‹ L'Année géographique (volume 2)Chapitre 202 sur 368 · DU CHAILLU · texte numérisé non relu

DU CHAILLU

sincère accent d'enthousiasme, ont quelque chose de touchant. La lettre est datée de la riviète Femand Tâz (tin peu au sud du Gabon), le 2d août 1864.

c Mes ÎDstruments scientifiques et mes chronomètres me sont arrivés à la fin du mois dernier. Je ne puis vous dire combiien je me suis senti heureux quand j'ai eu entre les mains cette boite depuis si longtemps attendue. Je vous ai promis, dans ma dernière lettre, de jouâ dire quels sont mes projets. Je crains maintenant que vous ne me regardiez comme un yisionnaire. quand vous saurez que ce que je me propose, c^est de gagner l'intérieur, de suivre ou à peu près la ligne de l'équateur, et d'aller ainsi aussi loin que possible, jusqu'à ce que je rencontre quelques-unes des rivières qui tombent dans le Nil, et alors de descendre le grand fleuve jusqu'à la Méditerranée. Je ne veux pas déprécier le moins du monde les travaux des capitaines Speke et Grant; mais je pense que jusqu'à une grande distance à l'ouest des lacs et des rivières qu'ils ont vus, il y en a d'autres qui vont rejoindre le Nil. En fait, je ne crois pas qu'il y ait une rivière qu'on puisse appeler proprement là source du Nil, mais bien un certain nombre dé rivières et de lacs, dont l'origine est aux environs de l'équateur, et qui vont former ce que nous appelons le Nil. Avant de quitter l'Angleterre, je voulais seulement essayer d'atteindre jusqu'à sept ou huit cents milles dans l'intérieur, et m'installer pour un temps au milieu des Sapadi ; mais actuellement, je suis décidé à pousser en avant jusqu'à ce que des obstacles se présentent qui m'empêchent d'aller plus loin, et alors de me régler sur les circonstances. C'est une grande entreprise, et je ne me dissimule pas les dangers qui doivent accompagner une pareille expédition. Je sais très-bien qu'il se peut que je n'en revienne pas, ou que les forces physiques me manquent pour achever ce à quoi j'aspire. Mon destin peut bien être de mourir à la peine, pauvre voyageur isolé ; mais je ferai de mon mieux, et je ne vois pas de déshonneur à échouer. Je sais, et vous savez aussi, monsieur, que je n'ai qu'un but, agrandir notre connaissance de cette partie inconnue de l'Afrique. Je vais être obligé de prendre avec moi une centaine d'hommes, et je pars dans quelques jours.... »

Une pareille résolution mérite toutes nos sympathies; et si elle est poursuivie, comme je n'en veux pas douter, avec

l'énergie que cette lettre annonce, elle peut conduire à des résultats importants. Il en faut dire autant du projet de voyage au Tangantka par l'ouest ; il y a là, entre le Grabon et le grand lac, une vaste région et un grand système d'eaux absolument inconnus (celui del'Ogobaï), dont l'exploration serait une acquisition bien désirable pour la carte d'Afrique.

Mais ici, comme toujours, il faut s*attendre à plus d'un mécompte. Une nouvelle lettre reçue de du Chailiu dans le courant de novembroi annonce qu'après avoir suivi très-loin le cours de l'Ogobaï il a rencontré des indigènes hostiles, et qu'il lui a fallu revenir à la côte. Il avait heureusement sauvé ses journaux et ses observations astronomiques. Des nouvelles postérieures annoncent le retour du voyageur en Angleterre.

Nous n'en pensons pas moins, malgré les insuccès partiels qui sont inévitables, que toutes ces entreprises, poursuivies avec persévérance, donneront certainement de grands résultats, alors même qu'elles ne conduiraient pas au but que les explorateurs ont eu en vue. La société de géographie de Londres, de son côté, annonce qu'elle va consacrer une somme de 1000 livres sterling à une expédition entreprise sous ses auspices. Le plan que la société a en vue est de faire de nouveau remonter le fleuve Blanc, et de pénétrer vers les hautes terres de l'équateur par une des branches du fleuve.

Il y a certainement bien des découvertes encore à faire par celte voie; néanmoms, je l'ai dit plus d'une fois, je la regarde comme la plus difficile, et tout à la fois la moins favorable pour arriver rapidement à la solution définitive du problème de la vraie source du Nil, dans les termes cil la science pose actuellement ce problème. C'est un point auquel je ne veux pas m'arrêter en ce moment, mais sur lequel l'attention sera certainement fixée dans un prochain avenir.

Nous avons nonmié tout à l'heure M. de Decken; ses

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