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NUBIENS

sur lesquelles on a pu asseoir jusqu'à présent Tétude comparée des dialectes éthiopiens, elles ont cependant conduit Brugsch à cette conclusion certaine ', que les langues ne révèlent aucun rapport entre les peuples de PArabie et de TÉthiopie, et que selon toute vraisemblance il faut chercher en Nubie même les restes d'une langue, dont l'écriture, conservée sur les monuments de Méroé, est malheureusement encore indéchiffrée.

Maintenant, que les Ëthiopiens soient ou non sortis de l'Arabie, c'est une tout autre question, de même que c'en est une autre encore de savoir si dans ces temps antiques les Arabes existaient déjà, ou s'il ne faudrait pas plutôt voir en eux un peuple d'origine plus récente. La très-haute antiquité du continent africain qui ressort d'indices évidents porterait à y chercher le berceau de l'humanité, plutôtqu'en Asie où Ton sent une vie plus récente. C'est là que le premier singe essaya d'agrandir la portée de sa voix, et qu'il osa franchir le pas décisif qui sépare le quadrumane de l'humanité.... Mais ceci nous conduit sur le domaine de la spéculation darwinienne.

Le Docteur, en effet, aurait fait sagement de s'abstenir d'un pareil argninent, qui gâterait les meilleures causes; mais nous revenons à notre Ethiopie.

Tous les voyageurs, sans exception, qui ont vu des Bichârîs, constatent avec étonnement la beauté de la race. Les Bichârîs surpassent sous ce rapport toutes les tribus avoisinantes, qui du reste leur ressemblent parfaitement sous tous les rapports essentiels de la configuration physique. Une nourriture presque exclusivement animale donne à leurs membres une plénitude musculaire qui ne se retrouve que chez les nations du Nord les mieux développées. Les jambes grêles de Berbarins ont chez les Bichârîs le même relief que chez les Européens. Étranger aux habitudes pernicieuses qu'entraînent avec eux les rapports des peuples commerçants (la seule passion du Bichârt est le tabac), vivant au sein d'une nature pauvre qui lui mesure 1 boire et le manger, habitué à supporter la soif et la chaleur en même temps que les fatigues de déplacements continuels, i acquiert à la fois la force musculaire, la souplesse des membres et la grâce naturelle qui le distingue sous la bande de toile blanche qui l'enveloppe à demi et qui est son seul vêtement.

1 . Voir le précédent volume de V Année géographique j p. 62, n*» 7.

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Un cou-de-pied d'une hauteur remarquable lui donne une grande élasticité du talon, un pas ferme et sûr et une habitude du corps élégante. Une chose dont on est frappé est la diversité de nuance de leur teint, qui varie depuis le briin noir le plus foncé jusqu'à une couleur légèrement cuivrée, qui rappelle le rouge plus foncé des Égyptiens. Quelques-uns paraissent comme tachetés de places alternativement plus claires et plus foncées. Je ne puis donner une meilleure idée de cette variété de tons et de reflets qu'offre leur peau, qu^en la comparant à la gutta-percha ou au bronze de nos statues modernes.

De quelque côté qu'on regarde un crâne bichâri, on le voit se dessiner sous la forme d'un ovale allongé. On retrouve chez eux, comme chez les Ababdèh, la dolichocéphalie la plus prononcée. La partie supérieure du crâne est fréquemment élevée au point que l'on croirait avoir sous les yeux une physionomie de la famille de Habsbourg. Le front, légèrement bontbé, tombe droit en une li^ne pleine de noblesse k partir du point où commence l'implantation des cheveux. La bouche est petite; bordée de lèvres minces, elle semble indiquer, comme chez les Anglo- Américains, l'aridité de Tair que l'on respire. L'ensemble de la physionomie est agréable, les yeux sont clairs et ouverts, les traits expressifs et mobiles. L'exposition continuelle au grand air, où Faction ininterrompue du vent et du soleil impriment au pourtour des yeux un mouvement perpétuel, donne à la figure des gens âgés l'apparence de vieux loups de mer dont la vie n'a été qu'une lutte contre les éléments. Si maintenant nous résumons ces aperçus, nous arrivons à la conclusion où m'a souvent conduit l'impression immédiate de mes premières comparaisons, à savoir, que l'ensemble de leurs traits caractéristiques rapproche les Bichârts beaucoup plus de nous autres Européens, que des Arabes, des Égyptiens et des autres peuples sémitiques. J'en dis autant des Ababdèb ; à Kosseïr, où Ton est tous les jours à même de comparer ces derniers avec les habitants de la vallée du Nil et avec ceux de l'Hedjaz, on croit à chaque instant reconnaître, sous le teint noirci de ces Nubiens du Nord, les physionomies connues dont le souvenir nous reporte vers la patrie.

La particularité la plus remarquable des Bichârts et des autres tribus de la môme famille est dans leur chevelure ; elle a été assez souvent décrite et figurée plus exactement que je ne pourrais le faire ici.

