PALGRAVE
eiBcte et véritablement complète de la péninsule arabe. Nous en connaissons déj^ an grande partie les c6tes; plusieurade ses provinces maritimes ont été sinon complètement, du moins asses bien explorées ; le Témen et le HedjAz, la Mekke et Hédine, ne sont plus des mystères pour nous, et nous ne sommes pas non plos tout à fait sans informations sur le Hadramant et l'Oman. Mais de l'inlérieur de la vaste presqu'île, de ses plaines et de ses montages, de ses tribus et de ses villes, de ses goavernements et de ses institutions, de ses habitants, de leurs usages, de lenrs coûtâmes et de leur condition sociale, de lanr degré d'avancement dans la civilisation ou de leur accuiement dans la barbarie, sur tout cela, juaqu'A présent, que savonsnous, si ce n'est par des rapports nécessairement incomplets et sans précision f il est temps de remplir ce vide dans la carte d'Asie, et c'est ce que nous allons essayer de faire, quels qu'en soient les risques. Ou la terre qui est devant nous sera notre tombeau, ou uoos la traverserons dans sa plus grande largeur, et nous saurons ce qu'elle contient d'une mer à l'autre....
■ Telles étaient mes pensées, ajoute M. Palgrave, au.débat du voyage, le ISjnin 186S.> Son bnt principal , il le déclara d'ailleurs en mainte occasion, était l'étude de l'homme. ■ J'ai voula, dit-il en un endroit, jeter quelque Inmière sur celte Arabie réelle et vivante qui est restée absente de la plupart des relations, comme la surface du pays reste en blanc snr la plupart des caries. Déterminer la position des montagnes, le conrs des rivières, les gradations du climat, le caractère géologique des roches , tout ce qui se rapporte, en un mot, i la nature physique et inanimée, est certainement d'une haute et sérieuse importance, et en cela aussi j'ai essayé de faire de mon mieuz, quoique j'iùe le regret de n'avoir rapporté que des résultats fort imparfaits, faute de préparation et de facilités suffisantes pour des observations scientifiques. Mais je me réfugie dans cette éternelle citation, la pins usée de toutes les citations : > l'étude propre de l'bumanîté, c'est l'homme; ■ et c'est peut-être rendre à la science et à l'Europe un service encore plus grand, que d'essayer d'écarler ne serait-c« qu'on coin dn voile épais i'àsuSs otoai- iv.— 8
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qni nous dérobe la partie humaine de rArabie, ses partis et sa politique, son esprit et son mouvement. >
Tout en rendant pleine justice à des hommes tels que Garsten Niebuhr et Burckhardt , Wellsted et Wallin , et à leurs nombreux émules, — M. Palgrave a dédij sa relation « à la grande mémoire de Niebuhr, > — notre voyageur insiste en nombre d'endroits sur ce qu'ils laissent à désirer pour la complète et fidèle connaissance de la vie arabe. « Des scènes à demi romanesques et d'une couleur toujours exagérée, où les Bédouins nous sont représentés comme une sorte de chevaliers errants, véritables types de l'homme libre ; peut-être aussi le lourd et creux formalisme de quelque principicule de la côte ou de la frontière, plus qu'à demi ottomanisé ; des légendes apocryphes telles que celles de Lamartine, et les sentimentalités superficielles de son école : voilà, ou peu s'en faut, tout ce que nous possédons sur ce sujet, ^t c'est d'après cela qu'on veut que nous noas formions une opinion sur l'Arabie et les Arabes. Mais ce n'est ni dans le désert de Syrie, ni sur les frontières du He^jaz, ni dans les rues de Mokha ou sur les marchés de Mesched- Alî, encore lien moins à Bagdad ou à Damas, qu'il faut chercher et qu'on trouvera une idée vraie du prur esprit arabe et des véritables usages aussi bien que des mœurs de la nation. >
M. Palgrave voyageait sous les dehors d'un Arabe de Syrie, et il se donnait comme médecin de profassioB. Ge déguisement avait ses avantages, et de très-grands a:vaiitages; mais il a eu aussi ses inconvénients. S'il lui adoiuié de nombreuses facilités et une grande liberté d'études intimes près de toutes les classes , depuis les plus éleréet jusqu'aux plus humbles , et s'il lui a fourni de nombreuses opportunités de recueillir une foule d'informations sus éveiller la méfiance habituelle que des questions éb ee genre font naître venant d'un étranger; d'un autre oAlë il lui interdisait l'usage , et même la possession de Isots as-
ARABIK INTÉRIEURE. 115
p^ d'instruments physiques on astrwuuniqint , «t eoosé> qoemmeot il lai (tut la possibilité des obsemtiints »•»• nfiqves. C'est un ÏMoaT^ient qu'il a Ma aocejrtwr; «t vraiment on n'a pas la force de s'en plaindre, quand oa mit par quelle masse de notions précieuses sut la condition sociale et politique de l'Arabie centrale, et mflme sur les gâaér alités de la configuration physique, le voyageur a an le racheter. Ajontona, en ce qui louche aux itinéraires, que les distances ont été estimées sur la moyenne de la marche du chameau au pas ordinaire , évaluée à quatre ou cinq nulles anglais i l'heure, un peu plus ou moins.
