NUBIENS
(lé Nil et la loi Baer de la formation des rives des fleuves)'. /Md., n» IV, p. 1*^6-128.
16. Karl Graf von Krockow. Keise von Suakin nach Kassala^ November 1864. Und., n» m, p. 104-106.
Sauf le court itinéiidre du comte de Krockow, d'où Toti peut tirer quelques particularités topographiques sur une ligne que peu d'Européens ont suivie, c'est au docteur Schweinfurth qu'appartiennent les informations les plus importantes que nous ayons reçues cette année sur la Nubie. Le docteur Schweinfurth est un botaniste, et ses notes se rapportent principalement k son étude favorite; mais, outre les rapports intimes de l'étude des plantes avec la géographie physique, le voyageur n'a pu se trouver au milieu des tribus à peu près inconnues d'une côte presque inexplorée, sans que son attention s'arrêtât sur leur aspect et leurs habitudes. Une partie de son mémoire sur le pays de l'Elba, Bibliogr. n"" 14 (l'Elba est une haute montagne de la contrée des Bichârîs, dans la Nubie orientale, qui domine la côte rocheuse de la mer Rouge aux environs du 22* degré de latitude), une partie de ce mémoire, disons- nous, est consacrée k ces tribus; c'est une intéressante addition à nos documents encore si incomplets sur l'ethnographie nubienne. Nous en traduisons les parties les plus neuves et les plus saillantes :
Je ne puis quitter ce pays sans donner quelques mots à ses habitants. Il est vrai que déjà, dans les notes de mon premier voyage, j'ai entremêlé çà et là des aperçus sur les Bichârîs, aperçus qu'il me faudra malheureusement ici répéter en partie, attendu qu'une seconde visite dans le pays n'a pas modifié mes premières impressions sur cette race inhospitalière et sauvage; j'espère néanmoins ne pas fatiguer le lecteur, en essayant de réunir en un seul tableau, encore bien incomplet, mes observations les plus sûres et les plus importantes.
Une question se présente tout d'abord : quelle place les Bichârts occupent-ils datis l'ethnographie générale? Pour ré-
pondre à cette question Capitale , il faudrait avoir passé au milieu d*eux de longues années, il faudrait posséder leur langue à fond, il faudrait, de plus, réunir les aptitudes et les talents du médecin et du philologue. Moi qui manque de toutes ces conditions, je ne puis émettre à cet égard que de simples conjectures, comme au reste tous ceux qui en ont parlé avant moi. Ici pourtant, comme en tout ce qui tient à Tétudede la nature, une certaine justesse de coup d'oeil et le sentiment des choses naturelles peuvent rencontrer parfois le point vrai. Selon moi, les aborigènes éthiopiens, auxquels se rattachent les Bichârîs. les Hadendoa, les Beni'Amer, les Habab; les Berbéris et les Ababdèh, les Foundjts, les Nouba (?), les Abyssins et une foule de tribus indubitablement de même sang comme autant de membres d'une grande famille, les aborigènes éthiopiens, dis-je, ne peuvent recevoir le nom d'Arabes, sous lequel un grand nombre d'écrivains les confondent un peu violemment, qu'en prenant le mot arabe dans le sens que lui donne l'usage vulgaire de ce peuple. Arab et Bedâoui sont deux appellations que les Arabes de l'Hedjaz appliquent indifféremment aux populations noires à cheveux longs de la Nubie. J'ai eu souvent occasion, durant mes courses dans la mer Rouge, de voir et d'observer non-seulement les Arabes d'un grand nombre de villes du littoral, mais aussi les soi-disant Bédouins de la côte africaine, et j'ai pu ainsi passer en revue les représentants de l'Afrique et de l'Asie : eh bien, j'ai toujours reconnu d'une race à l'autre les différences les plus frappantes. Ni les particularités de conformation physique, ni le caractère moral, ni le plus léger rapport dans les langues, ni enfin les souvenirs de l'histoire, ne nous autorisent le moins du monde à supposer qu'une grande immigration de tribus arabes se soit jamais répandue sur ces côtes.
Qu'appelle- t-on proprement Arabes? Qui connaît assez les divers habitants de l'Arabie pour oser affirmer que les habitants du moyen bassin du Nil sont leurs frères? N'est-il pas plus naturel d'admettre que les Arabes sont chez eux en Arabie, les Égyptiens en Egypte, les Marocains au Maroc, et ainsi des autres? Où a-t-on vu dans l'histoire qu'à l'exception des deux cent mille guerriers qui prirent des femmes là où ils en trouvèrent, l'Arabie ait jamais vu d'autres émigrations dans les temps modernes que celle de marchands isolés? Mais les Ëthiopiens sont plus anciens que les Pyramides, plus anciens qae toutes les traditions. Si peu nombreuses que soient les données