LE PHISON DE LA BIBLE. 1S
la tradition historiqtie ou Tétude des conditions physiques du pays. Il faudrait savoir, par exemple, si les montagnes côtières où sont les tètes du ouftdi n'ont pas été dans un temps plus boisées qu'elles ne le sont aujourd'hui, de manière à mieoxjconserver l'humidité qui alimente le^ rivières à leur origine. Sur ce point, malheureusement, et sur bien d'autres de même nature, nos informations sont bien précaires. L'étude réellement scientifique de la presqu'île arabe est à peine entamée, au moins pour les faits physiques. Les documents historiques ne nous renseignent pas mieux. Les géographes arabes se préoccupent peu de ces sortes de questions; leur méthode, on le sait, ne ressemble guère à celle de la moderne école scientifique. Les géographes de répoque romaine, dont les renseignements ne pénètrent pas fort en avant dans l'Arabie centrale, n'y connaissent pas de rivières, pas plus que n'en ont connu les Européenn depuis le quinzième siècle. Habitués que nous sommes à ne regarder comme telles que les cours d'eau permanents, )a mention des ouâdis ou courants temporaires n'avait pas fixé notre attention. Supposons cependant que par une révolution quelconque le Danube vînt k perdre ses eaux, qui ne feraient plus de temps à autre que de rapides et partielles apparitions ; Texistence seule de l'immense vallée que décriraient ses rives desséchées ne suffirait-elle pas à constater un état de choses antérieur dont l'histoire tellurique devrait tenir compte?
a 5. Une question obscure de géographie biblique éclairée par les récentes
informationsr
Il est un témoignage qui pourrait jeter sur ce sujet une utile clarté ; mais pour le rencontrer il faut remonter haut. C'est la Genèse qui le fournit. Le passage qtte nous avons en vue est dans la description de TÉden ou Paradis terrestre. Nous ne pensons pas qu'oa nous puisse aoomertl'aUer
128 ASIE. (n* 66-77)
chercher DOS preuves en dehors des documents de rhistoire; nul n'ignore que même dans les plus vieilles traditions consignées au livre saint, les indications géographiques, toujours fondées sur les connaissances locales les plus précises, sont d'une admirable exactitude. On va juger d'ailleurs s'il est permis d*attribuer ce caractère au document que nous invoquons.
Voici le texte; il est aux versets 10 à 14 du deuxième chapitre de la Genèse :
Et un fleuve sortait d^Ëden pour arroser le jardin ; et de là il se divisait en quatre fleuves.
Le nom du premier est Phison ; c'est celui qui coule dans tout le pays de Hàvilah, où lest] For.
Et l'or de ce pays -là [est] bon; c'est là aussi que se trouvent le bdellion et la pierre d'onyx.
Et le nom du second fleuve [est] Ghihon; c'est celui qui coule dans tout le pays de Kousch.
Et le nom du troisième fleuve [est] Hiddekel; c'est celui qui coule vers l'orient de l'Assyrie. Et le quatrième fleuve est le Phrat.
Nous n'avons pas à rappeler les nombreuses spéculations auxquelles, malgré sa simplicité, ce texte a donné lieu^.
Le texte ne parle ni de quatre fleuves différents, ni de quatre rivières sorties d'une source conmiune ; il spécifie quatre branches d un seul et même fleuve, c'est*-à-dire| dans le langage familier aux Arabes comme il Tétait aux Sémites, quatre affluents aboutissant finalement à un seul et même lit.
La condition est remplie par le Tigre ou Hiddekel et TEuphrate; elle doit l'être également pour le Gbihon et le Phison.
Gomme je ne fais pas une dissertation spéciale sur les quatre fleuves de l'Éden, je n'ai rien à dire du Ghihon, si
' 1. Voir Winer, Biblischen Realwœrterbuchy au mot £den.
us PHI30N Dl LA GENESE. IS9
OS s'est que le nom de Kouscb, auquel il se rattache, repréeenta, du coasentement de tons les critiques, un enaemble de contrées littorales bordant les mers du Midi, et en parlicalîer celles qui enveloppent le fond dn goir» Persiqne, oit la dënomitutioa antique s'est perpétuée sans altération dans le nom du Khonsistan, il l'orient du bas Ëuphrate. La connexion géographique est bien observée; il ne s'agit plus que de déterminer l'applîealion parliculiëre.
Quant à la qaatrième branche, .le Phîson, sQrement on a déjh pressenti que dous le retrouvions dans le Ooftdi Ronœma et ses brandies mpérieures,
Void nos raisons ; elles peuvent se résumer en peu de lignes.
La preoùèreeondilion, c'est un courant d'une assez grande étendue pour mériter d'être compté parmi les quatre grandes branches du fleuve de l'Éden : un développement de 300 lieues, et mtme de 400 en y comprenant l'extension dont il va être question tout h l'henre, répond amplement à celte condition fondamentale.
La seconde, c'est que la rivière soit un affluent de l'Euphrate i les informations arabes conduisent, nous l'avons va, la vallée du Roumma jusqu'au bas Ëuphrate, bien qu'il soit très-probable que dans l'état actuel des choses les eaux qui remplissent le lit du grand Oufidi à l'époque des pluies se perdent dans les sables on peu avantd'arriver au fleave*.
Il y a pour l'identification dn Pbison une autre condition à remplir : c'est de venir d'un pays de Eftnlab, riche en or ; non-seulament cette condition caractéristique est remplie par notre grand oufldi , mais elle nous apporte un nouvel et puissant élément de démonstration.
Le nom du peuple de HAvilah se reproduit en d'autres endroits de la Bible, et il y est distingué en deux branches: l'une qui se rattache aux tribus de Kousch, l'autre aux iri-