i t. Ta« géaàntia do i^Md* U
Pourtant il ne faudrait pas prendre trop b la lettre la réserve pu- trop modeita de M. falgrave sur l'inEufhMiuw du cOté purement géognphique de son voyage. Si sa pensée, comme il le dit, s'est attachée k l'homme plus qu'au sol, et si l'impossibilité ob il se trouvait de faire des observacions astronomiques ne lui a pas permis da donner autant de dé- ' veloppement qu'il l'aurait voulu à ce côté de l'expédition dont il sentait bien l'importance, il n'en est pas moins vrai qu'à part les déterminations lu-écises de latitude, de longitude et de hanteurs barométriqueB, il a rapporté une foole d'indicatioiis d'one trës-gra>de valeur sw le caraclëre général et la configuration relative des diverses parties de la péninsule qu'il a successivement traversées. Jamais on n'avait embrassé d'une vue aussi large et aussi sûre l'ensemble de l'Arabie. On eu couDaisaait les provinces maritimes, et les voyageurs avaient va quelques parties des immenses déserts qui limitent intérieurement la zone littorale sur tout son pourtour; mais en n'avait qu'une idée très-vague el très-incomplète de la région centrale que ces redeutables déserts séparent des provinoes littorales. Ce
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sont ces parties centrales, à beancoup d'ëgaida les plus remarquables de lapéDinsnle, que M. Palgrave le premier Dous aura fait bien connaître. C'est presque une révélation. Nous laissons parler le voyageur lui-même.
Une vaste étendue de déserts, où nomadisent quelques tribus de Bédouins, un petit nombre de montagnes rocheuses et nues, des tentes noires, des plaines de sable, et çà et là, pour compléter la scène, ud palmier ou un chameau: telle estridée que l'on se forme très-communément de TArabie d'après les narrations des voyageurs, et que confirme, ou plutôt que figure le tracé de la plupart des cartes. Cette idée, cependant, est loin d'être exacte pour une très-grande partie de la péninsule. Le désert en occupe bien en effet une certaine portion, et cette portion est précisément celle que la plupart des voyageurs européens ont à peu près exclusivement connue, — je veux dire la bordure extérieure. 11 y a bien aussi dans le centre même quelques échappées du désert, — les Néfoud^ dont il sera question tout à l'heure, — et le cercle de sables arides qui enveloppe les provinces du centre, qu'il sépare des provinces littorales, prend vers le sud une largeur et une profondeur extraordinaires, empiétant ainsi considérablement sur Tintérieur; mais ce sont là des exceptions plutôt que la règle.
Ailleurs M. Palgrave ajoute :
Le type général de l'Arabie est celui d'un plateau central entouré d'un cercle de déserts, sablonneux dans le sud, l'ouest et l'est, pierreux dans le nord. Ce cercle extérieur est à son tour bordé d'une ligne de montagnes, basses et stériles pour la plupart, mais qui atteignent, dans le Yémen et l'Omliii une hauteur et une largeur considérables en même temps qu'un haut degré de fertilité ; puis enfin, après ces montagnes, une bande étroite de littoral aboutit à la mer. La superficie du plateau central est un peu moins que la moitié de la péninsule entière. Si Ton ajoute à ces hauts plateaux du centre, c'est4i-dire au Nedjed en prenant le mot dans son acception la plus large, le Djôf, le Tâyif, le E^ébel Acîr, le Yémen, l'OmAn et le Haça, en un mot toutes les parties fertiles appartenant aux œreles extérieurs, nous voyons que les deux tiers de l'Arabie environ se composent de terrains cultivés, ou tout au moins cultirâbles, et que le désert proprement dit, le désert absolument sté-
rile et inhabitable, fornue l'autre tiers, principalement au sud. Duu la plupart des autres directions, tes vastes espaces blancs que présentent les cartes indiquent aussi souvent l'absence d^nformations que la non-babitation.
