Jules Labbe. Un mois dans le Sahara. Lille, 1865, in
35. J. H. BouRGUiGNAT. Malacologie de l'Algérie, ou histoire naturelle des animaux mollusques terrestres et fluviatiles recueillis jusqu'à ce jour dans nos possessions du nord de l'Afrique. Paris, 1865, grand in^", p. 314-372, avec 3 cartes (6* et dernier fascicule, chez Challamel aîné).
Kous inscrivons ici ce dernier fsscicale du grand et bel ouvrage de
L'AM2f£E GÉOGR. IV — ô
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M. Bourgoignat, à cause des cartes qu'il renferme et qui sont de nature à ne pas intéresser seulement les naturalistes. La première est une carte de l'Algérie (dont les formes générales sont bien aecusee» malgré la petitesse de Téchelle), qui montre d'une maoiàre saisissante, au moyen de teintes bien exprimées, quelles parties de l'Algéiie sont bien étudiées et bien connues (le trentième environ de la saperficie totale, en y comprenant le Sahara algérien), quelles parties ne sont connues que d'une manière incomplète et superficielle, quelles parties sont autant dire inconnues. Quoique cette répartition soit faite essentiellement en vue de l'étude naturelle du pays, elle n'est guère moins vraie au point de vue géographique ; ce serait un bien utile et bien curieux travail scientifique, qu'un travail analogue étendu à la carte du Monde. — La deuxième carte de M. Bourguignat intéresse directement Ttiistoire physique de nos provinces algériennes ; elle distingue très>clairement les cinq zones malacologiques de l'Algérie, zones parallèles entre elles et à la côte :1a zone littorale, le Tell ou pente nord du Plateau, les hautes plaines, la zone montagneuse du Sud ou pente méridionale du plateau ; enfin, la plaine saharienne. La troisième carte est destinée à figurer l'état hypothétique de la Méditerranée occidentale et des parties adjacentes de 1 Atlantique à des époques antérieures à l'histoire de l'homme, d'après les indices qui se tirent de la paléontologie. Ceci n'appartient pas à la compétence géographique.
36. Revue africaine^ journal des travaux de la Société historique algérienne. Alger, 1865, in-S"*, 6 cahiers, 408 pages.
Les principaux articles de Tannée 1865 sont les suivants :
Notice sur les dignités romaines en Afrique (S* siècle d^ J.-C), par E. Boche ^suite). N"* de janvier, mars, mai, juillet, septembre.
Expédition du comte O'ReilIy contre Alger, en 1775 (traduit de l'espagnol par M. Adr. Berbrugycr.) Janvier, mars, juillet, noTembre.
Miliana, par M. Berbrugger, Janvier, mars, novembre.
Épitaphe d'Ouzoun Hassan, le conquérant d'Oran en |17M, par M. A. Berbrugger. Mars.
Notice sur les ruines romaines de l'Oued Chaïr, par le D' Reboud. Mars et maL
Situation religieuse et politique de la Mauritanie kura de la grande révolte berbère, à la fin du troisième siècle, par M. Bwbrugger, Mai et septembre.
Le fort de Cherchell, par le même. Mai.
Le dieu Manus Draconis, par le même. Mai.
Mers^l-Kebir -, traduit de l'espagnol de Suarès, par ▲• Berbrugger. Juillet et septembre,
Épigraphie numidique, inscriptions transmises par le D' ReboméU Par M. Berbrujger. Juillet.
Notices sur l'histoire et l'administration du beylik de Titeri, par MM. Fidermanu et Aucapitaine. Juillet.
Épigraphie d'Auzia, par M. Berbrugger. Juillet et septembre.
Communications épigraphiques de M. J. Roger, conservateur da masée archéologique de Philippeville. Septembre.
Siège de MeliUa par les Marocains à la lin du diz-septièma siècle Septembre.
Le Vétéran numismate, par M. de Liiotellerie, Septembre.
Siège d'Aïn-Madi parel-Hadj Abd el-Kader (avec une pL) NoiremhM.
Raines du marabout de Sidi Abd el-Kader, sous Miliana (Affreville), par M. ^^r6r«gfâf«r. Novembre.
Chronique, variétés, etc.
7. Recueil des notices et mémoires de la Société archéologique de la province de Constantine, 1865. Constantine, 1865, in-8', xxiv-192 pages, avec 11 pi.
