‹ L'Année géographique (volume 2)Chapitre 236 sur 368 · LE BEDOUIN ARABE · texte numérisé non relu

LE BEDOUIN ARABE

les États fortement organisés de FArabie cenlrale, il aurait sans doute été moins at»ola dans le portrait qii'll a tracé de la société sémitique, qui n'existe, affirme-t-il, «qseeeusf la tente et dans la tribu.» H n'aurait pas dit, au moins sans quelque restricti(»i, que « l'anarchie la plus eomplète — c'est-à-dire Tabsence absolue de tout principe d'autorité — a toujours été Tétat politique de la race arabe, race qui pré • sente le singulier spectacle d une société se soutenant sans aucune espèce de gouvernement ou d'idée de souveraineté. » M. Renan, en un mot, n'aurait pas pris comme type de la race arabe le pasteur errant du désert, qui n'en est que la dégénérescence on Tinoomplèt déveleppoment.

Autant M. Palgrave se prononce vertement contre réibgê singulièrement exagéré qu'un peu par fantaisie, et beaucoup par imitati<m, la plupart des voyageurs ont fait dti caractèrç moral des Bédouins, autant â met de chaleur à réfuter ceux qui refusent b l'Aivibe, en tani que race, les aptitudescivilisatriees de la race ftrienne. Écoutons*le encore sur ce point, dont on ne saurait contester l'intérêt philosophique :

Ma propre expérience, si l'on veut bien m'accorder quelque chose de semblable, me conduit à une conclusion bien différente ; je pencherais plutôt à regarder les Arabes, pris en euxmêmes et individuellement, comme doués dSme remarquable disposition pdur les sciences physiques et d'application pratique, et comme ayant tout autrat d'aptitude au chemin de fer, à la navigation à la vapeur, et à toute autre invention ou recherche naturelle du dix-neuvième siècle, que les gens de Sheffieldou de Birmingham, liais le défaut de communications avec les autres peuples, particulièrement avec ceux qui furent autrefois et qui sont encore les sources de cette activité spé* ciale, — à quoi il faut joindre la religion de Mahomet, drogue qui paralyse tout ce qu'elle ne tue pas, — les ont laissés en arrière dans la course intellectuelte de l'humanité, distancés par d'autres peqpies plus favorisés non par la nature , peut-éire.

mais par les circonstances.

M. Palgrave n'attend rien de la race arabe « tant que le Ecran et la Mekke n'auront pas disparu de TÂrabie. > A ce compte il est à craindre que le progrès ne se iasse longtemps attendre. Non que TÂrabe en général, au rapport peut-être un peu fortement négatif de notre voyageur, mette le moindre enthousiasme dans sa foi religieuse; mais de la tiédeur, ou, si l'on veut, de l'indifférence en matière de religion à l'adoption d^une religion nouvelle, le pas est difficile à franchir pour une nation. Et d'ailleurs cette indifférence même devient une garantie de durée pour le culte existant; car ce n'est pas le froid raisonnement qui fait les révolutions religieuses, c'est l'enthousiasme. et la foi ardente.

Le mot « froideur religieuse » appliqué à la généralité des Arabes, — non pas seulement au Bédouin, signalé dès longtemps comme ayant tous les droits à être enrôlé dans la phalange des libres penseurs^ mais à tous les Arabes musulmans presque sans exception, — ce mot, dis-je, nous étonne quelque peu. M. Palgrave, cependant, est fortement explicite à cet égard. C'est encore un des points sur lesquels son « expérience » Ta conduit à des conclusions notablement différentes des idées courantes. Il faut citer ses paroles :

Croyances et rites chrétiens, juifs , musulmans ou païens , r Arabe laissé à lui-même ne voit pas pourquoi ils ne seraient pas tous également vrais, également estim8J)les; non plus qo'il ne voit aucune raison déterminante de suivre les uns plutôt que les autres ce qui le conduit à l'heureuse conclusion de ne s'attacher à aucune. Non qu'il ait le plus léger doute sur la mission divine d'aucun des six cents prophètes que l'on compte généralement depuis Adam jusqu'à Mahomet; mais il ne voudrait pas adhérer à l'un d'eux en particulier de manière à porter préjudice aux droits des autres. 11 aime d'ailleurs passionnément ses aises et ne supporte pas la contrainte; il n'aime pas les prières réglées, et de longues prières le fatiguent; les ablutions soDt incommodes, et le jeûne, surtout devant un mouton gras, est une chose tout à fait hors de question, — à moins qu'on ne regarde son régime ordinaire comme un jeûoe perpétuel, et un jeûne assez rude.

