CHRONOLOGIE ÉGYPTIENNE
M. Renan qu'à l'exemple de M. Bœck, M. Mariette se prononce nettement et sans réserve pour les Dynasties successives. Il ne croit pas qu'à aucune époque plusieurs Dynasties aient régné simultanément en Egypte. Selon les calculs de M. Mariette, cette suite des Dynasties de l'ancien Empire conduirait aux environs de Tau 5000 pour l'époque de MénèSy chef de la première Dynastie et fondateur de l'Empire.
Nous ne voudrions pas qu'on nous accusât de présomption en soulevant des objections contre l'opinion d'un homme aussi parfaitement compétent, et à tant de titres, que le savant directeur du musée du Caire ; néanmoins il nous sera permis de faire remarquer que dans cette investigation chronologique de l'époque de Mènes, investigation d'un intérêt immense, puisqu'il ne s'agit de rien mx)ins que de retrouver la première date de l'histoire du monde, il est un élément dont il est impossible de ne pas tenir grand compte. Pour nous, cet élément est décisif. Il y a plusieurs années déjà que nous en avons signalé l'importance, et nous sommes d'autant plus autorisé à y insister de nouveau, que notre humble opinion peut s'appuyer d'une autorité bien autrement puissante en ces matières, celle du docteur Lepsius , l'illustre égyptologue de Berlin.
Il existe, en effet, un texte trop négligé, quoique bien connu, un texte simple, précis, parfaitement authentique, qui nous fait connaître Topinion de l'historien des Pharaons, ou plutôt l'indication mênle des annales sacrées dont il ne fut que l'interprète, sur la durée totale de la monarchie égyptienne. Un ancien extrait vulgairement connu sous la dénomination de VieiHe Chronique y que George Le Syncelle a reproduit dans sa Chronique universelle écrite à la fin du huitième siècle, renferme ce passage : « La durée des cent treize générations, réparties en trente Dynasties, que Manéthon a comprises dans ses trois volumes, lui donne un total de trois mille cinq .cent cinquante-cinq ans. *
Cette indication est, sous tous les rapports, d'une extrême importance. M. Bunsen, qui en a bien senti la portée , — et qui cependant, dominé par certaines vues théoriques uii nous n'avons pas à le suivre, en a retranché deux cent cinquante ans dans la date qu'il assigne au règne de Menés, — M. Bunsen, disons-nous, a montré, par d'excellentes raisons, que le chiffre rapporté par le Syncelle n'avait pu être inventé ni altéré par les chronographes chrétiens; car, d'une part, il est contraire à leurs propres systèmes sur l'âge du monde et la date du déluge ; et, d'une antre part, les raisonnements que Le Syncelle y ajoute constatent l'intégrité des chiffres. Disons de plus qu'il porte en lui-même sa pro* pre garantie. Cette durée de trois mille cinq cent cinquantecinq ans, au rapport de Manéthon, était remplie par centtreize générations, qu'il faut bien se garder de prendre pour cent treize règnes. Le terme grec gefieai ne comporte pas d'équivoque. Il est reconnu que trois générations équivalent, kpeu de chose près, à la durée d'un siècle; cette valeur moyenne de trente*-trois ans pour une génération a été vériiiée sur un grand nombre de généalogies. Or, les trois mille cinq cent cinquante «cinq ans, divisés par cent treize, donnent ici, pour chaque génération, trente et un ans et demi environ. Les deux nombres se contrôlent donc réciproquement, et prennent par là un caractère par&dtement historique. La distinction que fait l'historien égyptien entre les générations et les règnes est d'autant plus évidente, que si l'on additionne le nombre des princes énuméréa dans les tren tes Dynasties, on arrive à un total de trois cent quarante. Nous ferons remarquer, à ce sujet, qu'Hérodote, d après les prêtres de Memphis, dit que trois cent trente rois avaient régné sur l'Egypte depuis Menés. Hérodote visitait l'Egypte vers 448, dans le temps où l'Empire des Pharaons, quoique soumis aux rois de Perse qui s'y faisaient représenter par des vice-rois, avait encore, dans on coin du Delta, une famille du sang royal qui figure dans