Le volume contient les morceaux suivants :
Sur quelques animaux attribués ou refusés à la Libye par Hérodote ; par le D*^ A. Judcu.
Note sur les vestiges de Taqueduc romain venant de Toudlja à Bougie, par M. Melix.
Notice sur les canons de la Kalaa des Beni-Abbès, par M. É. Vayssettes.
Note sur les travaux hydrauliques romains exécutés à Tubusuptus (Tiklat) ; par M. Malix,
Expédition du comte 0*Reilly contre Alger en 1775, par M. L. Féraud.
Lettre sur trois inscriptions romaines recueillies dans le cercle de Bordj Boû'Areridj, par M. Payen,
La prise d*Alger en 1830, d'après un écrivain musulman ; par M. Féraud.
Notice sur les fouilles d'el-Mengoub, par M. le capitaine NeîtneM,
Lettre sur une inscription arabe, par M. Ch. Dolly.
Notice ethnographique sur l'établissement des Arabes dam la province de Constantine, par M. H. Aucapitaine.
Inscriptions funéraires recueillies i Constantine et dans la banlieue par M. J. Marchand,
Notes sur Hadjar-T*seldj, K'sar Takkouk et Aîn el Rhettat, par M. Chabassière.
Résumé historique sur Bougie, par M. Masselot.
38. D'^A. Warnier, médecin militaire en retraite, membre de la Commission scientifique de TAlgérie , ancien directeur des affaires civiles de la province d'Oran. L'Algérie devant l'Empereur, pour faire suite à l'Algérie devant le Sénat et à l'Algérie devant l'opinion publique. Paris, octobre 1865, in-8, xu- 328;pages.
Le début de cet écrit en fait connaître l'objet et l'esprit.
• Un isénatus-consulte vient d'octroyer le bénéfice de la nationalité française aux indigènes de l'Algérie, musulmans et Israélites, et de rendre plus grandes les facilités de la naturalisation aux Européens étrangers qui entrent pour une part notable — les deux cinquièmes — dans le chiffre de la population coloniale.
« Ce sénatus-consulte est un indice nouveau et plus précis de la volonté de l'Empereur d'assimiler l'Algérie i la France, et de préparer les voies à une annexion qui tôt ou tard fera de la coionie une France trans-méditerranéenne, comme la Corse est une France insulaire.
« Cette interprétation de la pensée initiatrice du souverain, conforme d'ailleurs aux promesses de son voyage et aux aspirations éclairées de la colonie et de la métropole, m'amène à examiner quels obstacles chacun des trois éléments en présence sur le sol algérien, les indigèneSf les colons et Varméif opposent à rasslmilation progressive, et
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quelles sont les meilleures mesures à adopter pour hâter le moment où toute réeistance vaincue, l'annexion deriendra possible. •
Le D' Wamier est assurément un des hommes qui connaît le mieux l'Algérie i c'est assez dire qu'en dehors de tout système et de toute polémique son livre ne peut être qu'éminemment instmetif.
39. Lettre sur la politique de la France eQ Algérie, adressée par I'Empereur au maréchal Mac-Mahon, duc de Magenta^ gouverneur général de T Algérie. Paris, 1865, petit in-4% 85 pages.
S 1. Etudes et travaux scientifiques.
L'année 1865 marquera dans l'histoire de l'Algérie; elle aura sur ses destinées une influence décisive.
Ce ne sont pas cette fois les travaux scientifiques qui laisseront leur cachet à cette année mémorable ; ce sont les grandes mesures politiques nées de l'initiative souveraine, mesures accomplies ou préparées qui vont créer pour le pays une nouvelle ère coloniale.
La science n'a pas été stérile, cependant. Nous ne parlons pas de la récolte habituelle de vieux débris et d'inscriptions romaines qui récompense périodiquement la recherche persévérante des archéologues, recherches dont s'alimente la double publication des sociétés de Gonstantine et d'Alger (n°* 36 et 37), et au milieu desquelles se rencontrent çà et là des textes utiles à l'ancienne histoire de la colonie et à sa géographie comparée. Un travail d'une autre nature mérite une mention toute spéciale: c'est la belle étude physique de M. Mares (n** 31), étude poursuivie depuis nombre d'années et qui a pour résultat, au moyen de longues séries d'observations barométriques relevées avec des précautions jusqu'à présent inusitées, de fournir les éléments de coupes hypsométriques à travers les trois pro-' vinces algériennes, où se dessine le relief exact du sol entre la mer et le désert.
