arriver à temps ; telles ont été les rudes épreuves par lesquelles a passé cette expédition, commencée sous d'aussi riants auspices.

Elle n'aura cependant pas été, grâce à M. de Heuglin, sans résultats pour la science. L'habile et persévérant observateur a recueilli des faits nombreux dont s'enrichira l'histoire naturelle de l'Afrique centrale. Il a déterminé astronomiquement la position de plusieurs points, en même temps que des notes exactes ont été tenues sur l'aspect physique des pays parcourus et leur topographie; et comme on s'est avancé plus loin à l'ouest qu'aucun Européen ne l'avait fait auparavant, la carie d'Afrique s'est enrichie sur ce point d'une addition importante. Ces riches matériaux, par

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