Le voyageur distingae dans le disert mfime deux natures de terrains : l'un conatitnant le désert dans la pins stricte acception du mot, image absolue de stérilité et de désolation ; l'antre qui serait susceptible d'un certain degré de culture et d'habitation, bien .que uni aujourd'hui ne le cultive ni ne l'habite*. Gelui-cî domine au nord et à l'ouest; le premier, à l'est et au sud.
Les déserts du nord et de l'est, ceux que M. Palgrave désigne comme partiellement habitables, présenlent une surface pierreuse ou sablooneuse sur un fond de roche généralement granitique ; les conditions de TÏe et de végétation s'y rencontrent k des degrés inégaux, mais elles n'en sont jamais complètement absentes. < Ces conditions varient selon la quantité d'eau qui se trouve à la surface, ou dn moins ii des profondeurs médiocres. C'est du reste un trait tristement caractéristique de l'Arabie, que dans l'immenûté de Bon étendue il ne se rencontre pas une seule rivière digne de ce nom. Je i^ais que le bon cœur de quelques géographes lui en a donné quelques-unes ; mais je dois dire, avec regret, qu'ils ont été sous ce rapport plus libéraux que la nature. Et non-seulement l' Arabie n'a pas de rivières, mais on n'y trouve mémo que très-peu d'eaux courantes, si ce n'est dans les terras basses voisines de la cAte orientale, et dans les montagnes d'Omfln. >
La raison de ce manque d'eaux courantes est évidente. Les montagnes sont les réservoirs d'un pays, et plus le pays est voisin de l'équateur, plus les montagnes doivent étn élevées
1. H. Pilgrave, par une opposition qua tjOln langue ne peut rendn littéialeiwat, applique i ces deux natures des d&seiVï «xt^Ma \«a «vprwtions de Heurt et de deterted.
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poui' fournir des eaux permanentes. Or, à la seule exception da pays d'Oman, TArabie n'a pas de chaînes assea éleTées pour remplir cette condition. Celles qui avoisinent la oôie sont généralement beaucoup trop basses, n^ayant guère que ds cinq cents à mille pieds, et dépassant rarement cette altitude; et le centre n'est qu'un plateau élevé d'environ trois mille pieds au-dessus du niveau de la mer, quoique les habitants donnent à ses hauteurs le nom de montagnes, faute de mieux.
II arrive de là que toutes les fois que la pluie tombe sur ces hautes plaines — et les pluies y sont parfois très-fortes, notamment en hiver et au commencement du printemps, — elle est presque aussitôt absorbée dans les crevasses d'un terrain craquelé ou dans le sol sablonneux des vallées, et les eaux se rassemblent ainsi.sous terre au lieu de rester à la surface. C'est seulement vers la côte, là où le plateau s'abaisse graduellement ou se termine par un escarpement abrupt, qu'on voit sourdre çà et là des sources alimentées sans doute par les eaux souterraines du haut pays. Mais comme la plage elle-môme est en général bordée d'une ceinture de montagnes à peu de distance de la côte, les ruisseaux que ces sources alimentent arrivent rarement jusqu'à la mer, et bien moins encore forment des ri* vières dignes de trouver place sur une carte.
Ainsi donc ces immenses plaines nues et désertes ont aussi leurs eaux, qui sont partout la condition de la vie; seulement ces eaux sont cachées à de plus ou moins grandes profondeurs au-dessous du sol. Les Arabes, qui savent en reconnaître les indices, vont les chercher au moyen de pnits, qui ont parfois jusqu'à cent pieds et au delà. Les puits se succèdent souvent de manière à former de longues ligneSi qui jalonnent à la surface le cours invisible d'un fleuve sonterrain. Le Sahara africain, particulièrement les parties qui touchent à nos frontières algériennes, présente le même phénomène produit par une cause analogue.