Nous avons déjà fait connaître l'an dernier, d'après les communications faites par le D' Mares à l'Académie des
sciences, les points importants de ce grand travail. (Voir notre volume précédent àeVAnnéCy p. 92, n° 31, et p, 94); nous avons ici le mémoire tout entier, avec les coupes graphiques qui en rendent les résultats sensibles à l'œil en ce qui touche aux formes générales du pays. M. Mares expose par quel ensemble laborieux d'observations, de calculs et de corrections il est arrivé adresser ses listes d'altitudes; il s'attache particulièrement h. justifier les bases sur lesquelles repose le chiffre de 125 mètres auquel il s'est arrêté pour l'altitude de Biskra, chiffre qui est devenu en quelque soi'te la pierre angulaire de tout l'édifice. Dans Tétat de la science météorologique, cette discussion est des plus instructives. Nous en reproduisons quelques passages.
Nos trois voyages, dit le savant observateur, ont toujours eu lieu au printemps, de la fin de mars au milieu de juin. A cette époque, la température est modérée sur le littoral, et en avril et même en mai on peut éprouver encore des froids intenses sur les hauts plateaux : au contraire, Biskra, par sa position continentale au pied des hautes montagnes qui le protègent contre les vents froids du nord et laissent un libre accès à tous les vents du sud, est un des points les plus chauds du monde en été. Ainsi, dans cette saison, la moyenne de la température dépasse de 10 degrés celle d'Alger, tandis qu'en hiver la moyenne est à peu près la même dans ces deux points (i^rmuatre (le la Société météorologique^ t. II, p. 8 et 188). Il doit donc y. avoir un moment où l'augmentation rapide de la température produit un abaissement considérable dans la pression générale à Biskra, abaissement qui doit se traduire par un résultat beaucoup plus élevé pour l'altitude de cette oasis lorsqu'on la calcule dans la saison chaude.
Nous ne possédions d'abord que les trois mois d'avril, mai et juin 1858, observés avec soin par M. S chmith, pharmacien militaire à Biskra, à Taide d'un baromètre Gay-Lussac dont nous avions observé la marche comparative avec les nôtres. Ces observations nous avaient donné une altitude moyenne de IkS mètres pour Biskra (136 observations, du 7 avril au 18 juin). En calculant les observations du k au 10 et du 12 au 16 juin, dont les courbes se suivent exactement entre Biskra et Alger, j'ai trouvé par les premières 174 mètres et 161 mètres par les se-
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70 AFRIQUE. (n^ 27-39)
condes. Il était intéressant de connaître les résultats que donnerait le calcul d'observations prises en différentes saisons. J'ai pu faire ce travail dans ces derniers temps, grftce à Tobligeance de M. Henri Duveyrier et de M. Colombo, instituteur à recelé arabe de Biskra. Voici ce qne nous avons obtenu avec les matériaux en notre possession :
Novembre 1861 105 mètres P *® •
Décembre 1860 95 F*»
Janvier 1861 100 F ••
Février 1861 108 F"
Mars 1861 118 F *•
Avril 1858. |jr^^^°^^^^^;^5J 145 F«
Mai 1858 i55 F ••
Juin 1858 155 F ««^
Ce tableau indique le minimum au mois de décembre; c'est précisément dans ce mois que M. Renou indique le minimam de la température à Biskra. Nous voyons aussi en avril un changement considérable qui semble se limiter ensuite et garder un équilibre régulier; tout cela est d'accord avec ce que le raisonnement semblait faire prévoir, mais il ne faut pas oublier que ces résultats ne sont obtenus qu'avec les observations trop peu nombreuses, prises sur trois années incomplètes. Or, dans ce long travail de nivellement, nous avons trouvé de tels faits de coïncidences, que nous considérons comme absolument nécessaire d'avoir des documents beaucoup plus nombreux s* étendant à plusieurs années, si Ton veut avoir des résultats certains en ce qui touche l'influence réelle de la saison chaude. Toutefois, les résultats que nous présentons nous paraissent suffisants pour établir Faction générale de cette influence d'une manière incontestable.
Si nous faisons la moyenne des altitudes trouvées dans les huit mois dont nous avons donné le tableau, nous obtenons 125 mètres.