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On coniiaft, poHrsnit le voyftgenr, cette chevelure touStie qui forme ftntotir de la tête ttnbttissond'nn aspect si bizâTM. La chevelure joue daus toute la vie des Bichftrts un rôle fort important. Elle est pour eux, hommes et femmes, un objet de soins infmis; ils la disposent de vingt façons différentes, et les plus bizarres sont les plus recherchées. Les perru** quiers de Souakïn, qui est une vraie ville bichârî, ont dans ce genre autant d'imaginations extravagantes que les artistes de nos cités* On laisse peu de développement au reste du système pileux. Dans la force de T&ge seulement se montre une barbe médiocre, que Ton tient toujours soigneusement rasée jusqu'aux favoris, de sorte qu'une ligne nettement marquée dessine le bel ovale de leur visage. La lèvre supérieure est toujours rasée, à la différence des Ababdèh, qui portent pour la plupart la barbe pleine.

M. Schweinfarth n'a rien à dire de la langue, attendu qu'il s'est borné à recueillir les noms des plantes, qui se terminent en 6b et en U. U ne sait rien de bien clair sur les rapports sociaux. Dans un pays dont le sol propre au pâturage ne comporte aucun développement de population, les femmes ne savent guère ce que c'est que le luxe. Le peu d'entre elles que le voyageur a vues ne se distinguent pas des femmes ababdèh. Chez les unes comme chez les autres la curiosité remporte sur le décorum de leur sexe; du reste, ici comme à peu près partout, les jeunes sont jolies, les vieilles laides. L'autorité du chef parait assez faible, car dans une dernière excursion elle n'a pu protéger le voyageur contre les insultes de la tribu. On le voit souvent, k la vérité, remplir le rôle d'arbitre ; mais au besoin chacun se tire d'affaire du mieux qu'il peut, et le droit du plus fort est encore chez eux le meilleur droit.... Leur disposition belliqueuse, qui fut autrefois fort incommode à leurs voisins, et en particulier aux Ababdèh, a été à peu près matée par les mesures du gouvernement égyptien ; du moins n'entendon plus parler aujourd'hui d'hostilifés enire ces deux popu-

lations, entre lesquelles règne une haine profonde. L'Egypte a pris parti pour les Ababdèh, plus paisibles que leurs voisins du sud, plus honnêtes et relativement plus civilisés, et elle a donné à un de leurs cheïkhs la haute main sur tous les nomades tributaires répandus dans le désert de Nubie et le désert égyptien.

La connaissance de l'arabe est encore très-peu répandue chez les Ammed-Gorâb. A Souâkïn même, très-peu d^habitants le parlent couramment. LesBichârts se donnent pour bons musulmans, bien quMls ignorent la prière, qu'ils ne sachent pas quand c'est vendredi, et encore bien moins quand c'est temps de jeûne. Avoir bredouillé quelques sons inarticulés de la-la-la^ pour eux c'est avoir prié. Cette absence d'instruction religieuse, qui est la conséquence du manque d'éducation, ils cherchent à la remplacer par le fanatisme. Cette singulière manière de parler, très -habituelle chez les Ababdèh : Es-tu Ababdèh ou musulman? (c*est-à-dire Arabe ou Fellah), est chez eux tout à fait inconnue. Si dan^ mes courses je rencontrais des gens qui ne me tendaient pas précisément la main, ils m'abordaient d'habitude avec la phrase fanatique de l'islam, «Allah il Allah » etc., et les enfants près des tentes n'y manquaient jamais. Autant j'ai loué les qualités corporelles des Bichârîs, autant il me faut réprouver leurs dispositions morales. Je ne prétends pas porter sur le peuple tout entier un jugement absolu ; mais l'impression que m'ont laissée de leurs caractères ceux avec lesquels je me suis trouvé en rapport, est qu'il y a chez eux autant de défauts et de bassesse que j'ai trouvé d'honneur et de qualités chez d'autres Bédouins. Je les ai tous trouvés, sans distinction de classes, inhospitaliers, faux, dissimulés, méfiants par ignorance et parce qu'ils ne savent ce que c'est que de se fier les uns aux autres, et en6n quémandeurs au plus haut degré, sans même excepter ceux qui dans nos idées peuvent être regardés comme riches, car beaucoup de chefs de famille possèdent jusqu'à mille et deux mille chameaux ; sans l'ombre de sentiment d'honneur, faisant force promesses et n'en tenant aucune; avec cela curieux et bavards comme {de vieilles femmes, parlant beaucoup et faisant peu, avides, âpres au gain, voleurs même quand ils peuvent l'être sans danger. Bref, on peut dire d'eux que leur approche a autant d'agrément que les plantes épineuses de leur patrie.

17. E. Renan. Les antiquités et les fouilles de l'Egypte. Revue des DeuX'MondeSj l^.avril 1865, p. 660-689.

18. Jacques db Rouoé. Textes géographiques du temple d'Edfou* (haute Egypte). Revue archéologique y mai, septembre, novembre 1865.

19. Lady Dufp Gordon. Letters from Egypt, 1863-65. Lond. 1865, in-8-.

Ces lettres ont été très-bien accueillies par les journaux de Londren. C'est tout ce que nous en pouvons dire, n'ayant pas eu le yolume soos les yeux, et sachant d'ailleurs ce qu'il faut penser en général des éloges des journaux, ainsi que de leur silence.

