‹ L'Année géographique (volume 2)Chapitre 231 sur 368 · UN GRAND FLEUVE EN ARABIE · texte numérisé non relu

UN GRAND FLEUVE EN ARABIE

et en particulier du diclionnaire géographique de Yakoùt, où les renseignements sur la péninsule abondent. Dans la première partie de cette publication vraiment précieuse, on trouve un article d'un intérêt capital sur un immense ouâdi qui traverse du S. 0. au N. E. toute la largeur de l'Arabie, depuis les montagnes du Hedjaz, voisines de la mer Rouge, où il a son origine, jusqu'à l'Euphrate inférieur, non loin du golfe Persique, où il se termine. Cette notice, que nous traduisons littéralement % a été rédigée d'après les renseignements fournis par un cheïkh nommé Hamed, natif du pays de Kacim dans le Nedjed, et très au fait des choses de l'Arabie intérieure.

Le Ouâdi er Roumem se nomme à son origine Ouâdi eK-Hamd ; sa source est au nord des monts Radouâ, à une petite journée à Test de la mer de Djedda (la mer Rouge). Dès qu'il est sorti de la montagne, où d'autres ouâdis se réunissent à lui, il prend le nom de Ouâdi-Nedj, parce qu'il se dirige vjBrs le Nedjed et qu'il le traverse. Son cours est d'abord au S. E. vers Médine, puis il tourne au N. £. vers Souèdira, puits situé près de son lit, et de là vers Hanâkîa, d'où il prend son cours à l'est vers le mont Abân. Jusque-là il reçoit tous les torrents d'hiver du Hedjaz, notamment les ouâdis du mont Radouâ et les deux ouâdis du barra (ou montagne) de Médtna, ainsi que tous les ouâdis qui

1. Elle est au n" 139 (janvier 1865) du Journal géographique de Berlin, Zeitschrift Jiir allgemeine Erdkunde. Au n" 142 (avril), M. Wetzstein a complété la note de Cheïkh Hamed par des extraits de YakoiU. On peut suivre au moins les principales indications de la notice sur la dernière édition de la carte d'Arabie de M. Kiepert (cidessus, à la bibliographie, n" 71). — Si l'on veut savoir au juste ce qu'étaient les notions acquises sur le Nedjed avant le voyage de M. Palgrave, ou plutôt sur l'intérieur de l'Arabie en général, il faut lire l'intéressant mémoire, écrit en 1823 par M. Jomard, sous le titre de Sotice géographique ^r la carte du pays de Nedj ou Arabie centrale^ principalement d'après les documents rapportés par les officiers européens attachés à l'expédition égyptienne de 1820 contre les Ouâhabites. Ce morceau, dont il existe quelques rares exemplaires à part, est imprimé en appendice à la suite de VHi^toire de l'Egypte sous le gouiemem&nt de Mohammed'ÀlyjpaiT M. Félix Mangin (Paris, 1823, 2 vol. in-8).

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viennent des harra de Teboûk et de Tèmft au nord, parmi lesquels les deux plus grands sont le Ouâdi-SLhôkh, qui descend de Teboûk, et le Ouâdi en-Nâr, qui vient du Tènoâ. D'autres descendent des harra de Kheïbar. Un ouftdi d'une grande étendue a sa source au nord de la station d'Argâ, et son confluent près de Hanâkîa ; la route de Hanâkia à la ville de Kafftr suit ce ouâdi d*Argâ. Ily en a encore beaucoup d'autres entre celuici et le mont Abân ; le plus grand de tous est le OuAdi-Hâghir, que suit la route de la caravane des pèlerins de la Perse entre Hâil et la Mekke.

Le mont Abân est séparé en deux parties, une au nord et une au sud, par une vallée très-large et .très-longue. La première, qui se compose d'une pierre noirâtre (de nature volcanique), est appelée Abân el Assouâd (l'Abân Noir) ; la seconde est formée, comme le mont Ohod, près de Medtoa, d'une pierre ronge {du porphyre ou du granit), et on la nomme Ab^ el Ahmar (rAbân Rouge;. Les deux parties ont ensemble, du nord au sud, deux petites journées de longueur. Ces montagnes sont élevées et difficiles à gravir; sur le reste do la route, depuis Medîoa jusqu'à Soûk es-Sioûk sur l'Euphrate, on ne trouve aucune montagne qu'on puisse comparer à celles-là. Elles ont en grand nombre des vallées, des sources et des plantations de palmiers, et plusieurs tribus y résident à demeure. G*est par celte vallée d'Abân , qui forme la limite du Hedjaz , que le ouâdi entre dans le Nedj, où il coule dans une direction orientale vers la ville d'Onêza, sous le nom de Ouâdi er-Roumem, comme beaucoup de gens l'appellent déjà depuis Hanâkia. La partie où il forme la limite méridionale du pays de Kaçtm a une étendue de 24 heures, ainsi divisées : du pied oriental de l'Abân au lieu appelé Nebhânîa, 1 h.; Karya, 2 h.; Gôï, 3 h.; Senâna, 2 h.; Rass, 3 h.; Haknâvt, 3 h.; Sebtbta, 3 h.; Yahalân, 5 h.; Onéza (les habitants prononcent el-Anèza), 2 h. Près de cette ville, où le confluent de plusieurs vallées forme une large dépression, le ouâdi prend une direction N. E., et à cause de sa largeur et de sa profondeur, il y reçoit le nom de Bâtïn, qu'il conserve jusqu'à la fin de son cours, bien qu'on puisse lui donner encore et qu'on lui donne parfois son premier nom de Ouâdi er- Koumem. Au nord d'Onôza, il forme la limite orientale du Kaçim; puis il passe devant la localité de Zoulfa, qui est tout près de son bord occidental, et il forme plus loin la limite entre le pays des Auéza et le Nedj ou Nedjed (Anezat-Nedj), laissant d'un côté les tribus de Soukoûr et de Souèlimât, et de l'autre les