M. Mares entre ici dans un autre ordre de considérations, Tintluence variable des vents; c'est un élément dont il a été
1. F signifie barom. Fortin, — le chiOre exposant indique le nombre
des observations (}ui ont servi au calcul.
tenu grand compte en raison de la pression différente que les vents exercent sur la pression barométrique, selon leur direction et leur intensité.
Âpres avoir donné la listé d'altitudes que notre eJLtrait de l'année dernière à fait connaître, M. Mares ajoute :
Nous ferons observer encore une fois, car en ne saurait trop le redire, que ces chiffres ne sont qu^approximatifs, et que plusieurs d'entre eux pourront être sensiblement modifiés par le nivellement au niveau d^eau, le seul qui, bienfait, peut donûer un résultat dont l'exactitude soit certaine.
Lors()u'on fait des observations barométrit^ùes sitisultaliées entré deux points, on suppose qu^on est placé dans des conditions identiquement semblables à celles des plateaux de deux balances dont les mouvements auraient été rendus solidaires les uns des autres. A courte distatcé, dans de bonnes conditions climatériques, deux bons baromètres à taercure se suivent, en effet, d'une manière presque absolue; mais dès que l'on s'éloigne, dès que les conditions météorologiques changent, la solidarité des mouvements disparaît en partie.
L'étude des bourbes présente souvent des faits de ce genre» qui prouvent combien des obsefvatiotls isolées peuvent donner de fortes erreurs Sans qu*il soit possible de s'en rendre compte. C^est ainsi que M. Fournel a pu trouver 75 mètres, dans le mois généralement agité de mars, tandis que par des observatîonfe de juin, faites dans d'excellentes conditions apparentes, j'obtenais 174 mètres. Dans le premier cas, les observations de M. Fournel étaient probablement faussées pài* des perturbsttions momentanées, setnblables à celles que j'ai citées plus haut et qui ne se sont pas compensées. Dans le deuxième cas, mes observations, à leur tour, ont été faussées par une pression moyenne trop forte et permanente, étabUe pendant la saison chaude.
M. Ch. Martins, qui est de retour depuis peu d'un voyage dans la province de Constantine, nous fait espérer qtie le nivellement au niveau d'eau entre Philippeville et le Chot Melghlr' va bientôt être entrepris par Tétat-major. Nous le désirons bien vivement, et, en dehors de toutes les autres considérations utiles qui se rattachent à ce beau travail, il he sefa peut-être pas sans intérêt de pouvoir reconnaître enfin, d'après des bases sûres, la vérité des résultats obtetlus à diverses reprises par le
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baromètre, et la valeur des corrections apportées par les deux méthodes que j'ai employées.
En laissant de côté la préoccupation d'une exactitude parfaite, nous pensons que nos chiffres donnent certainement une approximation assez bonne, pour que les considérations auxquelles ils pourront donner lieu ne puissent être changées par les rectiûcations qu'ils pourront avoir à subir plus tard.
Nous citerons encore le passage suivant sur la configuration générale et le relief de l'Algérie dans la province de rOuest:
M. Renou, dans la première partie de la Géologie de TAlgérie {Explorât, scient, de V Algérie^ 1848), et plus tard dans le tome II de notre ^u^/efm, a donné, sur la constitution physique de cette contrée et sur le climat de ses différentes régions, des considérations remarquables par leur justesse et leur vérité. Le nivellement que j'ai l'honneur de voua offrir ne fait qu'en confirmer l'exactitude, en précisant mieux la hauteur de divers points peu connus ou complètement inexplorés à l'époque où notre savant collègue publiait ses travaux. En complétant le nivellement des provinces d'Alger et de Constantine par celui que nous avons déjà donné pour la province d'Oran et des hauts plateaux du Maroc {Annwiire de la Société mctéor, de France, t. y. p. 172), il est facile de se rendre compte de la configuration exacte du sol dans cette partie de l'Afrique septentrionale ; dans le Maroc surtout, l'altitude moyenne des hauts plateaux atteint l'énorme chiffre de 100 à 1300 mètres vers les 5« et 6« degrés de longitude ouest. — Plus loin vers le sud, on rencontre les plaines du grand Sahara qui s'abaissent en pente douce et régulière jusqu'au point où nous les avons parcourues, c'est-à-dire jusqu'à 300 kil. environ au sud du dernier relief montagneux qui les limitent au nord et les séparent nettement des hauts plateaux. La direction générale et l'altitude moyenne de cette dernière chaîne est bien indiquée par Batna, Djelfa et Géry ville, que les plus hauts pics voisins dominent de 3 à 500 mètres environ. La hauteur considérable de ces postes et des premières oasis du grand désert sur la ligne d'el-Abiod Sidi Cheik,Brizina et Laghouat,nous permettra de comprendre sans étonnement les froids relatifs qui régnent en hiver dans ces divers points.