20. Dottore Cav. Antonio Figabi Bey. Studii scienlifici sull' Egitto e sue adjacenze, compresa la penisola deir Arabia Petrea, con accompagnameuto di carta geografico-geologica. Lucca, 1864- 65, 2 vol. in-8".

21. Carte de la côte d'Êgjpte comprise entre F.l-Arisch et Damiette (Fubllcalions du Dépôt de la marine, chez Bossange), n"* 2142.

Pour compléter notre course géographique k travers le bassin du Nil, il nous reste à parler de TÉgyple ; ce sera pour nous une tâche d'autant plus agréable, que nous trouvons k signaler deux morceaux d'un Irès-grand intérêt, l'un pour la géographie archéologique, l'autre pour l'ancienne histoire.

$ l. L'archéologie dans l'histoire.

Le mémoire de M. Jacques de Rougé, fils de M. le vicomte de Rougé, notre profond égyptologue, et déjà son digne émule, est une importante contribution, comme on dirait en Angleterre, à Tétude géographique de la vieille

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Egypte. On sait que chez les Égyptiens l'histoire et les manifestations diverses de la vie publique étaient constamment placées sous Tégide de la religion ; c'est sur les parois des temples qu'on a retrouvé ces longues suites de représentations figurées, accompagnées d'immenses inscriptionSy qui sont restées pour nous les seuls souvenirs de l'histoire de la nation et de ses princes. Selon la nature des sujets représentés dans les peintures , des places différentes leur ' étaient réservées : à l'intérieuri les grandes scènes religieuses et les représentations symboliques; à l'extérieur, les vastes tableaux destinés k rappeler les glorieuses actions des rois. D'autres sujets décoraient les soubassements des temples. « A cette place se déroule souvent une série de personnages portant des offrandes, accompagnés de légendes hiéroglyphiques. M. Harris a rendu un véritable service à la science en découvrant le caractère de ces sortes de processions : ce sont des listes géographiques, c'est-à-dire des séries soit de nomes de TËgypte avec leurs divisions territoriales, soit de peuples et de pays étrangers, soit de canaux, etc. Chaque personnage porte sur la tête un groupe hiéroglyphique, qui se compose du nom du nome, delà ville ou du pays, écrit phonétiquement, avec un déterminatif montrant à quelle classe il faut le rapporter.... On comprend de quelle importance sont les renseignements fournis par ces listes; c'est avec leur secours que M. Brugsch a pu reconstituer la géographie de l'ancienne Egypte. »

La plus ancienne liste géographique connue aujourd'hui est celle que le roi Séti I" (15* siècle avant noire ère) fit sculpter sur les soubassements d'une des salles du temple d'Osirisk Abydos. M. Brugsch en a publié une partie dans sa géographie, et les dernières fouilles de M. Mariette ont dû mettre au jour le reste de la liste, en même temps cpi'elles ont amené la découverte d'une autre série géographique composée de plus de 160 personnages. D'antres séries importantes, également publiées par M. Brugsch, se

trouvent à Philœ, à Karnak et à Dendérah. Mais le temple (i'Edfou est celui qui apporte à la géographie de TÊgypte le plus grand nombre de documents; « on dirait que les prêtres ont voulu y résumer toutes leurs connaissances géogra* phiques. » Les soubassements de presque toutes les salles, et elles sont nombreuses, y sont ornés de listes de cette nature ; on n'y en a pas compté moins de vingt-sept. Ce sont ces listes que M. Jacques de Rougé a prises pour sujet de son étude, à la fois philologique et géographique. Sous ce dernier rapport, le seul qui appartienne quelque peu à notre compétence, ce savant travail sera d'un puissant secours pour la parfaite intelligence deslistee topographiques de l'Egypte. On y retrouve, avec une science déjà profonde, les qualités d'esprit et de méthode dont l'auteur a sous les yeux un si complet exemple, la pénétration, la sagacité, la prudence dans les conjectures, la clarté dans l'exposition.

Parmi les textes traduits par M. de Bougé, nous remarquons le suivant, qui appartient au règne d'un des Ptolémées : « J*établis les champs de l'Egypte pour durer à toujours devant Horus : en partant d'Éléphantine jusqu'aux limites de la mer, aah 12 700. » L'aaA, dit M. de Rougé en note, est le nom d'une mesure qui n'a pas encore été déter* minée ^ Il s'agit ici, selon toute apparence, d'un mesurage cadastral de TÊgypte, établi ou renouvelé. Les opérations de ce genre se répétèrent plus d*une fois en Egypte à partir des temps antiques. Un compilateur du cinquième siècle, Marcianus Capella, à propos de la célèbre mesure, exécutée par Eratosthène, de l'arc terrestre formant le méridien moyen de l'Egypte, parle (on ignore sur quelle autorité) d'une de ces opérations cadastrales accomplie sous un des trois premiers Ptolémées : Eratosthenes..,. per mensores regios Ptolemaei certm de stadiorum numéro redditus..** Jl ne serait sûrement pas impossible de retrouver le module

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