LE BEDOUIN ARABE
sur le véritable et pur Arabe du centre et de Test de la péninsule. C'est la même langue et le même sang que les nomades du désert, et combien, cependant, ils leur sont immensément supérieurs ! La distance qui sépare un grossier Highlander d'an gentleman anglais n*est pas pins frappante.
Nous sommes loin^ on le voit, du thème favori des poètes el des moralistes, et même de la sobre et froide observation d'un voyageur tel que Burkhardt. Mais il ne faut pas oublier ([uc le théâtre de l'observation, et surtout le champ de comparaison, ne sont pas les mêmes. Le point de comparaison, pour le commun des voyageurs, et pour Burkhardt lui-même, c'étaient les Arabes de FHedjaz, ou les Arabes de la Syrie à demi ottomanisés ; pour M. Palgrave, c'est la race pure du Nedjed, qu'au physique et au moral il proclame incomparablement la plus belle de T Arabie. Les Bédouins, pour lui, ce sont tout simplement des barbares qui ont quelquesunes des demi-vertus de la barbarie, — efncore les a-t-on grandement surfaites, — mais qui en ont aussi tous les vices, la défiance, l'astuce, la cupidité éhontëe, à certaines heures la cruauté froide, dans tous les temps l'invincible penchant au vol et à la maraude. Là-dessus notre voyageur est inépuisable, bien que sa raison le tienne en garde contre; l'exagération déclamatoire. Le contact journalier de nos provinces algériennes nous permet d'apprécier la vérité scisissante de ses portraits.
Malgré le grossier matérialisme de son intelligence, le Bédouin sait distinguer la vertu du vice, au moins dans ses manifestations les plus générales. Tous admettent que le meurtre, la trabisoD, le vol et Tadultère sont cheïn, c'est-à-dire une honte j bien qu'ils conviennent que de tels actes, les deux derniers surtout, ne sont pas rares parmi eux. Il faut pourtant leur rendre cette justice, que ce n'est pas au fond une race sanguinaire, et qu'ils évitent le meurtre autant que cela est possible dans un état de brigandage habituel.
Leurs hostihtés sont continuelles, mais sans entraîner beaucoup de morts d'hommes ',1e principal objet, de leurs expéditions
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est le butin, non l'assassinat; et le Bédouin, quoique un terrible ▼antard, a au cœur une médiocre disposition à tuer ou à être tué. Ils vous raconteront pendant des heures mainte histoire de têtes coupées et d'os rompus dans leurs guerres ou leurs combats avec telle ou telle tribu ; ils vous donneront des bulletins dignes de Balaclava ou de Waterloo; et quand vous viendrez à examiner froidement le nombre des victimes supputées ainsi héroïquement par milliers^ votre humanité aura bien vite à se consoler en trouvant que ce nombre effrayant se réduit au chiffre beaucoup plus modeste de deux ou trois. Et ceux-là même ne les tenez pas pour absolument morts, attendu que dans le prochain bulletin vous les verrez reparaître bel et bien vivants.
Unedes causes de cette sorte de respect de la vie humaine, poursuit M. Palgrave, est l'absence de ces principes religieux et nationaux qui si souvent, dans d'autres contrées, et même en Asie plus qu'en Europe, poussent les hommes à verser le san^. Le Bédouin ne combat pas pour son foyer, il n'en a pas; ni pour son pays, qui est partout; ni pour son honneur, un mot qu'il ne connaît pas; ni pour sa religion, car il ne se soucie d'aucune. Son seul objet dans la guerre est l'occupation temporaire de quelque coin d'un misérable pâturage, ou bien d'un puits saumâtre, peut-être aussi le désir de s'emparer d'un cheval ou d'un chameau; toutes choses qui comportent peu d'animosité, et n'entraînent avec elles ni les haines ni la cruauté des guerres civiles ou religieuses. Sous tous ces rapports, il est bien évident, pour ceux qui ont étudié l'ancienne histoire de la péninsule, que les Bédouins n'ont ni perdu ni gagné grand'chose depuis deux mille ans.
Mais, encore une fois, il ne faut pas prendre ces nomades pour le vrai type de la race arabe. Ils ne sont qu^une branche dégénérée de cette grande et noble race ; ils n'en sont ni la racine ni le tronc. C'est, en un mot, une population pastorale qui s'est développée autour d'une nation sédentaire, et qui a été condamnée à la vie sauvage, avec ses tristes nécessités d'ignorance et de vices, par les circonstances mêmes de sa condition, en même temps qu'elle a été poussée à l'insoleDce et à la rapine par la faiblesse et la négligence de ceux qui auraient dû les contenir.
Nous ajouleroob pour notre compte que si le sayftqt auteur de VHistoire des langues sémUiques avait pu oonnaltre