A Laghouat, au pied des montagnes du petit Sahara, M. Re-
boul a vu, le 20 février 1854, « les têtes des palmiers ployer sous le poids de la neige qui dura une demi-journée, t Elle est tombée d'autres fois encore depuis 1855. Les Français ont essayé d'introduire les orangers et les citronniers dans cette oasis, mais ces arbres n'y prospèrent pas et meurent souvent', frappés par le froid. On sait, en effet, que ces espèces ont besoin d'un climat bien plus égal que le dattier, qui supporte impunément des froids plus intenses, mais ne peut mûrir ses fruits que sous des chaleurs torrides.
Tous ces faits n'ont rien qui doive nous étonner, si nous réfléchissons à la position continentale de ces oasis, à leur altitude générale» et à la persistance des vents de N 0 pendant Thiver.
Mais en été la scène change, les vents généraux du sud deviennent dominants, et apportent cette chaleur, cette sécheresse, qui imprime un cachet d'aridité particulier à tous les pays qui bordent le grand Sahara. Leur altitude ne peut les soustraire complètement à l'action brûlante du sirocco.
Le grand travail géodésique destiné k refaire la carte de TAlgérie se poursuit activement, nous le croyons du moins; mais nous n'avons k ce sujet aucun renseignement positif. Le dépôt de la Guerre, de qui ces travaux relèvent, ne livre rien à la publicité.
S 3. OoTrages géncranx.
Le Tableau de la situation des établissements français de l'Algérie pour 1863, publié à la fin de 1864 (n^* 27) ne contient aucune notice historique ou scientifique en dehors des éléments statistiques; ces éléments eux-mêmes, qui se résument en de vastes tableaux de chiffres, ne prennent une signification vivante que lorsque la pensée qui les groupe et les interroge en fait sortir les enseignements que le signe muet recèle. C'est ce que M. Jules Duval a fait avec une science profonde du: sujet et une habileté magistrale, dans un travail d'ensemble auquel il a soumis la totalité des Rapports administratifs, — dix-sept gros volumes in-4*,—
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où radministration expose annuellement, depuis 1838» le •développement progressif de notre établissement algérien. Rien de plus clair, de plus complet, de plus instructif, n'a jamais été écrit sur notre colonie ; Thistoire, Tadministration, la progression coloniale, les cultures et Tindastrie, toute la, vie intérieure du pays, l'accord ou le conflit de ses divers éléments, sans oublier, point important et trop négligé, rinfluence qu'y exercent les faits naturels de la configuration, des zones et des climats : M. Jules Duval n'a rien oublié ni rien omis. Nous voudrions pouvoir citer tout son résumé historique ; nous nous bornons aux considérations qui le terminent.
Il serait digne du ministère de la guerre d'introduire dans un des prochains volumes le relevé, aussi exact que possible, des hommes morts et des sommes dépensées depuis 1830 jusqu'à nos jours. Si élevées et affligeantes que seraient ces pertes, la vérité connue vaudrait mieux que les hypothèses excessives que se permet le dénigrement. Le chiffre de cent mille hommes tués par Tennemi ou par les maladies, celui de deux milliards* de dépenses, ne sont peut-être pas très-éloigués de la réalité; à les rapprocher de ce qu'ont coûté les guerres de la rëyolution et du premier empire, et plus près de nous celles de Crimée, d'Italie et du Mexique, on reconnaîtrait que la conquête de TAlgérie supporte aisément la comparaison avec les autres entreprises militaires de notre siècle. Et elle y gagne singulièrement, si Ton tient compte des compensations : la Méditerranée purgée de pirates, la liberté assurée du commerce maritime, trois grands ports, Mers-el-Kébir, Alger, Bougie, acquis en
1. 11 est d'usage de porter cette dépense de 3 à 4 milliards, mais c'est une exagération. Le consciencieux auteur des Annale* aigé' rienneSy M. E. Fellissier de Reynaud, constate par les chiffres ofRciels (2' étliiinn, 3" volume, p. 234 et 374), qu'au 1" janvier 1854 la dépense totale s'élevait, déduction faite des recettes, à 1 milliard 300 millions environ : pour atlcindro douze ans après, le chifTre de 2 milliards, il faut admettre une dépense annuelle de 58 miUions, ce qui esc la moyenne. A déduire, comme on doit le-fiiire, non-seulement l«s revenu?; du trésor, mais les hénéficcs du commerce, la conquêt« et l'Algérie a cuùlr, au bout de trente-cinq ans, 14 à 15 cenls millions au plus.