Bien autrement terrible est le désert du sud, le Dahna ou désert de Feu, comme les Arabes le nonunent. Ge n'est plus un sol pierreux ou sablonneux, mais ferme sous le pied de rhomme et recelant des eaux souterraines dont la proximité se trahit au dehors par des indices que le Bëdonin sait
reconnaître : ce sont des étendues immenses de sables mobiles, profonds , presque fluides tant ils sont fuyants, dépourvues de toute ombre et de tout abri , un désert, en un mot, où ne se montre nulle part la moindre trace d'humidité ni de vie animale ou végétale. Le chameau enfonce à mijambe dans ces sables perfides, qui ont par endroits leurs gouffres sans fond comme les abîmes de la mer. Le Dahna ou grand désert du Sud couvre au moins le quart de l'Ara-, bie ; il s'étend depuis les confins de l'Oman jusqu'à ceux du Yémen, et depuis ^e Hadramaut jusqu'au Nedjed. Jamais rhomme n'en affronta les mystérieuses profondeurs, objet de sombres légendes pour le pasteur arabe. Deux Bédouins intelligents, que M. Palgrave eut occasion tf interroger, en avaient cependant traversé toute la lisière méridionale, depuis rOmân jusqu'au Yémen. Geite partie extrême, quoique affreusement aride et absolument inhabitable, est coupée de distance en distance de quelques oasis, particulièrement au-dessus du Hadramaut, et ces oasis, au rapport des deux Bédouins, sont habitées par des Noirs originaires d'Afrique et par des Abyssins. Si ces indications sont exactes, il s'agirait sûrement d'immigrations fort anté- • Heures à Mahomet. Les nègres importés d'Afrique comme esclaves, entrent du reste, à ce que nous apprend M. Palgrave, pour un chiffre notable dans la population du Nedjed ou Arabie Centrale. A l'ouest et au nord-ouest du Nedjed, le désert rappelle tantôt les steppes pierreuses du nord, tantôt les sables du sud. Les parties purement sablonneuses, profondes et mobiles comme le Dahna, y sont connues sous le nom de Néfoud.
Enveloppée par cette large ceinture de déserts plus ou moins praticables qui l'isolent des provinces maritimes, la région centrale est par excellence la partie habitable et salu- . bre de la péninsule. Le frappant contraste qu'elle offre avec la nature désolée qui l'entoure eu fait encore mieux ressortir les avantages physiques. Son élévation générale au-dessus
du désert lui donne un climat fortifiant et relativement tempéré aux confins du tropique, et les eaux nombreuses de ses vallées y répandent la fraîcheur et la vie. Une v^étation abondante y signale tous les centres d'habitation. Les villes y sont nombreuses et quelques-unes considérables, avec une multitude de villages. Villes et villages, tout est entouré de jardins et de champs en culture, et pour ainsi dire enterré dans des forêts de dattiers; tandis que de vastes pfttnrages nourrissent la plus noble race de chevaux du monde, l'orgueil du pays. Citons un ou deux passages où cette nature est bien dépeinte :
Le plateau tout entier est coupé d'une infinité de vallées, les unes larges, d'autres étroites, les -unes longujes et sinueuses, les autres de peu d'étendue, presque toutes encaissées entre des bords escarpés, comme si la main de l'horome les eût taillées dans la montagne calcaire. C'est dans ces innombrables enfoncements que se concentre la fertilité du Nedjed et sa population : jardins et maisons, cultures et villages, perdus dans les profondeurs et dérobés à la vue de celui qui voyage sur la plaine sèche d'en haut, — j'allais presque dire sur les denes, tant elles m'ont rappelé celle des environs de Tarmouth, — jusqu'à ce que tout à coup on se trouve au milieu de la masse de verdure qui couvre les parties basses ; on croirait que deux pays et deux climats se touchent ici sans se confondre. Le sol des vallées est léger; c'est un mélange de marne, de sable et de cailloux roulés que les eaux ont entraînés en se précipitant des l)auteurs. Partout les escarpements sont sillonnés de ravins où les pluies, en hiver, roulent avec violence vers la vallée, qu'elles transforment en torrent; puis les eaux retirées après quelques jours ne laissent derrière elles, pendant les mois du printemps, que des mares et des flaques stagnantes. Le reste se perd dans le sol, et va former les nappes souterraines qui alimentent les puits en été, ou bien, poursuivant sa course invisible, va reparaître en sources vives non loin de la côte, dans les terres basses du Haça et de Kattf. Mais dans tous les cas, aucun de ces torrents d'hiver n'arrive sans interruption jusqu'à la mer.
