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LES MONTAGNES DE KONG

Nous avons vu le niveau des eaux commencer à monter avec les premières pluies, et ne descendre que quand celles-ci ont cessé ; ce niveau augmente rapidement, au contraire, après deux mois de sécheresse, et il atteint son maximum à une époque où dans le pays en question on n'a qu'une quantité de pluie minime, insuffisante même pour alimenter l'évaporation, et qui est loin de pouvoir causer des inondations si considérables. En effet, cias lagunes ou marais présentent une Ion* gueur de plus de 300 milles géographiques, sur une largeur collective de }0 à 20 milles; et tandis que Técoulement de leurs eaux dans TOcéan se fait librement par les diverses em^ bouchures, le niYoaa élevé demeure constant pendant des mois entiers.

On est donc porté à conclure que cette énorme masse d*eau doit venir des régions qui subissent les grandes pluies semiannuelles» régions comprises au moins aux environs, nord et sud, du 15^ de latiti|de nord.

Il existe donc dans ces régions des cours d'eau qui viennent se décharger à TOcéan à travers le pays sur lequel nos cartes signalent les montagnes de Kong; d'où il résulte que ces montagnes n'existeraient pas aveo la direction qu'on leur attribue.

A ce raisonnement viennent se joindre les renseignements puisés sur place et à de bonnes sources. C'est un fait généralement connu à Porto Novo» endroit où les eaux viennent déboucher et s'étendre sur une surface de plus dd 10 milles carrés, qu'il existe un passage par eau qui conduit les pirogues vers le nord jusqu'à trente ou quarante jours de marche. A une distance mal déterminée, mais qui parait mener jusque vers le 8® de latitude nord, il existe un grand réseau de lagunss dont Tenchevôtrement rend le passage difficile à reconnaître, mais qui conduit jusqu'aux environs du Haoussa ; région correspondant environ à 12® de latilude nord. Ce passage, qui sert de voie à un commerce d'esclaves doi^t le roi de Dahomey a la monopole, est naturellement interdit aux Européens.

A ce qui précède, j'ajouterai qu'étant à Abeokoutta au mois de mai 1865, j'ai pu m'assurer par les renseignements des négociants musulmans qui vont jusqu à Sakkatou, et par «eux de quelques missionnaires anglais et américains, qu'il n'existe aucune espèce de montagnes dans le pays de Torribas, et que la même configuration de terrain continue jusqu'à Boussa su/ le Niger.

D'une manière générale voici quelle est la configuration de Tespace compris entre ie Volta et le Niger. La première zone, que j^appellerai maritime, court sur une largeur d'environ 50 i. 80 milles. Elle est composée de dunes plus ou ntoins accidentées, formées par le vent qui souffle constamment du sudouest- quart sud , et par les alluvions. Çà et là apparaît, il est vrai, quelque indice de soulèvement ; à quelques mètres seulement au-dessous du niveau de la mer, on trouve (à Badagry spécialement) des matières d'injection à base ferrugineuse : mais ces faits sont rares et ne changent pas l'aspect de l'ensemble. Ces dunes, bien marquées et toujours séparées l'une de l'autre par un marais, sont au nombre de onze entre la mer et la ville de Canna située à 5 milles au sud d'Âbomey, capitale du Dahomey. Dans la carte que je me propose d'adresser à la Société de géographie, je tracerai ces différents accidents de terrain.

A l'endroit où finit cette zone maritime, au point juste où nos cartes supposent les premiers contre-forts du versant méridional du Kong, commence une région de constitution primitive, soutenue par une croûte généraJement granitique, légèrement inclinée vers le sud et présentant de temps à autre de légers échelons qui causent çà et là de petits rapides dans les cours d'eau. Dans cette région, bien qu'ondulée de collines et accidentée de masses granitiques, le sol, dans son ensemble, ne présente pas d'arôtes assez élevées pour qu'on en puisse faire des montagnes. Et tel paraît être le caractère de tout le pays compris dans le grand arc formé par le Niger.

Rattachant ces observations à la disposition du système des montagnes d'où sortent le Sénégal, la Gambie et le Niger, on serait porté à croire que l'arête principale qui se dirige à l'est forme une inflexion vers le nord aux environs de 5* de longitude ouest, pour aller mourir en éventail vers le 15^ de latitude nord et donner naissance à l'immense oourbe. Entre ce système de montagnes et le fleuve du Niger, s'étendent des régions peu accidentées que la géographie ne connaît pas encore en détail, mais qui sont destinées à un brillant avenir.

Il est plus que probable que la grande embouchure du vieux Galabar, que j'ai aussi visitée, reçoit encore quelque embranchement détaché du Niger. Cette grande crique, qui constitae un port excellent, est le point extrême où viennent aboutir les derniers prolongements de cette autre grande chaîne de montagnes dont les parties les mieux connues sont le pic Hou-

goma-Laba, élevé de plus de 4000 mètres, la grande tle Fernando Po, celle du Prince et celle de Saint-Thomé , vaste ensemble rattaché sans doute à un groupe équatorial, qui est et restera longtemps encore un des problèmes géographiques les plus difficiles à résoudre.

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