face de Toulon et de Marseille, et çontre-balançant Gibraltar et Malte; la France continentale doublée en étendue, accrue en puissance militaire, en forces productives et en relations commerciales ; ujie vaste carrière ouverte au génie de la colonisation , en un mot le prestige et la considération que donnent à un grand peuple une mission d'humanité courageusement accomplie, une œuvre de guerre exécutée avec héroïsme, une œuvre de paix conduite avec persévérance, un peuple vaincu, régénéré par ses vainqueurs : ce sont là de§ titres que peuvedt invoquer bien peu de conquêtes, et que l'Algérie a droit d'opposer à ses détracteurs.
Rien de plus intéressant, et de plus neuf à beaucoup d'égards, que les aperçus que l'auteur présente « sur les causes de l'emplacement des centres de population. » C'est un chapitre de géographie à la fois historique et naturelle, qu'aucun traité de Géographie générale n'a jamais touché. « L'Algérie nous offre une rare et précieuse occasion de prendre sur le fait la naissance des fermes, des hameaux, des villages, des bourgades, des cités; de scruter les éléments qui les suscitent, et ceux qui les secondent ou les contrarient. Dans ce mouvement de création , tantftt officiel, tantôt spontané, ou recommence l'histoire primitive de l'humanité; les linéaments de la formation des familles, des cultures et des sociétés se dessinent avec une précision et une régularité qui révèlent l'action des lois naturelles.... >
S 3. L'histoire coloniale dans sa phase actaelle.
A aucune époque l'Algérie n'a été d'une manière aussi nette, aussi vigoureuse, l'objet des préoccupations les plus sérieuses du gouvernement. Le sénatus-consulte du 22 avril 1863, destiné à hâter la transformation de la race arabe en préparant le passage de la vie pastorale à la vie agricole, a inauguré un système tout nouveau d'administra^ tion, que doit compléter un grand ensemble de mesures
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émanées de la même pensée. Au mois de février 1865^ le Tableau de la situation de l'Empire résumait en ces termes rétat politique et moral de nos provinces algériennes :
En troublant la sécurité générale, les événements dont T Algérie a été le théâtre ont nécessairement réagi sur la situation écoDomique da pays, et l'on a dû s'occuper activement des dispositions à prendre pour ranimer la confiance, ramener le calme dans les esprits, assurer enfin à notre établissement colonial la protection sans laquelle il ne saurait s'affermir et se développer.
Le gouvernement a jugé le moment opportun pour introduire dans Torganisation administrative des améliorations dont Texpérience avait fait sentir la nécessité. Le décret du 7 juillet 186(i a substitué au double pouvoir qui se partageait Tadministration des populations un pouvoir unique et fortement constitué entre les mains des généraux, devenus désormais, dans chaque province, les délégataires de Tautorité centrale. Sous régide de ce pouvoir, les Européens et les indigènes sont soumis à un régime administratif approprié et à Tétat de leur civilisation, et à leurs mœurs, mais que dominent Tunité de vues et l'unité d'action nécessaires pour préparer le rapprochement des deux races :
Aux Européens, les institutions civiles de la métropole, se développant à mesure que la population s^accroît et que les intérêts civils pénètrent dans le cœur du pays arabe; Tautorité des préfets raffermie et maintenue; les juridictions régulières substituées aux juridictions exceptionnelles ;
Aux indigènes, l'administration forte et tutélaire de Tautorité militaire qui a mission de préparer Tavénement du régime du droit commun.