Ce que M. Palgrave dit & ce sujet d'une des provincee du
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Nedjed, le Kaçïm, donne une idée égalemebt précise des aalres ; les conditions physiques y sont parlent les luémeB.
Les ressources duSaoïmsontduesprincipBlementà la grande abondance d'eau, quoique ici, comme ailleurs, cette eau soit souterraine. Dans toute l'étendue delà vallée, des puits aisément creusés dans on sol léger, à la profondeur de 6 pieds au plus, (lonnent en abondance une bonne eau potable, quoique très-légèrement saumitie; cette eau diminne'peu mime durant les sécheresses prolongées des mois d'été. En hiver, l'ean des puits s'épanche au-dessns des bords, et forme souTant Jes étangs d'une étendue considérahie, de vérilables lacs; j'ai vu, durant ma traversée de ce canton, les traces laissées sur le sol par un grand nombre de ces petits lacs Lemporairea.
Sur l'aspect et la disposition générale des villes du Nedjed, les détails rapportés par M. Palgrave n'ont pu nu moindre caractère de nouveauté :
L'aspect des villes principales du Nedjed, Bereïdah, Eioun, Eass, Oneïzah, Sariyah et d'autres, leurs remparts hastionnés, leurs grands et (orls châteaux, leurs jardins et leurs larges plautatioDB, leurs tonrs élevées qui dominent la plaine, et les restes encore plus anciens de monuments en pierre que j'appellerais volontiers des pierres-levées, tant ils ressemblent par la forme et même par les dimensions au Stouebeiige ou à Caroao (j'en ai moi-même rencontré de ce genre près de Rass], tout cela confirme ce que l'histoire écrite et la tradition orale nous disent de la population et de l'opalence de ces contrées centrales, et des vigoureuses djnasties qui les possédèrent avant qoe l'Islam ne vint préparer le déclin et l'affaiblissement de la péninsule arabe.-
Cette question d'un intérêt particulier pour la géographie physique de l'Arabie mérite un moment d'examen.
On ne s'étonnera pas de nous voir y insister tout particaliëremeut; les eaux du sol, bieo ploft escon a;a« V«k& \%
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ciel dont on n*a le bienfait qu'à de lointains intervalles, sont pour TArabie, dans ses diverses contrées, une condition de vie ou de mort. La question de l'existence actuelle ou passée de grandes eaux courantes, de véritables rivières dans l'intérieur de l'Arabie, se rattache d'ailleurs à d'importants problèmes qui relèvent de la physique du globe, en même temps que de l'histoire et de la géographie comparée. Ces problèmes, nous ne pouvons ni ne voulons les aborder; mais c'est notre lâche de noter aussi exactement que possible les faits qui sont de nature à en éclairer l'examen,
M. Palgrave nous a dit expressément, et il y revient à plusieurs reprises, que sur la longue ligne qu'il a parcourue l'Arabie n a pas un seul cours d'eau permanent que l'on puisse qualifier de rivière. Il dit, dans sa description du Eacïm, une des contrées septentrionales du plateau central, « qu'il n'y a pas de rivière plus près de cette province que le Ghatt (le bas Euphrate au-dessous du confluent du Tigre), qui en est à plusieurs centaines de millet. • H dit encore, en un autre endroit : « Depuis le Djôf (province extrême du Nedjed au N. 0.) jusqu'à la limite la plus méridionale du Nedjed, nous n'avons pas rencontré une seule eau courante, pas un seul ruisseau à ciel découvert ; ce sont les puits qui fournissent l'eau du pays. » Ce témoignage est aussi positif que possible.
On va voir cependant qu'il est susceptible de réserves im« portantes.
Un homme dont nous aurons à signaler tout à l'heure les immenses services rendus à la géographie de la Syrie orientale et du nord de TArabie, le docteur Wetzstein, consul de Prusse à Damas, a publié récemment un travail d'un extrême intérêt sur l'Arabie intérieure. Ce travail est basé spécialement sur les informations recueillies de la bouche de plusieurs cheikhs arabes et de conducteurs de caravanes, informations que M. Wetzstein a complétées ou contrAlées au moyen de documents arabes, imprimés ou manuscrits,