ALGÉRIE. NOUVELLE PHASE COLONIALE
Pour les Arabes :
Déclarer que les Arabes sont Français, puisque TAlgérie est territoire français, mais qu'ils continueront d'être régis par leur statut civil, conformément à la loi musulmane; que, cependant, les Arabes qui voudront être admis au bénéfice de la loi civile française seront, sur leur demande, sans conditions de stage, investis des droits de citoyens français. ' Proclamer Tadmissibilité des Arabes à tous les emplois militaires de l'Empire et à tous les emplois civils en Algérie.
Exécuter loyalement le sénatus -consulte en respectant les droits acquis des Arabes.
Établir des registres de l'état civil aussitôt que les douars auront été constitués en communes et que les djemmaas seront organisées.
Restreindre les réserves forestières, les reviser de manière que les Arabes ne soient pas privés du seul moyen qu'ils aient de faire paître leurs troupeaux.
Entourer de quelque solennité officielle la célébration des grandes fêtes musulmanes.
Dans le territoire civil, convertir en un impôt unique, et fixe une fois pour toutes, les diverses contributions dues à la commune pav r Arabe admis dans un centre européen.
Créer à Alger une école supérieure pour les études de la législation musulmane.
Développer l'instruction publique musulmane dans les communes du territoire civil comme dans les villes. Suivre l'exemple de Cherchell, où les enfants des deux cultes fréquentent les mêmes écoles.
Réorganiser les écoles supérieures musulmanes.
Propager la vaccine; donner des consultations gratuites; créer des infirmeries indigènes dans les cercles où il n'existe pas d'hôpital; attacher à chaque bureau arabe un médecin pour donner des soins aux tribus.
Réunir en un lieu distinct les indigènes condamnés aux travaux forcés, le contact des condamnés européens achevant de les pervertir.
Recommander à toutes les administrations de se défaire des formes brusques et souvent méprisantes avec lesquelles on accueille les indigènes qu'un intérêt amène dans les bureaux.
Pour la colonisation :
Déclarer la franchise de tous les ports de l'Algérie; suppri-
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mer ainsi toutes les douanes, et ne conserver Toctroi de mer que comme ressource pour les villes. Admettre ea même temps dans la métropole, sans droits, tous les produit3 de rAlgërie.
Gréer dans chaque proviace un comptoir d'escompte, pouvant prêter aux colons, comme aux Araî)es, à un taux modéré.
Tracer un périmètre à la colonisation autour des chefis-lîeax des trcis provinces.
Ainsi, dans la province d'Oran, le périmètre du territoire dans lequel les Européens pourront développer leurs intérêts sera circonscrit par une ligne qui, à l'ouest, partant de l'embouchure du Rio-SaladOf remontera ce cours d'eau jusqu'au territoire de Bou-Tlelis, et, de là, se dirigera vers le sud, en laissant intérieurement tous les établissements européens dans la direction d^Oran à TIemcen, y compris le territoire d'Hennava.
Dans le sud, cette ligne, partant de TIemcen, gagnera le territoire d'Uadjar-Roum, en suivant le pied des montagnes, puis celui de Sidi-Ali-ben-Youb, et ira jusqu'à Tenira pour revenir à Sidi-bel-Abbès. De là, elle descendra le Sig jusqu'à Saint- Denis, embrassera Perregaux sur l'Habra, Bouguirat, l'Hillly Relizanc et les centres de population qui seront créés sur la ligne des chemins dç fer dans la vallée du Cheliff, jusqu'à la limite des divisions d'Oran et d'Alger. Enfin, la limite nord comprendrait le territoire de Mostaganem et remonterait la vallée du Choliff.
Dans la province d'Alger, cette ligne renfermera les crêtes du petit Atlas qui entourent la Mitidja, laissant au nord tous les territoires européens qui s'étendent depuis Novi et Gherchell jusqu'à Dellys; de plus, une zone comprenant tous les centres déjà créés sur la route de Blidah à Orléansville et tous ceux à fonder dans la partie sud de la vallée du Gheliff, depuis Milianah jusqu'à la province d'Oran; enfin les établissements de Tenez et d'Orléansville.
Dans la province de Gonstantine, la limite nord devra comprendre, à partir de Sétif, les territoires déjà occupés ou à oocuper sur la route de Sétif à Gonstantine jusqu'à TOued-Decri; de là, gagner Milah pour redescendre dans la vallée de l'Oued- Kehi jusqu'au territoire de Smendou, d'où elle atteindra Gollo en suivant la vallée de l'Oued-Guebbi. La limite sud laissera en dedans les centres de population établis entre Sétif et Hammam-Grouss; de là elle joindra le territoire d'Aïn-Mlila, d'où elle se dirigera sur Aïn-Ghoul ; puis, laissant intérieurement le territoire de Guelma, elle décrira une courbe pour venir se re*
lier avec Souk-Ahras, et remontera vers le nord jusqu'à Mondoyi, d'où elle arrivera à La Galle.
Dans la province d'Oran, les territoires de Nemours, de Mas. cara et de Tiaret, ne pourront prendre de nouveaux développements que lorsque les populations deviendront plus denses. Il en sera de même dans la province d'Alger pour le territoire d'Aumale; dans la province de Gonstantine, pour les postes de Bougie, Djidjelli, GoUo et Batna.
Quant aux postes de Maghnia, Sebdou, Daya, Saïda, Ammi- Moussa, dans la province d'Oran; !es postes de Teniet-el-Haâd, Boghar, Tizi-Ouzou, Fort-Napoléon, dans la province d'Alger; enfin, les postes de Bordj-bou-Aréridj, Biskra, Aïn-Béida et de Tebessa, dans la province de Constantine, ils devront rester dans rétat actuel « sans que leurs territoires puissent être augmentés. Toutefois, on viendra en aide par des subsides aux colons qui demanderont à rentrer dans les zones de colonisation.
Employer aux travaux suivants les 100 millions que le gouvernement de l'Algérie recevra en six ans : 30 millions pour les routes; 20 millions pour les ports; 30 millions pour les barrages, les canaux, les dessèchements de marais, les puits artésiens; 15 millions pour réintégrer dans les zones de colonisation les Européens qui végètent loin des côtes.
Pour roccupation militaire :
Réduire le nombre des centres militaires; ' Porter la plus grande partie des forces près de la lisière du Tell.
Diminuer insensiblement l'importance politique et militaire des postes de Géryville, de Laghouat, de Djelfa. Rattacher les tribus de ces cercles à celles de la lisière du Tell, chez lesquelles ces tribus viennent s'approvisionner. Rappeler de ces lieux tous les colons.
^. Créer sur la lisière du Tell des tribus makhzen.
Réduire peu à peu l'effectif de l'armée à 50000 hommes, et créer des colonnes mobiles montées de 1800 hommes.
La Lettre impériale se termine ainsi :
^D'après ce qui précède, j'aime mieux, vous le voyez, utiliser la bravoure des Arabes que de pressurer leur pauvreté, — rendre les colons riches et prospères, que d'importer à grands frais des émigrants étrangers, — maintenir nos soldats dans
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des positions salubres, que de les exposer an climat déTorant du désert. En réalisant ce programme, nous obtiendrons, je resf>«^re, l'apaisement des passions et la satisfaction des intérêts. L^Algérie ne sera plus alors pour nous, comme je l'ai dit en commençant, un fardeau, mais un nouvel élément de force.