LES GALLAS EN ABYSSINIE
Gallas, qui oni fini, après une longue période de dévastations, par donner un nouveau cours aux destinées de l^Abyssinie. Leurs premières incursions dans TAnihara datent du milieu du seizième siècle. A partir de cette époque, elles devinrent de plus en plus fréquentes, et elles s'y changèrentenfin en établissements permanents. Un grand nombre de Gallas ont pris ainsi des habitudes sédentaires, sans pourtant renoncer à la vie pastorale. Le temps amena de nouveaux rapports entre eux et les rois de Gondar. Plusieurs de leurs chefs furent revêtus de hauts emplois, soit près de la personne du Négous (c'est le titre impérial du souverain de l'Abyssinie), soit dans les provinces. Il y eut même des alliances plus directes; la mère du négous Joas, au milieu du dernier siècle, était une Galla. Il faut rappeler ces circonstances, parce qu'elles sont le point de départ de l'état de choses actuel.
Cette fortune inespérée k laquelle ils étaient arrivés suscita chez les Gallas une plus haute ambition. La faiblesse des derniers princes de la vieille dynastie n'y mit qu'une faible barrière. Sous le titre de Ras (sorte de lieutenant général du royaume), un chef galla, Ali, réunit dans ses mains, vers le premier quart du siècle actuel, toute l'autorité efi'ective de Tempire, tandis que le négous, honteusement relégué dans son palais de Gondar, y végétait dans un état de complet abandon. La vénération traditionnelle du peuple abyssin pour la race antique des négous prévenait seule un dernier excès, et maintenait ce fantôme de roi entre Ras-Ali et le trône.
£n même temps que l'usurpation s'accomplissait à Gondar, les provinces extrêmes se détachaient du pouvoir central. Il se fit un démembrement complet de Tempire. Le Tigré se rendit indépendaut sous Ras-Oubïé, et un autre chef habile, Sahlé-Sahlassi , se créa un royaume dans le Choa, grand pays montagneux du sud-est de TAmbara. Il exista ainsi trois États distincts dans ce qui avait été naguère
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Tempire des Négous. C'est dans cette situation que TAbyssinie a été vue, de 1830 à 1846, par les nombreux voyageurs qui l'ont visitée durant cette période. On n'a pas oublié les rapports que le gouvernement de Louis-Philippe tenta d'ouvrir, il y a vingt ans, entre le commerce de la France et Sahlé-Sahlassi. Tel fut Tétat des choses jusqu'à la fin de 1854.
Depuis lors, les événements se sont précipités, et tout a changé de face.
Le gouverneur d'une des provinces frontières, Dadiaz- Kassaï, avait inspiré des inquiétudes à Ras-Âli, qui prévoyait ou un rival ou un obstacle. Il essaya de s'en débarrasser par voies détournées. Ses machinations tournèrent contre lui-même. Kassaï, obligé de se défendre parla force, marcha contre le ras; une affaire décisive eut lieu entre les deux armées. Ras-Ali fut vaincu, et réduit à chercher un refuge parmi ses Gallas. C'était vers le milieu de 1853. Kassaï fut dès lors maître de l'Amhara ; mais bientôt une plus grande perspective s'ouvrit devant lui. Le négous venait de mourir; il s'agissait de lui donner un successeur.
Cette dignité souveraine , tout avilie qu'elle {fit depuis longtemps, gardait encore pour le peuple le prestige d'anciens souvenirs. C'était comme une grande ombre qui planait sur rÉthiopie démembrée, et en conservait l'unité nationale. D'ailleurs, la souveraineté de droit, dans une main vigoureuse, pouvait bientôt redevenir une souveraineté de fait.
Le vieux Oubïé y aspirait depuis longtemps dans le secret de sa pensée ; mais Kassaï, exalté par sa victoire récente, ne pouvait pas s'effacer sans lutte devant les prétentions du souverain du Tigré. Il sut habilement rattacher' à sa cause le chef de l'Église abyssine, et par lui tout le clergé, dont l'influence est très-grande : les armes ont Cait le reste.
