LES 6ALLAS
les Gallas et les Sidamas) n'ont presque pas de point de contact entre elles, si on les considère au point de vue de la ressemblance et de la dérivation des mots. Néanmoins le système grammatical est le même pour toutes, et par ce côté elles se rattachent incontestablement à la grande famille des langues sémitiques.
c Au point de vue moral et intellectuel , poursuit la lettre de Mgr Massaya, ces divers peuples se ressemblent assez. La corruption des mœurs abyssines est connue; sous ce rapport, les Sidamas ou habitants du Kafa laissent encorjB les Abyssins bien loin derrière eux. Les Gallas sont un peu moins corrompus que les deux autres peuples. Cette corruption de mœurs est le plus grand vice de ces races, et par là même le plus redoutable ennemi que le christianisme rencontre dans ces contrées. Du reste, comme presque toutes les races agricoles, celles-ci sont douces, bienveillantes et hospitalières durant la paix, et se montrent braves jusqu'à la témérité pendant les guerres, hélas! si fréquentes qui désolent ces contrées. Joignez à ces qualités une grande adresse des mains en même temps qu'une intelligence qui se rapproche assez de Tintelligence européenne, mais qui a peut-être quelque chose de plus fin, et une grande facilité pour apprendre les langues, et vous aurez une idée assez exacte de Tintelligence et du cœur des habitants de la haute Ethiopie....
a On aurait tort de se figurer ces pays comme un seul royaume sous un seul chef, ou même comme une confédération de plusieurs petits États. Ils renferment au contraire un nombre presque infini de petits Ëtats parfaitement indépendants les uns des autres, et affectant les formes de gouvernement les plus différentes. Le Kafa forme à lui seul un royaume, et c'est le plus grand de tous; viennent ensuite par ordre de grandeur le Djemmakaka^ le Gouma^ le Guéra^ le Goma et le Néréa : ce sont autant de royaumes, dont les chefs, à l'exception de celui du Kafa, ont déjà embrassé l'islamisme. Bien que les peuples voient encore cette religion avec répugnance, ce fait que nous signalons en passant renferme un des plus grands dangers, pour l'avenir chrétien de l'Afrique centrale. Après ces royaumes viennent un nombre assez considérable de principautés moins importantes, parmi lesquelles nous ne citerons que celle de Djinjiro. Les habitants de ce pays sont les plus cruels du plateau, et même les seuls qui soient véritablement cruels ; les sacrifices humains sont encore en honneur parmi eux, et à
l'époque de rintronisation d'un nouveau prince il se passe là, quoique heureusement sur une moins vaste échelle, 'quelc|ue chose d'analogue à Thorrihle fête des coutumes du Banomey, dont les missionnaires de l'Afrique occidentale 701^8 ont entre-, tenus. A côté de ces petits royaumes il y a encore epyirôn quinze petites républiques, dont les plus importantes sont celles du Goudron et du Djemmalagamctra, Du reste, républiques ou royaumes, les coutumes (car il n'y a pas dans ces pays de lois écrites) sont à peu de chose près les mêmes dans les diiver^ Ëtats. Chez eux, comme chez nous, la propriété es^ la base de l'ordre social, et nous devons ajouter, à notre hoiite, qu'elle est plus respectée chez eux que chez nous. ' c L'a religion des pays confiés à nos soins est jusqu'à présent le paganisme le plus grossier, c'est-à-dire le fétichisme, entouré ici, comme partout où il a régné, de millç pratiques superstitieuses, des lamentables réalités delà magie. Ifous avons déjà pourtant signalé un pas vers l'islamisme, mais seulement chez les princes. Les habitants du Kàfa ou Sidamàs se disent chrétiens, quoiqu'ils ignorent même jusqu'au nom de Jésus- Christ. Ils ne connaissent aucun de nos saints mystères ni de nos sacrements. Le nom dé saint Georges, dont Us font plus qu'un dieu, ceux de saint Michel et de saint Gabriel, composent tout leur christianisme. Les Gallas, qui n'ont aucune prétention au christianisme, en savent pourtant un peu plus long, puisqu'ils connaissent au moins de nom la Très-Sainte Vierge Marie, et la Croix. >
Le vicariat apostolique des Gallas et Sidapias isst de fpU'» dation récente ; il date de 1846, et Mgr Massi^ya est le premier missionaire qui Tait occupé, seulement depuis 1851. La population chrétienne du royanmie de Rafa descend d'anciens chrétiens abyssins que l'invasion dès Gallas au 8(9iziè;]ie siècle refoula 4^s ces contrées du Sud.
|S s* Vue rétrospective sur les conditions historiques et géograph^ei)
de TAbyssinie.;
Dans les circonstances où se trouve rAbyssioie, qpe 8a proximité de la mer Rouge va mettre procMinement en
l'abyssinie. notes historiques, 31
contact l^abituel avec l'Eiirope, un coup d'œil rétrospectif sur rorigîne de son organisation ne sera pas sans utilité.
