PALESTINE. EXPÉDITION ANGLAISE
pays ajoute à sa grandeur morale lorsqu'il entoure de gratitude et de respect les hommes qui l'honorent par leur savoir et leur caractère.
$ 3. Organisation et départ d'une nouvelle expédition anglaise pour une exploration générale de 4a Palestine. Le capitaine Wilson.
Au moment où M. le duc de Luynes et son expédition quittaient la mer Morte et le Ouâdi Arabah qu'ils venaient d'explorer, un officier anglais du corps des ingénieurs, le capitaine Wilson, arrivait à Jérusalem où l'appelait un travail important, l'étude et l'amélioration de l'approvisionnement régulier de la ville en eau potable. Ce travail exigeait une suite de nivellements qui de proche en proche amenèrent le capitaine Wilson au bord de la mer Morte. Il est sorti de là une nouvelle mesure trigonométrique de la différeuce de niveau entre la mer Morte et Jérusalem , puis entre Jérusalem et la Méditerranée, comme pour apporter immédiatement une contre-épreuve de la mesure barométrique de MM. Vignes et Lartet. On va voir à quel point cette contre-épreuve est décisive. Nous employons les propres paroles de sir Henry James, du bureau des ingénieurs à Southampton (Ordnance Survey Office), qui a rendu compte dans un journal anglais des opérations du capitaine WilsoD.
Le nivellement entre la Méditerranée et la mer Morte a été exécuté avec toute l'exactitude possible par deux observateurs séparés employant des instruments différents. Le résultat obtenu peut être regardé comme absolument exact, à deux ou trois pouces près. Le 12 mars 1865, la dépression de la surface de la mer Morte fut trouvée de 1292 pieds anglais (393"»,78); mais de Tobservation des lignes de dépôt, laissées sur le rivage de la mer Morte à une certaine époque de Tannée, probablement en hiver, ou peut conclure que les eaux s'élèvent alors de 2 pieds 6 pouces plus haut, ce qui mettrait la moindre dépres-
sion à 1289 pieds 6 pouces (393 m.). £a outre, le capitaine Wilson apprit des Bédouins, aussi bien que des Européens fixés dans le pays, que pendant les premiers mois d'été le niteau de la mer Morte baisse au moins de 6 pieds ; d'où il suit que la dépression ]a plus considérable serait, à fort peu de phose près, de 1298 pieds (295 m.). La plupart des études antérieurement entreprises pour la détermination^ du niVeau relatif des deux mers avaient donné des résultats' assez discordants. Le plus récent avant celui du capitaine Wilson, celui du duc de Luynes et du lieutenant Vignes, 392 mètres, concorde d'une manière très-remarquable avec le nôtre, surtout si Ton considère qu'il a été obtenu par l'observation du baromètre.
Sur ces entrefaites, une association, originairement composée de Révérends et de hauts dignitaires de TËglise nationale, se formait en Angleterre pour une nouvelle étude de la Palestine. Cette exploration doit être faite sur une très-grande échelle; elle s'applique à rarchéologie, à la topographie, aux mœurs et aux habitudes populaires, à l'histoire naturelle dans toutes ses branches et à la géographie. Un comité s'est formé sous la présidence du doyen de Westminster; des fonds considérables ont été réunis ou souscrits, et un programme détaillé, rédigé par le D' Grove, — connu en Angleterre par de bons travaux sur la géographie biblique, — a été publié. Nous trouvons ce programme dans YAthenxwn du 29 avril dernier (1865). La partie topographique y est particulièrement détaillée. La topographie comprend un nivellement général du pays, et une étude spéciale, trop négligée jusqu'à présent, du tracé des anciennes routes. Pour les usages et les coutumes locales, on veut un livre qui soit k la Palestine actuelle ce qpie sont pour l'Egypte les Modem B^yptians de M. Lane.
Le Comité, dans son programme, parait certaineioent faire beaucoup trop bon marché des travaux dont la Palestine a été l'objet, depuis vingt ans particulièrement. Tout n'est certes pas à faire, comme il semble le croire, comme il le dit du moins. Les belles et fructueuses études de géo-
graphie biblique dont le D"^ Edwatd Robinson a largement ouvert la voie, où Tont suivi de nombrétix éiriulçs, ces étùdëà qui font époque et que le rédacteur du programme semble vouloir déprécier — dirons-nous par un sentiment de jalousie puérile? — faciliteront singulièrement cette nature de re^*cherches. Les travaux de Texpéditibn de M. de Luynes auront fort avancé les études de nivellement et de géologie, sans parler du grand travail cartographique de M. Van de Velde. Ce qui est vrai, c'efet qu'avec un très-grand nombre d'excellents travaux dé détail nous ne possédons pas jusqu'à présent une œuvre synthétique qui fasse nettement et com-' plétement connaître la Palestine sous tous ses aspects. Est-il beaucoup de pays, à commencer par les plus proches et par le nôtre même, sur lesquels on ait tihe pareille œuvre? LA Terre Sainte éveille cependant un itttérêt si Universel chei les nations chrétiennes, tant de souvenirs s'y rattachent, et de si grands souvenirs, qu'il est naturel qtie la pensée s'y reporte incessâmmeiit. Relier, vérifier, coordonner les feils acquis, les compléter par de nouvelles études, et donner ainsi au monde un monument digne de la grandeur du sujet, c'est un projet auquel on ne peut qu'applaudir. Le capitaine Wilson, désigné par ses précédents travaux, a reçu la difficile mission de le réaliser, secondé par un corps d'infcénieurs et d'explorateurs dans les diverses branches de la science. Cette mission, nous aimons à croire qu'elle sera dignement remplie ; mais ce n'est pas sur le programme que nous la pouvons juger, c'est à l'œuvre. L'expédition a quitté l'Angleterre au milieu de novembre.
s 'i. Hibtoire «le U decouverto (fe la dépression de la mer Morte.
Coup d'œil rétrospectif.
Nous avons rappelé tout à l'heure incidemment la première découverte, encore assez récente, de ce fait si remarquable et jusqu'alors ignoré, qtie la vallée au fond de laquelle
168 ASIE. (n*- 78-95)
gît la mer Morte s'enfonce à une profondeur de plus de douze cents pieds au-dessous du niveau commun de la Méditerranée et de la mer Rouge. Nous pensons qu^il ne sera pas déplacé de rappeler succinctement rhistorique, trop peu généralement connu, de cette découverte, et de ce qui a été fait pour arriver à déterminer le chiffre exact de la dépression.
Un naturaliste bavarois, M. H. Schubert, entreprit en 1836 un voyage au Levant. C'était à la fois un pèlerinage et uoe excursion scientifique. La relation de M. Schubert porte ce double caractère * ; on y trouve à la fois les naïves impressions du croyant et les recherches actives de l'explorateur. Les études de M. Schubert en Judée se recommandent surtout par la nouveauté de certains résultats scientifiques qui les premiers ont signalé l'énorme dépression de la vallée de la mer Morte. A partir de ce moment, ce fait singulier va devenir un objet d'étude pour plusieurs explorateurs habiles, et en Europe un sujet de discussion pour les savants.
M. Schubert avait deux compagnons de route^ un jeune médecin, le D' Erdl, et un peintre, M. Bernatz, qui a publié un album pittoresque du voyage. Leur itinéraire, à la sortie de la presqu'île de Sinaï, éveillait en eux un puissant intérêt. Ils se proposaient de remonter dans toute son étendue la longue vallée d'el-Arabah ' qui s'étend de la