La bataille de Debr-Eski, le 9 février 1855, décida du
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sort de TAbyssinie. Ila&-Oubïé vit son armée complètement défaite, et lui-même, blessé d'un coup de lance, tomba aux mains du vainqueur.
Le lendemain même de cette journée décisive, Kassaï se faisait couronner « empereur de toute TÉthiopie, » sous le nom de Théodore I*% qui inaugure une dynastie nouvelle.
Dans la langue officielle, comme dans la langue des lettrés, TAbyssinie porte encore la vieille dénomination grecque d'Ethiopie, Itiopia.
Bientôt après , Sahlé-Sahlassi éprouva le sort de Ras- Oubié, et, par cette dernière victoire, le nouveau négous a pu se dire en effet souverain de toute TAbyssinie.
Cette restauration de l'empire abyssin sera-t-elle durable? Il y a tout lieu de le croire. L'empereur Théodore a pour lui, avec le prestige de la victoire, la force qui domine les résistances et l'habileté qui les conjure. Cependant, au lendemain d'une triple révolution qui a brisé trois couronnes et donné un nouveau maître aux Abyssins, il devait rester dans le pays plus d'un germe d'opposition. Plus d'an soulèvement a éclaté, en effet^ en diverses parties de l'em * pire, et a plus d'une fois fait chanceler le nouveau pouvoir. Pour l'avenir de l'Abyssinie, et dans l'intérêt de nos futures relations, il est à désirer quej'autorité consolidée de Théodore mette définitivement un terme à Tétat d'anarchie qui a trop longtemps paralysé ce malheureux pays.
Quant k nous. Français, nos rapports avec l'Abyssinie sont de vieille date; la France en renouera sûrement la tradition. L'Abyssinie est un pays presque neuf encore pour le commerce, et où il y a d'immenses ressources à créer et à développer. Il y a beaucoup à en tirer ; à lui donner, plus encore. •
Le mouvement commercial dont la mer Rouge, en dépit de tous les obstacles, deviendra prochainement le centre, va rendre une vie nouvelle aux contrées riveraines, et
l'Abyssinie e&t une de celles qui ont le plus à gaguer h celte grande rénovai ion*
C'est surtout aux rapports que la communauté de croyance a établis ou maintenus entre elle et l'Europe que VAbyssinie doit la supériorité qu'elle conserve sur les autres royaumes africains. Ce que le christianisme et le commerce ont fait déjà pour rAbyssinie, c'est & eui encore à le développer. Ce grand et beau pays renferme des éléments de richesse et de prospérité intérieure à peine utilisés; dans son intérêt comme dans le nôtre, dans son intérêt intellectuel et moral aussi bien que dans son intérêt politique et matériel, c'est à nous de reprendre cette cause de civilisar tion. Il appartient aux nations de l'Europe moderne, et à la France entre toutes, de faire aujourd'hui pour VAbyssinie chrétienne ce que l'Egypte des Ptolémées a fait autrefois pour l'Ethiopie barbare. C'est quand il peut ouvrir la voie à d'aussi grands résultats que le commerce est le bienfaiteur des peuples.
BfVBIE.
13. D' G. ScHWEiNFURTu. Reiso an der Kûste des Rothen Meere-s von Kossêr bis Suakin (Voyage à la côte de la mer Rouge, de Koçeïr à Souakîn) ; Mârz bis Âugust 1864. Zeiischrift fur allg^ meine Erdkunde, t. XVIII, 1865, p. 131-160; 283-313; 321-384.
Journal presque exclusivement botanique. Quelques parties seront utiles pour l'étude physique do pays et pour l'orographie. Comp, !• précédent volume de VÀnnée géographique, p. 61, no6, et p. 62.
14. Du même voyageur : Das Land am Ëlba-und Soturba Gebirge^ oder der vom Bischarin-Tribus Âmmed-Gor&b bewhonte Theil der nûbischen Kûste, Màrz 1865. MiUheilungen de PetermanD, 1865, n** IX, p. 330-340 ; avec une carte du pays et d9 U montagne.
15. Du môme : Der Nil und das Baer'sche Gesetz der Uiéibttdiing,