A aucune époque de son histoire TAbyssinie n a eu la forte unité politique de nos mpnarchies européennes. La nature même fiu pays et les grands traits de sa configuration physique, en s' opposant à la fusion intime des divers éléments de sa population, n'ont jamais permis qu'un lien uniforme Ips rattachât également au pouvoir central. Un vaste plateau profondément accidenté, et qui, dans plusieurs de ses parties, est hérissé de montagnes difficilement accessibles, tel est l'aspçct le plus général de l'Abyssinie. Une énorme coupure au fond fie laquelle roulent les Qaux tor« rentueuses du Takazzé, et qui s'étend au cœur même du plateau dont elle occupe toute la largeur, y forme en outre une grande division naturelle qui s'est souvent changée en une limite politique. La partie du plateau située au nord du Takazzé, jusqu'à l'escarpement qui domine d'une hauteur de huit à neut mille pieds la plage étroite de la iner Rouge, se nomme le Tigré ; au sud du Takazzé, le nom le plus général du pays est celui d'Amhara.
Ces noms désignent ainsi non deux provinces particulières, mais deux grandes régions, deux régions entre lesquelles les dissemblances sont infiniment plus grandes que les affinités. A une époque inconnue^ mais très-ancienne, des colonies sorties de l'Arabie méridionale traversèrent le détroit qui sépare ici l'Asie de l'Afrique, gravirent les pentes qui conduisent au plateau, et s'établirent dans le Tigré à côté d'une population aborigène qu'elles soumirent ou refoulèrent. La langue que parlaient ces colonies se rattache de près à l'arabe, dont elle est un rameau; en Abyssiriie, oii elle s'est mêlée dans une faible mesure à l'idiome indigène, elle est connue sous le nom de ghèz. Le Takazzé en est la limite extrême. Les colonies arabes prédisposèrent cette pairie du plateau à une civilisation relative; aussi est-ce là
qu'on voit se former, à' une époque un peu antérieure à notre ère, un État qui, du nom de sa capitale, fut appelé le royaume d'Axoum,
Les liaisons commerciales et politiques qui s'établirent entre les Âxoumites et les Grecs d'Egypte, sous les derniers Ptolémées, puis qui se continuèrent sous les Romains et les empereurs de Gonstantinople, donnèrent à ce royaume, dans les cinq premiers siècles de notre ère, une certaine notoriété à laquelle contribua sa conversion à la foi chrétienne dans le cours du quatrième siècle. Les populations aborigènes de rAmhara reconnurent par la force des armes la domination des rois d'Axoum, mais elles ne participèrent que faiblement k la civilisation chrétienne des Axoumites. II en fut de même de la langue. Le ghèz y a marqué son empreinte à la surface, mais au fond l'ambaric est resté un idiome tout à fait différent. On peut remarquer en passant que c'est de cette diversité même des éléments de la population qu'est dérivé le nom actuel du pays. Habesch, d'où les Européens ont fait Âbyssinie, a en arabe le sens de peuples^ mêlés, exactement comme le Convenœ des latins.
Le royaume d'Axoum, à partir du septième siècle où finissent ses rapports avec les Byzantins, parcourt obscurément une période de huit k neuf cents ans à travers diverses révolutions. De la fin du quinzième siècle au commencement du seizième, l'Abyssinie eut à soutenir une guerre désastreuse contre les musulmans du pays d'Adel, c'est-à-dire de la contrée littorale qui avoisine le détroit de Bal-el^ Mandeb. C'est de cette époque que date la ruine d'Axoum, l'ancienne capitale. Les rois d'Abyssinie ont résidé depuis lors dans l'Amhara, où la nouvelle capitale , Gondar, a été bâtie vers le milieu du dix-septième siècle* Ce changement a eu, comme cela devait être, une heureuse influence sur la civilisation de l'Abyssinie méridionale.
Cependant ces territoires du Sud étaient désolés depuis longtemps déjk par d'autres invasions, celles des tribiis