L'application du sénatus-consulte du 22 avril 1863 a commencé déjà dans les tribus Tœuvre de régénération que poursuit le gouvernement. La constitution de la propriété dans les territoires occupés par les Arabes sera le plus puissant levier do la transformation qu'il s'agit d'accomplir, et c'est vers ce but que tendent tous les efforts. Presser partout où cela sera possible et sans danger Tappropriation individuelle du sol, faciliter l'introduction des immigrants en proclamant la liberté des transactions, ouvrir des périmètres de colonisation sur tous les points favorables à l'expansion de l'activité européenne, solliciter vivement l'initiative individuelle, encourager Tasso-
dation des intérêts pour développer la production, provoquer le concours des capitaux privés pour l'exécution des grands travaux d'utilité publique, éveiller enfin les sentiments de mutualité et de solidarité parmi les éléments divers qui sont appelés à féconder par le travail cette terre d^Algérie si généreusement dotée par la Providence : tel est le programme qui a été donné à l'administration nouvelle, et elle mettra son honneur à le remplir.
Une longue et solennelle discussion , dans la Chambre des députés d'abord^ et ensuite au sein du Sénat , était de nature à fortifier les idées contenues dans ce programme ; néanmoins des controverses s'étaient élevées, et quuelques nuages planaient encore sur des questions d'application. L'Empereur, selon son habitude, a voulu voir par ses propres yeux. Son voyage à travers l'Algérie (de mai à juin) n'a été qu'une longue et sérieuse étude. Les résultats ne s'en sont pas fait attendre ; ils forment le sujet de la Lettre au gouverneur général de l'Algérie, publiée le 3 novembre (n° 39), après avoir été soumise à une mûre élaboration. Cette lettre restera conmie un des documents les plus remarquables de notre époque. Les grandes vues et les fortes pensées qu'elle renferme n'appartiennent pas seulement à l'histoire de l'Algérie ; elles laisseront une trace * profonde dans l'histoire coloniale des temps modernes.
Nous en citerons quelques passages caractéristiques.
La France possède TAlgérie depuis trente-cinq ans : il faut que cette conquête devienne désormais pour elle un accroissement de force, et non une cause d'affaiblissement.
Sous tous les gouvernements qui se sont succédé, et même depuis rétablissement de l'Empire, près de quinze systèmes d'organisation générale ont été essayés, Tun renversant l'autre, penchant tantôt vers le civil, tantôt vers le militaire, tantôt vers l'Arabe, tantôt vers le colon, produisant au fond beaucoup
1. Il faut signaler dans cette discussion de la Chambre élective le discours du général Âllard, commissaire du Gouvernement, séance du 12 avril.
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de trouble dans les esprits et fort peu de bien pratique. Il s'agit aujourd'hui de substituer raction à la discussion. On a bien assez légiféré pour TAlgérie.
Pénétré de cette pensée, j'ai mis par écrit le résultat des observations recueillies pendant mon voyage. Je n'ai point la prétention d'inaugurer un système nouveau. Je me propose seulement de trancher quelques questions fondamentales, de les écarter à jamais de la controverse, et de tracer en même temps un programme qtii se compose presque exclusivement de règles de conduite à l'adresse des adniinistrateurs de tous les degrés.
Mon programme se résume en peu de mots : gagner la sympathie des Arabes par des bienfaits positifs, — attirer de nouveaux colons par des exemples de prospérité réelle parmi les anciens, — utiliser les ressources de TAfrique en produits et en hommes; — arriver par là à diminuer notre année et nos dépenses.
Deux opinions contraires, également absolues, et par cela même erronées, se font la guerre en Algérie. L'une prétend que Texpansion de la colonisation ne peut avoir lieu qu'au détriment des indigènes; l'autre ne peut sauvegarder les intérêts des indigènes qu'en entravant la colonisation.
Réconcilier les colons avec les Arabes, en ramenant les uns et les autres dans la voie tracée par ma Lettre du 6 février 1863; prouver par les faits que les derniers ne doivent pas être dépouillés au profit des premiers, et que les deux éléments ont besoin de se prêter un concours réciproque : telle est la marchera suivre. Les Européens doivent servir de guides et d'initiateurs aux indigènes pour répandre chez eux les idées de morale et de justice, leur apprendre à écouler ou transformer les produits, réunir les capitaux, étendre lé commerce, exploiter les forêts et les mines, opérer les dessèchements, faire les grands travaux d'irrigation, introduire les cultures perfectionnées, etc. Les indigènes doivent seconder l'établissement des Européens, afin de trouver chez eux l'emploi de leur maind'œuvre, le placement de leurs récoltes, de leurs bestiaux, etc.
Quand cette pensée aura été bien comprise et énergiquement appliquée, l'intérêt mutuel fera peu à peu, je l'espère, disparaître les antipathies.
Parmi les mesures suggérées par la Lettre impénale, nous
notons les suivantes :