LES OUiHABITES. 137

Sur l'histoire des Oufthabites, ces protestanls de I'IbIbiii, comme on lésa nommés, et sur lenr creda religieux, sarla principauté d'OmAn et l'histoire de sa dynastie, sur d'autres points (li^es d'intérêt de l'histoire, de l'ethnc^raphie et de la géographie politique de l'Arabie onenlale, les deux volumes lie M. Palgrave contiennent encore bien d'autres reuBeignements et d'autres sujets d'étude. Ceux que nous avoDs signalés snffitent ponr ranger cette curieuse relation parmi les plus remarquables de notre époque.

Une mission appelle une misBion ; c'est ainsi que la foliliqne toujours en éveil contribue d'une manière eflicace au perfectionnement des connaissances géographiques. Nous le verrons tout à l'heure pour d'autres parties de l'Asie, notamment pour l'Asie centrale ; c'est aussi ce qui arrive eu Arabie.

Ce n'est pas, noue l'avons vu, sans un certain scnlimonl. de surprise médiocrement sympathique qu'on a connu en Angleterre ce qu'on a nommé la mission de M. Pslgrave au nom de l'empereur Napoléon. Nous ignorons s'il y a eu mission, comme on l'a dît, et ce que ce tie mission a pu être; toujours est-il qu'à peine on avait appris U visite de M. Palgrave au chbf du gouvernement ouâhabite, que le résident politique anglais à Boûchehr, sur le golfe Persique, reçut de son gouvernement, par la voie de Bombay, l'ordre de se rendre sur^le-ohamp k Kiadh, capitale actuelle des Ouàhabitee et résidence de leur priuce. Le colonel Peily — c'est le nom de l'agent politique à qui cette misEion a été confiée — est un officier instruit, énergique, et qui porte haut le légitime orgueil du nom anglais. Son voyage n'est connu jusqu'à présent que par une noie très- succincte qu'il a communiquée à la Société de géographie de lioa^tc^ (^ù-&«f^'^' ,

138 ASIE. (n^ 66-77)

bibliographie, n® 69), en attendant un mémoire détaillé; nous transcrivons ici cette note :

Le colonel partit de Boûchehr le 18 février dernier (1865), avec deux officiers attachés à la résidence, le D' Calvill et le lieutenant Dawes. Ils entrèrent en Arabie par le port de Kouôt, à Textrémité nord-ouest du golfe Persique, et poursuivirent dans une direction sud-sud-ouest, à traders les solitudes désolées et dépeuplées qui séparent Kouét, et tous les autres établissements de la côte, du plateau bien peuplé et bien cultivé du Ncdjed, ou Arabie centrale. Ils n'ont point cherché à cacher leur nationalité, bienqu^ils aient jugé prudent de jeter sur leurs vêtements les abbah et les tchiffûih du pays, afin d'éviter les importunités inutiles et les collisions. Ils voyageaient à dos de chameau, partant chaque matin un peu avant le jour et marchant jusqu^au coucher du soleil. C'était seulement la nuit, quand les Arabes étaient endormis, que nos voyageurs faisaient les opérations astronomiques nécessaires pour fixer leur position ; et, dans ce but, ils tournaient l'ouverture de leurs tentes en face de l'étoile polaire.

Aussitôt qu'on a quitté Kouêt, toute trace de route cesse, et le territoire des Ouâhabites commence. C'est une suite de plaines agréablement ondulées, qui, à celte époque du printemps, «sont couvertes de gazon et de quelques fleurs à peine suffisantes pour doni'.er un peu d'éclat à la verdure. Les serpents, les lézards et les insectes y abondent; mais on n'y aperçoit aucune habitation humaine avant d'avoir atteint le Nedjed proprement dit, et Ton n'y rencontre qu^un seul arbre et un groupe de puits. Le seul accident physique qui , dans le cours de cette marche, rompit la monotonie de ces plaines, est une sucoession de sept chaînes de sable (divisées parfois en crêtes isolées) parallèles Tune à l'autre, en même temps qu'à la côte du golfe Persique. Elles s'étendent à plusieurs degrés de latitude, et sont séparées entre elles par d'étroites vallées. Indépendamment de ces collines, le pays s'élève vers le sud-ouest à partir de la mer.

Après dix jours de marche à travers ces collines de sable et ces étroites vallées, les voyageurs atteignirent la dernière éminence, et ils virent se dérouler devant eux une plaine sans bornes parsemée de bouquets de bois; cette plaine est appelée Ormab. On rencontre ici des puits et des eaux courantes; mais celles-ci se perdent bientôt dans la contrée aride de l'est à l'ouest. Le district d'Ormah est burnc à l'est par une cemavqua-

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