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Arabes el-Aouâdjî et les Ibn-Miglâd. Le ouâdi traverse ensuite le Dahna (ou désert sablonneux) des tribus de Daftr, qui n'appartiennent plus à la race des Anéza, et qui sont tellement nombreux, que sur la route de Boréda (ou Bereïda) à Soûk es- Sioûkh, qui a là lieues de longueur, on trouve partout des campements de Dafîr. Le ouâdi entre ensuite dans le pays des Mountefik, et il débouche dans TEuphrate près de Soûk es- Sioûkb, résidence dlbn-Sadoûn. En été il n'a pas d*eau; mais en hiver l'eau y est fréquemment assez haute pour qu'on ne puisse pas le traverser.

On voit par la notice que nous venons de transcrire, qu'une de ces rivières temporaires que les Arabes désignent sous Tappellation de ouddis^ — vallées sèches en été, pleins torrents en hiver, — on voit, disons-nous, qu'un ouâdi d'une immense étendue, au moins trois cents de nos lieues communes, coupe obliquement la péninsule arabe dans toute sa largeur, en se portant vers le bas Euphrate â travers le Nedjed. Ce grand ouâdi, auquel aboutit une multitude de vallées affluentes, reçoit différents noms dans sa moitié supérieure ; dans sa moitié inférieure, à partir du centre du Nedjed, il est principalement connu sous le nom de Roumma. Avec des eaux permanentes ce serait un grand fleuve, un fleuve plus considérable que le Rhin.

M. Palgrave, qui ne le signale pas dans son itinéraire, en a traversé le lit, cependant ; mais c'était au mois de septembre, à une époque de Tannée où les pluies qui remplissent les ouâdis n'avaient pas commencé encore. U l'a traversé dans le Kacïm, près de la ville de Zoulfa, que le rapport de Hamed signale comme un des lieux situés sur les bords du Roumma*. Quoique l'attention de M. Palgrave ne fût pas éveillée, il u en signale pas moins l'importance de la profonde et large vallée de Zoulfa. < Nous avions alors à nos pieds, dit-il en arrivant près de cette ville, la grande

1. Comparez Cheïkh Haméd, dans le Zeitschrifty rx" 139; p. U, et Palgrave, Narrative, vol. I, p. 332 et 342.

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vallée qui forme la prindpale ligne de comraauication entre le Nedjed et le Nord, car elle s^étend jusqu'au Tigre et à Bagdad. » Et plus loin : « L'eau avait laissé dans toute la vallée des traces évidentes. Les puits étaient tellement pleins» même à cette époque de l'année où la sécheresse est la plus grande, que l'eau qui s'en épanchait par-dessus les bords suffisait pour remplir un large réservoir, d'où s'échappaient de tous côtés des ruisseaux qu'on aurait pu prendre pour des courants naturels. »

Si incomplètes que soient encore ces données, elles indiquent clairement qu'il arrive parfois à certaines époques que les pluies torrentielles du solstice remplissent d'eau le lit du Roumma et de ses innombrables affluents, et que l'immense ouâdi doit alors présenter l'image d'un large fleuve coulant à pleins bords à travers une vaste étendue de la péninsule arabe. Un grand fleuve, même temporaire, dans l'intérieur de l'Arabie, c'est un fait assez nouveau d'après nos idées actuelles sur la nature de la péninsule ; mais notre temps doit s'habituer à ces surprises que nous apporte la marche aujourd'hui si rapide de l'exploration dn globe. Un phénomène tout à fait analogue, et non moins nonrean pour nous, nous a été révélé il y a quelques années aeolement dans la partie du Sahara qui confine à notre Algérie, lorsque Bouderba le premier, et après lui notre jenne et savant explorateur, Henri Duveyrier, y ont constaté Tens^ tence jusqu'alors ignorée d'un ouâdi non moins étendn qne le Ouâdi Roumma, et dans lequel on a reconnu avec une parfaite évidence le célèbre ^t^dela géographie romaine,^ que les fausses indications de Ptolémée rejetaient si loin de sa véritable position.

Quant au Roumma, une question se présente : l'état de choses actuel a-t-il toujours existé? N'aurait-il pas été un temps où ce qui n'est aujourd'hui qu'un courant temporaire fut une rivière permanente ? Pour répondre à une telle question, on ne peut s'appuyer que sur deux ordres de fiûts,.

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